‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 39 sur 120 · BUSTE DE CAGLIOSTRO, PAR HOUDON · texte numérisé non relu

BUSTE DE CAGLIOSTRO, PAR HOUDON

Plâtre donné par Cagliostro à Me Thilorier, son avocat. Appartient à M. Storelli, à Blois.

A l'époque même où le cardinal de Rohan faisait, la connaissance de Mme de la Motte, il entrait en relations avec un personnage qui remplissait alors le monde du bruit de ses prodiges, le comte de

1. Les documents pour servir à l'histoire de Cagliostro sont très nombreux. La difficulté est do faire un choix critique pour écarter ceux qui ne sont pas exacts. On placera en première ligne les renseignements recueillis par la justice, lors du procès du Collier. On les trouve aux Archives nationales : X2, B/1417 — F7, 4445 B — Y. 131-25. Une partie en a été publiée par M. Campardon, mais l'intéressant rapport du commissaire Fontaine est demeuré inédit. Ces indications seront complétées par le livre intitulé : Vie de Joseph Balsamo (Paris, 1791), traduit sur l'original italien que la Chambre apostolique venait de publier, l'année même, d'après la procédure du procès fait à Cagliostro par les magistrats du Souverain Pontife. On y joindra les interrogatoires et confrontations du procès du Collier, les mémoires rédigés dans cette affaire par les avocats, et surtout celui de Me Thiloricr pour Cagliostro, puis les pièces de l'action intentée, en juin 17S6, par Cagliostro, au marquis de Launey, gouverneur de la Bastille, et au commissaire Chesnon, et les répliques de ces derniers. Un fervent adepte, le fermier général J.-B. de Laborde, publia à Genève, en 1784, des Lettres sur la Suisse en f781, où il parle beaucoup de son héros. — Voir aussi les Lettres du comte de Mirabeau sur Cagliostro (1186) et les Renseignements sur le séjour que le fameux Cagliostro fit à Mittau en 1770, par Elisa von der Recke (Berlin et Stettin, 1787). — Dans le Courrier de l'Europe, rédigé à Londres, Morand entreprit en 1786 87 (numéros 15-22) une vive campagne contre le célèbre aventurier et publia les résultats de l'enquête minutieuse qu'il fit sur ses faits et gestes en Angleterre. Les mémoires de l'époque, ceux du baron de Gleichen, de l'abbé Georgel, du comte Beugnot, de Mme d'Oberkirch, de Casanova, les Mémoires secrets de Bachaumont, la Correspondance de Métra, et, outre

Cagliostro. Celui-ci venait d'arriver à Strasbourg 1 précédé d'une renommée qui, dès les premiers jours, s'y était encore accrue. Il guérissait toutes les maladies possibles sans daigner accepter la moindre chose de ceux de ses clients qui étaient riches et en donnant de l'argent à ceux d'entre eux qui étaient pauvres. Le prince de Rohan se trouvait dans sa résidence de Saverne, où il accueillait Mme de la Motte; il vint à Strasbourg pour y entrer en relation avec un homme aussi extraordinaire.

Une audience fut demandée pour le cardinalévêque; mais elle fut refusée. & Si M. le cardinal est malade, répond Gagliostro, qu'il vienne et je le guérirai; s'il se porte bien, il n'a pas besoin de moi, ni moi de lui. » Rohan trouva cette réponse sublime et son désir de voir le héros en fut accru. On ne parlait d'ailleurs que de lui dans la ville. Un jour qu'il se promenait sur la place, dans son habit de taffetas bleu galonné sur les coutures, ses cheveux en nattes poudrées réunis en cadenettes, suivi d'une bande de gamins qui regardaient, émerveillés, ses souliers à la d'Artois avec des boucles de pierreries, ses bas chinés à coins d'or, les rubis et les diamants qui

le Courrier de L'Europe, la Gazette de Leyde, la Gazette d' Utrecht, le Courrier du Bas-Rhin, ont été dépouillés. Enfin, dans le journal du libraire Hardy (Bibl. nat., ms. franc. 6685) et de nombreuses lettres particulières, on voit l'opinion des contemporains sur Cagliostro et ses prodiges. Il est question en détail de la franc-maçonnerie égyptienne, dont Cagliostro fut le promoteur, et de ses rapports avec les loges écossaises et les Philalèthes, dans les livres de Thory, Annales originis magni Galliarum Orientalis (Paris, 1812) et Acta Latomorum (Paris, 1812), en français sous les titres latins. La meilleure vie de Cagliostro est celle cpii a été écrite par Fréd. Bulau, trad. par W. Duckett, dans Personnages ënigmatiqaes, t. 1 (Paris, 1861, in-16) p. 306-329. Sur la maison de Cagliostro à Paris. 1, rue Saint-Claude, conservée de nos jours, on lira les jolies pages de M. G. Lenôtre, Vieux papiers, vieilles maisons, p. 161-71.

1. Le 19 sept. 1780. Mémoire pour Cagliostro, dans la Collection Bette d'Étienville, I, 19.

brillaient à ses doigts et à sa jabotière, sa chaîne de montre en diamants à trois brins, terminée par six gros diamants et quatre branches de diamants, à deux desquelles pendait un gland de diamant, à la troisième une clé d'or garnie de diamants, et à la quatrième un cachet d'agate , ce qui faisait un étincellement sur son gilet à fleurs, et son chapeau mousquetaire orné de plumets blancs, — Cagliostro s'arrêta avec un cri de surprise devant le grand crucifix en bois sculpté. Car il ne pouvait comprendre comment un artiste qui , certainement , n'avait pas vu le Christ, avait pu atteindre à une ressemblance aussi parfaite.

« Vous avez donc connu le Christ?

— Nous étions ensemble du dernier bien, répondait Cagliostro. Que de fois nous nous promenâmes sur le sable mouillé, au bord du lac de Tibériadc! Sa voix était d'une douceur infinie. Mais il ne m'a pas voulu croire. Il a couru les rivages de la mer; il a ramassé une bande de lazarons, de pêcheurs, des loqueteux! Et il a prêché. Mal lui en est advenu. »

Et, se tournant vers son domestique :

« Tu te souviens du soir, à Jérusalem, où l'on crucifia Jésus? »

Mais le domestique, avec une profonde révérence :

« Non, monsieur. Monsieur sait bien que je ne suis à son service que depuis quinze cents ans. »

Cagliostro débitait une liqueur qui avait la vertu de « fixer » pour toujours ceux qui en buvaient dans l'âge où ils se trouvaient au moment même. Un autre élixir, dans des flacons plus petits, rajeunissait de vingt-cinq ans. Les journaux racontaient le plus gravement du monde :

« Une vieille coquette entend dire à Cagliostro

qu'il possède la véritable eau de Jouvence. Elle prie, elle supplie tant, qu'il consent enfin à lui en envoyer une petite fiole. Son domestique quinzecentenaire apporte la petite bouteille étiquetée : « Eau pour « rajeunir de vingt-cinq ans. » La dame étant absente, la femme de chambre, nommée Sophie, âgée de trente ans, a voulu goûter le breuvage, qui lui a paru délicieux, et elle a vidé la fiole. Aussitôt ses membres diminuent, ainsi que sa taille, sa tête devient plus petite, enfin Sophie n'est plus qu'une petite fille de cinq ans qui se perd dans les hardes d'une grande personne. La dame rentre, appelle Sophie , qui , envoloppée , embarrasée dans ses jupons, accourt à la voix de sa maîtresse. Surprise de la métamorphose, elle demande la fiole, qui est vide. Furieuse, elle prend la pauvre petite et lui donne cruellement le fouet. Elle est allée ensuite chez Cagliostro qui a beaucoup ri, mais qui n'a pas voulu donner une seconde potion \ »

« Cet homme, écrit cette année même Labarthe à l'archéologue Séguier, cet homme qu'on soupçonne marié à une sylphide, est de race juive et arabe d'origine. Personne n'a les mœurs plus pures. Ses plaisirs sont l'étude et le dîner, quelquefois la comédie. Il ne soupe jamais et se couche à neuf heures en toute saison. Après le dessert il prend du moka, et, à la suite, une cuillerée d'une liqueur qu'il ne permet pas que l'on goûte. On ignore quelle est sa religion; mais il parle de Jéhovah dans les termes de la plus grande éloquence et avec le plus profond respect. C'est cet homme que je veux consulter l'an prochain. Je suis bien sûr que mon estomac deviendra celui d'un jeune

Page 1