‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 67 sur 120 · Bibl. nat., ms. Joly de Fleury 2038, f° 178 v · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. Joly de Fleury 2038, f° 178 v

L'AFFAIRE DU COLLTER.

Le luxe dans la maison, en vaisselle plate et en valetaille, était tel que les gens du pays n'avaient jamais rien vu de pareil; mais ils avaient tous connu la misère de Nicolas de la Motte et celle de Jeanne de Valois. Aussi, comme l'observe Beugnot, qui était à ce moment à Bar-sur-Aube, on ne s'abordait plus dans la rue qu'en se demandant quel était ce supplément aux Mille et une Nuits *.

Encore leur maison de la rue Saint-Michel ne leur suffisait plus. La comtesse de la Motte hésitait dans ce moment à acheter une terre clans le Bar-sur-Aubois d'une valeur de trois à quatre cent mille livres. « Je sais, écrira l'inspecteur Surbois, que, dans ces dispositions, le comte de la Motte s'est rendu à Servigny, proche Essoyer, pour avoir cette terre mais qu'elle lui a paru d'une valeur trop peu importante. »

Ces faits contribuent à faire comprendre Jeanne de Valois. Si grande qu'ait pu être la somme d'argent qu'elle venait de se procurer, ces dépenses étaient sans mesure aucune. Songeait-elle à la vie courante, au lendemain? Un collier d'un million de livres lui tomberait-il entre les mains chaque mois? Nous retrouvons ici la mendiante qui passe de la misère à un luxe disproportionné. De proportion, d'ordre et de mesure, elle n'en pouvait avoir; nulle éducation, nulle habitude dans la vie de famille ne lui en avaient donné.

1. Ces faits, d'après un rapport de l'inspecteur Surbois, rédigé à Barsur-Aube en date du 16 septembre 1785 (Arch. des Aff. élrang., Mém. et docum., France 1399, fos 181-186), d'après Beugnot et d'après l'auteur de Y Histoire authentique (ces derniers se trouvèrent l'un et l'autre à cette date à Bar-sur-Aube), et d'après les informations recueillies pour son plaidoyer par Mc Target (Bibl. v. de Paris, ras. de la réserve), le tout contrôlé par l'inventaire des 9-1-2 déc. (Arch. nat., X% B/1417). Encore cet inventaire n'est-il pas complet, une grande partie des effets, et les plus précieux, ayant été, les uns mis à l'abri par les La Motte chez leurs parents de Surmont, les autres emportés par le comte en Angleterre.

A son tour elle est donc assise parmi les coussins de satin bleu turquin, dans un carrosse à six chevaux, la petite mendiante qui, jadis, grelottant de froid, suivait de ses grands yeux effarés les dames portées comme en des nids de soie et de dentelles, dans leurs voitures brillantes, bruyantes, roulant sur le pavé du roi.

BETTE D'ÉTIENVILLE Gravure contemporaine (Collection Fr. Funck-Brentano).

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