Bibl. nat., ms. Joly de Fleury 2088, f° 328 v
à dix heures dans le cabinet du roi1. Vergennes n'y est pas ; la question qui va être agitée n'est pas de son département. Breteuil donne lecture à haute voix du mémoire des joailliers. Les opinions sont exprimées. Miromesnil recommande la prudence, la modération : « Il faut, dit-il, s'informer encore, Rohan n'est-il pas d'un rang et d'une famille à être entendu avant que d'être arrêté? » Avec violence, Breteuil exprime une opinion opposée. Nous avons dit la haine personnelle qui s'était élevée entre Rohan et lui.
Breteuil était un homme très bon et fut un ministre distingué auquel l'histoire finira par rendre justice. Avec ses grandes qualités de cœur et d'esprit, il avait malheureusement une nature ardente et brusque. Il crut véritablement que le cardinal, abîmé de dettes, avait imaginé une pareille négociation pour se libérer de ses créanciers. Il exprima l'avis de l'arrêter sur-lechamp. Marie-Antoinette, non moins passionnée, ne comprenait pas qu'on hésitât : « Le cardinal a pris mon nom comme un vil et maladroit faux monnayeur. » Louis XVI inclinait vers l'avis de Miromesnil. Il demanda à Breteuil d'aller chercher Rohan. Celui-ci s'était rendu à Versailles pour célébrer, dans la chapelle du palais, l'office de l'Assomption. Il se trouvait avec les « grandes entrées » dans le cabinet du roi2. C'étaient les dignitaires de la Cour, les noms les plus illustres de la noblesse. A onze heures, il entre dans le Cabinet intérieur, vêtu en soutane de moire écarlate et en rochet d'Angleterre.
« Mon cousin, dit le roi, qu'est-ce que cette acqui-