Actuellement rue de Lutèce
6. Sauf cet ornement et certains attri])uts de la royauté, cette grille est celle existant encore aujourd'hui sur le boulevard du Palais.
7. Rissiez, Histoire du Palais de Justice et du Parlement et plan du Palais de Justice en 1790, dresse par Verniquet.
Au haut dé cet escalier on parvenait à la Galerie Mar- -chande et, par un dédale de couloirs, éclairés par les courettes de l'intérieur du Palais, onaltoignait enfin le Tribunal criminel.
Quand ce jour-là, à dix heures du malin, le Président déclara la troisième audience ouverte, Taspect de la salle était tout différent de celui des autres jours.
La partie réservée aux témoins était envahie par une foule élégante.
C'étaient quelques bourgeois cossus, velus de houppelandes généralement de teinte foncée, à deux ou trois collets superposés, malgré la chaleur, portant des pantalons rayés enfouis dans des bottes à plis et à larges revers, coiffés de bicornes sur une perruque blanche 0}x blonde ; c'étaient aussi quelques élégants, des muscadins, qui ne poussaient pas encore l'excentricité jusqu'à adopter les modes des incroyables, aux habits decouleurs claires avec des pans tombant presque jusqu'à terre, la culotte collante s'arrêtant au-dessous du mollet sur des bas de soie claire et rayée, souliers fort dé- <^olletés, gilet également en soie et rayé, de la poche duquel s'échappait une lourde breloque, le cou et le menton engoncés jusqu'au nez dans une cravate de soie claire, portant perruque à favoris ou à cadenetteS revenue à la mode depuis 1793. Ils étaient coiffés où plutôt embarrassés d'un de ces chapeaux hauts de forme dont la mode venait d'apparaître l'hiver précédent. Ils n'étaient pas encore de soie-, mais en feutre, généralement gris, noir ou beige, à poil ras, demi-long ou long, quelques-uns même, à cette époque de l'année, •en paille ou en libres de palmier.
\. Môche rejot»''e du cûtô gauche avec un ruban de couleur. 2. Le premier chapeau haut de forme de .soie ne date que <le 181)3.
LE PROCES CRIMINEL iu9
Les femmes portaient les costumes les i)lus légers qu'il soit possible à la décence, ou plutôt à l'indécence, d'imaginer. C'était la tunique grecque prenant sous les seins et largement décolletée ; c'étaient les robes de linon blanc, ornées d'écliarpes de linon rose ou azur pâle, ou encore, cuisse de nymphe émue, les cothurnes minuscules, les che\eux en serpenteaux ou la coiffure à la victime, souvenir des prisons d'hier; c'étaient les loquets à l'enfant, de velours et de soie ou les follettes de vautour ou d'autruche.
Les perruques cependant étaient encore de mode et c'était une débauche^ de formes et de teintes nouvelles, imaginées par ces dictateurs de la coiffure, Legros et Duplan,Duplan, l'ancien valet de Talma ; perruques à tire-bourres, à crochet dans l'œil, à l'anglaise, à l'espagnole, à fdassc d'enfant, à la turque ; perruques à la grecque ou à la romaine, perruques à la Titus, perruques à la Garacalla, perruques à TAspasie, tandis que le ministre des modes Rey imaginait chaque jour des étoffes plus éthérécs, plus transparentes; la robe n'était plus qu'un voile et c'était alors un passe-temps en soirée pour les élégantes que de mettre sur le plateau d'une balance tout ce qui composait leur costume et d'en comparer le poids ; le plus léger remportait la palme.
Mais, après l'audition des témoins à décharge de Bernard et de Bruer, Legrand, sur l'ordre du Président, venait d'être introduit, non plus comme témoin, mais entre deux gendarmes comme accusé. Depuis la veille,
1. M"e Lopelletier do, Saint-Fargeau reçut douze ]>(Truques bloudes daus sa corI)cille de mariage. Mn»<^ Tallieu eu possédait trente à vinj?t-ciuq louis pièce, autant que M'i« Lanj^'o et M°*« Raguet, les célébrités d'alors.
160 LAFFAiRi: DU COURRIKR DE LYON
il élait en effet en état d'atrestation et cet homme sembla! I profondement atterré.
(( Legrand, lui dit le Président, depuis Tassignation qui vous a élé donnée à la requête de Lesurques, n'avez-vous vu personne qui ait pu vous dire ou vous donner le point sur lequel devait porter votre déposition ?
Legrani). — Non, citoyen, j'ai seulement, avant Tassignation, reçu la 'visite du défenseur de Lesurques qui, ayant vu mon livre, m*a dit que je pouvais déposer, d'après le renseignement du 8, que j'avais vu Lesur([ues ce jour-là^
Le I^RÉsiDErîT. — Legrand, persistez-vous dans votre précédente déclaration ?
Legr.\m) (après un moment de silence), — Je relire ma précédente déposition ; elle n'était basée que sur la fausse date de mon registre dont je n'ai appris la falsification (pi'aprés mes premières dépositions. Ce registre est toujours sur mon comptoir et j'aflirme que ni ma femme, ni moi n'avons fait de surcharge. Si je l'avais reconnue, je ne me serais pas avisé de déposer comme je l'ai fait. J'ignore absolument et ne puis deviner par quelles circonslances la surcharge existe. Mais je jure que je n'ai pas commis de faux! (le n'est pas moi qui ai fait la surcharge ! C'est une simple erreur dans la([U(^lle je suis tombé; je ne sais qui l'a causée.
Le Puicsident. — N'y a-t-il pas eu des témoins à décharge ^ui ont aussi déposé hier d'après votre livre pour r^snniucs;^
Legraisd. — Je sais que Aldeiilioff et Ililaire Ledru ont fait la même déposition que moi pour Lesurques cl d'après la date que j'ai trouvée sur mon livre. Je