I.E PROCÈS <:R1MI^KL ii
verre d'eau-de-vie, quoiqu'il en eùl déjà bu deux avec ses camarades. Trouvant même que je ne bridais pas son cheval assez promptement, il me prit la bride des mains, en me disant que je n'étais pas aussi adroit que Jui.JU'ayantordonnéd'ouvrirla grande porte bien vite, je l'ai vu sortir et courir au grand galop.
Cinq minutes après, le courrier passait.
Le PRÉsmEMT, — lequel des accusés qui sont sur ce ianc est venu rechercher son sabre ?
Le Témoin. — Le premier (Couriol).
Le Présidest. — Gomment était ce sabre ?
Lk Témom. — C'est le même que celui qui est là de\ant vous sur la table; il avait alors un conlon rouge à la garde. ^
— Le citoyen témoin se rappelle-t-il si Couriol avait <in habit bleu ? questionna Guinier.
Le Témoin. — Je ne suis pas bien certain de la couleur de son habit.
Le Président. — Et le deuxième, Losurques, le con- "tiaissez-vous ?
Le Iemois. — Oh! je le reconnais bien, c'est lui qui i^ait cassé son éperon afgenté, il a demandé de la. ficelle [lour le raccommoder, et ma femme lui a donné du fil avec lequel il a rattaché son épei-on.
Lesuhqubs. — C'est trop fort, je n'ai jamais eu d' éperons de ma vie, et jamais je n'ai vu ce particulier!
Le Présidest. — Veuillez être plus calme, accusé. Les ciloyens jurés apprécieront votre conduite. (Aa téiioin.) Et les autres, les avez-vous vus?
Le Témoin. — Je n'ai jamais vu ces deux particulîcrslù, répondit Champault en montrai) t Guénot et Uichard. Quant à celui-ci (iV désignait lîernaril), je crois bien <fue je lai vu chez moi avec les trois dont je viens de parler. »
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144 I. ArFAIBK aV COURRIER DE LTOX
ï.e cnbnrctier fixa alors BruCr.
M Je reconnais aussi celui-ci, mais il n'était pas avec les aulies, c'est un des deux derniers qui ont passé.
Le pRiisiDE-iT. — - Bnier, n'ave/.-vous poinl été effectivement à Mclun dans les premiers jours de floréal?
Bhl'Er. — Je n'y ai jamais mis les pieds de ma vie. citoyen ; je n'ai jamais été qu'à Pontoise !
L'AccqsATiîUR pufluc. — Ne vous rappcléz-vous point encore un petit détail au sujet des deux derniers cavaliers?
Le Témoin. — Si, je me souviens encore que les deus particuliers qui sont venus après le départ des quatre premiers m'ont demandé si j'avais entendu parler de l'assassinat du bouclier de Brie, à quoi j'ai répondu que oui, et que c'était très malheureux. Ils me dirent alors qu'on ne l'avait point tué. Je répondis que non et que le boucher avait fait arrêter les assassins, ce à quoi les deux particufiers, en se regardant, ont dit par deux fois : " Voilà ce que c'est, voilà ce que c'est! h'
Le Présïoest. — C'est tout ce que vous savez. Retirez-vous. — Un autre témoin. »
La femme Champault confirma la déclaration de son mari. Elle précisa en ce qui concernait Bernard,
H Je crois l'avoir vu avec les trois autres. 11 y en avait un qui-avait une petite jument noire, je crois que c'est lui quia laissé tomber un mouchoir blanc en sortant à la porto de la maison et l'a ramassé.
— Celte femme est folle, s'écria Bernard, je n'ai jamais que dos mouchoirsjaunes.je n'ai jamais découche, et je ne Niiis sorti de chez moi ni le 7, ni le 8, ni le 9 floréal.
Le Témoin, — Je ne suis point folle, et plus je le regarnie et plus je le reconnais. Il avail la même houp-
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LE PBOCË.S CRIMI.NKI, 1 Ij
pelandc grise qu'aujourd'hui , à la hollandaise, avec liordure de velours rouge.
Le Pkêsidkht. — Ces citoyens quo vous avez vus Olaient-ils armés?
Le Téhoi». — Je ne puis vous le dire, citoyen. »
Apr^s l'audilion du postillon Chartraiii.de Melun,OR lit entrer Pierre Gillet, quarante-deux ans, marchand de vaches à Lieursaint, qui dépose :
" Le 8 floréal dernier, étant assis auprès de ma porte et tenant ma petite fille dans mes bras, je vis trois personnes à cheval entre cinq heures et cinq heures un quart passer devant moi. Je crus reconnaître une des Irois personnes pour le citoyen de Pertfauis, el dis : " Je crois que voilà le citoyen de Perthuis qui va à sa " terre. » Je m'aperçus ensuite que je m'étais trompé, et je vis que je ne connaissais aucune des trois personnes qui passaient. Je crois, sans toutefois oser l'affirmer, que les deux que je crois reconnaîlre sont les deux premiers qui sont sur ce hanc. Ce qui me fait plus particulièrement reconnaître le citoyen Lesurques, c'est qu'il ressemble beaucoup au citoyen de Perthuis de loin. Ce citoyen était vêtu d'une redingolc couleur de chair et montait une jolie jument noire. Il répondit même à des femmes qui disaient : « J'aimerais mieux « le cheval que l'homme ». Cependant le citoyen était bien gentil. C'est tout ce que je sais, m
Comme il était onze heures du soir et que les dépositions des témoins de Lieursaint étaient terminées, l'audience fut remise au lendemain i6 thermidor, à huit heures du matin.
Cette audience avait été accablante pour Lesurques, el c'est avec une tristesse presque désespérée que sa femme et ses amis le voyaient quitter la salle entre deux gendarme s.
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Recouvrerai t-il jamnis maintenant sa liberté? Et cepeiidanl, il ne pouvait pas êlre coupable : à quel mobile eût-il obéi? Et quelles que fussent ses erreurs et SCS imprudences, il était incapable d'un forfait aussi odieux.
Lui, gardait encore un esjioîr inébranlable. Il éttit plein de conOance dans la déposition de ses témoins, et ne doutait point do parvenir facilement à élablir l'alibi libérateur. Son ami Legrand surtout confondrait d'un mot ses accusateurs acharnés à sa perte.
i) Deuxième audience (16 thermidor).
Le lendemain, i6 thermidor, on continua l'audition des témoins à charge.
IjBurs dcposilions étaient de moindre importance C'étaient des gens qui étaient sur la route de Mclun, le 8 floréal au soir ; c'était Humbert, le garçon d'écurie à qui Gouriol avait amené quatre chevaux, le lendemain du crime; c'étaient les deu\ postillons Pigeon et Couvellaire qui avaient conduit celui-ci à Bondy lorsqu'il partit pour CIiâteau-Thierry ; c'était Mangin, son portier pendant quelque temps; c'était enfin le dragon Lampré, qui fit la déclaration suivante :
u Ce 8 floréal, étant chargé, comme dragon, d'une ordonnance i>our Paris, j'ai rencontré, vers six heures du soir, entre Montgeron et la pyramide de^runoy, quatre cavaliers qui allaient du côté de Lieursaint. En passant au milieu d'eux, j'ai remarqué entre autres un grand brun, maigre de figure, qui moulait un cheval bloiid à courte (|ueue. Ayant été coucher à Villeneuve- Sain t-Georges, j'en suis parti vers deux heures du malin, le 9 floréal, et, à «ne i>etite portée de fusil avant d'entrer dans Maisons (Alforf), vers trois heures et
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LE PHOCËS CRIMINKI, HT
demie du malin, jai aperçu dans le cUanip à pou de clislance de la roule un sabre sans garde que j'ai Hé ramasser et «iiii était tout ensanglanté. Ayant rencontré un jeune homme de ncnf à dix ans <lans le village de Maisons, lequel avait Irouvé le haudrirr dudit sabre, je le lui remis. J'allai à Paris, d'où je revins le même jour coucher ù Villeneuve-Sain t-Gcnrgcs uù, ayant lrou\é le citoyen lliiguct, brigadier de gendarmerie à Meliin, je lui lis part de tout ce que j'avais vu el fail.
Enfin, le dernier témoin à charge était Madeleine Breban. La pauvre fille ignorait tout du crime, elle (l'avait pas assiste au complot; tout ce qu'elle savait, c'est que Couriol avait découché dans les premier» jours (le floréal, el que le sabre qu'on lui présentait était bien à lui. Elle avoua connaître, pour les avoir lus, tous les accusés, même Guénot, mais pointLesuritues. Ce fut tout ce que le Président parvint à lui faire dire, et elle regagna sa place, sans avoir osé tourner les yeux vers le Êanc des accusés, où elle savait rencontrer son amant, pour lequel elle avait été innocemment arrêtée, incarcérée, accusée, et, depuis lors, étroitement surveillée.
L'audience ayant été suspendue pendant quelques iiislantsfut reprise avec l'audition des premiers témoins à décharge. Ceux de Couriol, au nombre de div, furent tout d'abord entendus ; c'étaient, pour In plupart, des lémoiiis chargés d'attester sa moralité. Mais leurs déclarations ne purent atténuer l'etTet produit par les reconnaissances formelles des habitants de Lieursaînt el de Montgeron.
Puis, ce fut le tour de ceux de Lesurques. Ce dernier n'était plus le même. 11 semblait transformé. Lui, si calme el si digne durant les débals qui venaient de se dérouler, semblait fébrilement exalté. Il allait donc
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(48 I. AFFAIRE DU COL'BBIEIt DE LYON
enfin lenasacr l'accusalion et en montrer l'inanité. Devant le Itiomphe qu'il escomptait comme cerlaîn, il ne paraissait plus un accusé prisonnier, mais le vengeur de son honneur outragé et méconnu.
Ah ! cet homme, si vraiment il était innocent, avait dû cruellement souffrir; certes, l'adversité avait été pour lui inexorable et la Justice implacable; mais, s'il . était coupable, comme on le croyait généralement, c'était un misérable d'une habileté consommée, d'une force de dissimulation inouïe, possédant l'art de tenir son personnage avec tme science à ce point admirable qu'elle ébranlait les juges les plus sceptiques et donnait le change aux esprits les plus préconçus.
Mais on allait être enfin édifié. N'avait-il point promis d'apporter à l'audience une justification éclatante de l'emploi de son temps durant celte trop fameuse journée du S floréal précédent.
Le premier témoin appelé Fut le citoyen Legrand.
11 déclara se nommer Legrand. être âgé de trente-six ans et être établi bijoutier au Palais-Égalité, et demeurer rue de Chartres, n° 384- H déclara ' que depuis deux ans il connaissait Lesurques, que depuis un an que celui-ci était à Paris, il venait journellement chez lui.
(( Le 8 floréal notamment, ajoula-l-il, Lesurques est venu me trouver à mon magasin. Nous avons passé ensemble la matinée. Il est arrivé chez moi à neuf heures et demie-dix heures et nous ne nous sommes séparés que vers une heure et demie-deux heures de l'aprèsmidi, j)
Cette déclaration catégorique, faite sous la foi du serment, rendait impossible et invraisemblable la présence de lesurques à Monigeron à la même heure. H
t. Interrogatoire Legrand, sur inculpation de faui.
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