I.E PROCÈS CBIMIM-:i
les midi ou une heure avec celui qui est le premier. 11 est venu prendre le café, avec les trois autres particuliers dont je viens de vous parler, chez le citoyen Chalelain et y a joué au billard. Je ne puis pas tn>p me ressouvenir de Ihabilleraent qu'il portait.
Le PaÉsinEBT. — Reconnaissez- vous les trois autres ?
Le Témoin. — Non, citoyen, je ne les ai pas vus.
Le pRÉsiDEST, — Regardez ce sabre, l'avcz-vous vu à l'un des quatre cavaliersi'
Ls Tbhoi!*. — Je ne puis le reconnaître, mais je sais qu'un des quatre avait un sabre à ceinturon noir, avec du cuivre au haut du fourreau, u
Le Président, après avoir constaté et regretté l'absence de la femme GrosseUïte, déclara que les témoins de Monlgeron élant, épuisés, l'audience étail suspendue. Il était six heures du aoir.
Mais les débats, devant cette longue tliénrie de témoins, menaçaient de traîner en longueur sans grand intérêt. Aussi pour cette audience du soir, ri'étail-il demeuré que ceux dont le service ou une obligation quelconque exigeaient la présence.
Après quelques témoins d'un intérêt secondaire, on entendit la femme Bourgoin, trente-sept ans, manouvrière à Lieursaint, laquelle déclara qu'entre liois et quatre heures elle avait vu passer quatre particuliers à cheval, mais elle n'en avait remarqué qu'un, celui qui lui avaitparulepluB âgé, vêtu d'une redingote tirant sur le violet et traînant presque jusqu'à terre, chapeau rond, et affirma en son âme et conscience qu'elle reconnaissait parfaitement le citoyen Bruer : il n'avait pas alors les cheveux en queue, mais frisés par le bout comme unrond et montait un cheval gris tirant sur le noir.
Puis le citoyen Michel Ilay, maréchal à Lieursaint,
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crut reconnaîlie Bruer. avec celle réserve cependant, que celui qu'il avait vu à Lieursaint scmbiait avoy- dix ans de moins. D'ailleurs, il ne reconnut aucun des autres.
Après vint l'instituteur de Lieursaint. Goupy ; fl déclara n'avoir remarqué la figure d'aucun des quatre cavaliers, avoir vu seulement un de ceux-ci descendre de cheval, entrer dans la pépinière du citoyen Alfroy et couper avec son sabre, dont le fourreau était couvert de cuivre jaune, un petit pied de peuplier, gros comtae deux fois le pouce.
Chartes-Thomas Alfroy, quarante-deux ans, pépiniériste à Lieui-saint, dépose ;
«. Le 8 floi-éal, jour de l'assassinat du courrier de lai malle de Lyon, sortant entre huit et neuf heures du soir de chez l'agent national de Liçursaint, je vis deux personnes qui se tenaient sous le bras vis-à-vis la grande porte de l'auberge du Cheval Blanc. L'un de ces deux citoyens était habillé en bleu-putois, portait un chapeau rond et était blond de cheveux; il avait, autant qu'il m'a paru, des bottes molles ou brodequins.' Je me suis mâme approché de ce citoyen, car j'ai cru que c'était le frère de Duclos, maitre de poste à Melun.
Le pRÉsinEKT. — Le reconnaissez-vous parmi lesaccusés ?
Le Témoin. — Parmi les six prévenus pi-ésents, la personne à qui j'applique toutes ces observations est celui des prévenus connu sous le nom de Lesurques ; mais cependant, vu qu'il faisait un peu sombre, je no peux pas affii-mer que ce soit le citoyen ici présent.
Le Phé.sident. — Un autre témoin, n
Marie-Jeanne Guîlbert, femiVie Alfroy, trente-huit ans :
H Le 8 floréal dernier, je vis deux particuliers, l'Un brun ot l'autre blond, passer dans l'après-midi, troisi
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fois devant ma porte. La première fois il était entre quatre lictircs et quatre heures et demie, la deuxième fois, entre cinq heures et cinq heures et demie, et la troisième fois il était huit heures un quart ou huit heures et demie. J'ai parfaitement remarqué ces particuliers. L'<in avait une redingote brune, tirant sur le marron, l'autre était v<?tu d'un habit bleu; l'un et l'autre avaient des bottes molles et des é[>erons façon argent, ainsi qu'un chapeau rond; l'un avait une cravate noire, et je crois que c'était le citoyen brun.
Le Président. — Les reconnaissez-vous ici?
Le Témoin. — Parmi les six prévenus présents, j'affirme que le premier appelé Couriol et le deuxième appelé Lesurques sont précisément ceux que j'ai vus par trois fois passer devant ma porte à pied; je me souviens même que l'un d'eux portait une badine ou up petit fouet et l'un et l'autre étaient armés, »
Lesurques semblaitatterré devant ces reconnaissances successives.,
« Eh bien! accusa, dit le président Gohicr, votre silence et vos dénégations ne peuvent suffire à ctalîlir votre innocence, alors que ces témoins affirment vous avoir vus sur la route de Melun, le '8 fioréal.
— Ces témoins se trompent, citoyen, dit I^esurques. je vous jure qu'elles doivent me prendre |»our un autre; il y a là. comme depuis le premier jour, une erreur fatale dont je suis la victime.
Le Président. — Cependant vous no niez point avoir déjeuné le 4 floréal chez Richard avec Couriol et Gnénoti*
Leslrques. — Non, certes, je ne le nie pas, puisque c'est la vérité, mais c'est là un fait purement accidentel: je ne connaissais pas Couriol anlérieurement et je ne l'ai piis revu depuis, non plus que Ricliard !
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140 LAFFAinB DU COUBRIEB DE LYON
Le PRésjDENT. — Mais vous avez revu Guénotî
LESUKQrBS. — C'est mon compatriote et mon ami, cl c'est précisément pour le voir que je suis allé ie 4 chez Richard, chez lequel j'ai malheureusement dîné.
Le Président. — C'est que les renseignements pris sur votre compte sont loin d'être excellents!
Lesuhques. — Est-ce possible?
Le Président. — Mais oui, Lesurques! Vous avezélé en 1789 sergenl au régiment d'Auvergne.
Lesurques. — Oui.
Le Président. — Mais, depuis lors, les renseignements de police donnés sur votre compte disent qu'au moment du crime vous étiez sans état à Paris et que votre existence était si problématique que lorsque vous avez été arrêté, vous n'aviez ni passeport, ni carte de sûreté, que vous n'étiez ni citoyen de Douai, ni citoyen de Paris,
Lesurques. — De qui sont ces renseignements infâmes ?
Le Président. — Ils sont anonymes, il est vrai, mais si les autorités constituées de notre pays disent que vous avez fait une fortune suffisante pour vivre aisément en travaillant, elles vous peignent, d'autre part, comme un homme sans, conduite et fort dé]>ensier *.
Lesurques. — Sans conduite ! Mais je vivais avec ma famille à Paris.
Le Président. — Cependant vous avez reconnu vousmême dans le papier que vous dissimuliez dans vos bottes, et que l'on a découvert à votre entrée dans la prison de Melun ', que vous passiez quelquefois la soirce chez Eugénie Dargence, une jeune ouvrière de vingt ans.
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1>: PBtJCÈa CRIMINEL IH
Lesurql'es. — Ohl une amie!
Le Piiésii>e:!T. — Etait-ce bien nécessaire pnur un Lomme marié et père de faraîile ? Enfin, on vous représente comme faisant, à Paria, aprèn le crime, umi dépense coiisidéfable et beaucoup an-tlossiis de lu fortune qu'on vous connaissait à Douai.
LEsrRQUES. — Mes dépenses consistaient .turlout en mon installaton rue Montmartre où j'étais impatient de m'inslaller avec ma famille. Je ne vois pus. dans lout ceci, ce qui pourrait se retourner à cbarne contre moi. En tout cas, je ne puis que crier, que jurer mon innocence.
Le pRÉsmEKT . — Malheureusement, cela ne suffit {Oi, car sinon cela serait encore le moyen le plus simple, pour chaque accusé qui n'avoue pas. d écha|iper à la Justice.
Lesubques. — Mais j'établirai ttans un instant que le 8 floréal je n'ai pas quitté Paris.
Le PRÉsmEST. — Voilà qui vaudra mieux:. En atlendant, continuons l'audition des témoins. Aiidiencicr. appelez' le citoyen Toumard . n
Celui-ci, charretier, déclara qu'il se trouvait sur le bord gauche du grand chemin de Licursaint à Meluu quand il vit passer quatre particuliers à cheval, allant fort doucement, changeant souvent de côté, celui do droite allant à gauche. La manière dont ces citoyens allaient sur la route leur parut suspecte, et "il dit à son camarade Roger : " Voilà quatre citoyens qui me paraissent quatre voleurs. » Parmi les accusés, il rcconnail seul Couriol.
Son camarade Roger les vit de même et entendit l'un d'euï qui avait la pipe à la bouche (Uoussy),
« Ah! tetrou de diou de mandat que telrou de diou
142 I. AFFAIRE D^U œi'BBIKB DK I.YOX
les brûle I » 11 portait un cliapeaii à ti'ois cornes. Luî aussi ne reconnaît que Couriol.
Enfin, on introduisit Champault, cabaretier à Lieursaint.
« Au commencement de floréal dernier . je ne merappelle pas au juste la date, mais c'est le jour où le courrier de la malle de Paris à Lyon a été assassiné,. sont arrivés chez moi. sur les cinq heures du soir,. quatre particuliers montés sur des chevaus ^ue j& crois être de louage. Us ont mangé un morceau et feil mettre leurs cbevaux à l'écurie ; puis ils sont partisvers les sept heures du. soir environ ; peu de tempsaprès, sont arrivés deux autres particuliers, aussi à cheval, auxquels j'ai demandé s'ils étaient de la même compagnie que les premiers, à quoi ils m'ont répondu que non, qu'ils ne les connaissaient pas. Ces deux derniers ne sont restés qu'une demi-heure et sont partis, après s'être rafraîchis. Je dois ajouter que ces six individus avaient chacun deux pistolets.
w Lorsque ces deux derniers furent partis, un des quatre premiers est revenu chercher son sabre qu'il avait oublié dans notre écurie où il l'avait laissé. Cependant, il fil donner à son cheval un demi-bois seau de son et avoine et, me faisant observer que son cheval avait le temps de manger cette ration, tandis qu'il se promènerait dans le village, il ajouta. que son- souper serait prêt en arrivant h Melun, puisque son camarade élailen avant, et qu'il pouvait resterjusqu'à dix heures. Toutefois, il revint presque aussitôt qu'il était sorti en médisant : « Bridez bien vile mon cheval que je m'en «aille, parce qu'il ne fait pas bon lanuitsur laroute. " Bien que le clievat n'ait pas mangé la moitié de l'avoine qui lui avait été donnée, Je me mis en devoir de brider le cheval, tandis que ce particulier buvait un petit
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