‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, DubosqChapitre 41 sur 66 · L AFFAIRE DIT COIBUIEB DE I.TO · texte numérisé non relu

L AFFAIRE DIT COIBUIEB DE I.TO

tion de Lesurqucs et de Courîol; apiès surtout les aveux de ce dernier, it était bien probable qu'il n'avait point conservé un nom aussi compromettant, et qu'il devait se cacher aujourd'hui sous son nom véritaMe, si celui-ci ne rélait point, ou sous un nouveau nom d'emprunt.

Bref, pour que ce particulier fût plus silremenl reconnu, M. Dauba n ton. avait obtenu que l'inspecteur des Postes, celui-là même qui avait vu monter Laborde dans la malle de Lyon, se rendit avec lui à l'audience oîi allait être jugé ledit Durochat.

Ils arrivèrent tous deux quand celui-ci, condamné à quatorze ans de fers, quittait la salle.

L'inspecteur, sans perdre un instant, demanda la

' parole et déclara au Tribunal que cet homme était

prccisc'ment celui qui était monté dans ta malle de

Lyon le 8 floréal, clavait vraisemblablement poignarde

le courrier.

Durochat, ramené au banc des prévenus, fut aussitôt inculpé de ce chef, et le lendemain , aS ventôse an V. M. Daubanton pouvait mander devant lui, err son bureau de la Préfecture de Police, le particulier Joseph Durochat, dit m Joseph Vérot n, dit « Laborde », et procéder h son interrogatoire.

L'inculpé était un homme de cinq pieds trois pouces et demi.', aux yeux couverts, au teint brun, à la figure pleine, au visage marqué de petite vérole et de taches noires, aux cheveux et à la barbe bruns.

Il déclara se nommer Joseph Durochat, natif de Lille, âgé de trente-deux ans, chapelier, sans domicile, et venant de Marseille,

D. — H A quelle époque ëtes-vous parti de Marseille?

LE PBOf.fcS DL-ROCIIA,T. DIT « I^BOHDF; " 211

R. — J'ai resié un peu à Lvnn ; je sui» pnrli à peu près dans le mois de juHIcl.

D. — Messidor ou thermidor, vous voulez d'rc. Avez-vous demeuré à Paris?

R. — J'y ai resté avant que « Robcrspi«>rre » soit guillotiné ; j'y demeurai quand j'ai été arrôlp.

D. — En iloréal dernier, il y a à peu près dix mois, u't'liez-vous pas à Paris?

R. — Sûr.

D. — Où étioz-vousï

R. — Je crois que j'étais en roule pour aller à Marseille.

D- — Dans ce cas, n'avez-vous pas pris la roule de Ljonî

R- — Non; j'ai passé par Moulins.

D- — Avez-vous pris une voiture publique?

R. — Non, citoyen; j'y ai été k pied. <>

Et a déclaré ne savoir signer.

Cet interrogatoire n'ayant amené aucun aveu de Durochat et celui-ci ayant persisté dans son altitude. M. Daubanton fit comparaître à l'inslent même la citoyenne Piersot. veuve Dolgoff, se disant h l'amie <> du malheureux Excoffon, et. en présence dudit citoyen détenu, lui demanda « si ce n'était point là le particulier qu'elle avait vu, dans la cour de la Poste, monter dans la malle avec le citoyen Excoffon, le 8 floréal précédent, jour de son départ de Paris pour Lyon et jour même auquel il avait été assassiné entre Licursaint et Melun ; — laquelle, après avoir examiné ledit particulier, déclara qu'il était vêtu d'une houppelande grise a bordure noire et chapeau rond; que c'était bien cet individu qui était parti avec feu Excoffon et monté avec lui dans la malle, le jour où il avait été assassiné. »

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Ayant fait mettre audit citoyen la houppelande grise bordée de noir, qui avait été Irouvée sur le lieu de l'assassinat, et. l'ayant fait « co6ffer n son chapeau rond, le juge réitéra à la citoyenne Dolgoîf la même question.

Après l'avoir encore examiné ainsi vêtu, le témoin afïirma que c'était lui-même, — et signa.

Durochat ne fit aucune observation à celte déclaralion cependant formelle, et demeura imperturbable.

Le magistrat fit alors venir devant lui le citoyen Excoffon fils et lui demanda à brûle-pourpoint s'il reconnaissait, lui aussi, u le particulier toujours vêtu comme il était ».

La réponse fut idenlique et le tcipflin ajouta même que " c'était bien celui-là qui était resté longtemps dans la seconde cour de la Poste, près du mur, sans parier à personne d.

Le citoyen Gillet, inspecteur des malles cl courriers, entendu ensuite, fut cependant moins affirmatif. 11 déclara, en effet. « qu'il ne pouvait le reconnaître par la figure, n'ayant pu le voir le 8 floréal, attendu qu'il avait son chapeau rond très enfoncé dans la tête, mais que toutefois c'était toute la tournure de celui qui avait monté dans la malle avec le citoyen Excoffon, et était parti avec lui pour Lyon le 8 floréal dernier ».

L'enquête ayant ce jour-ià pris fin sur cette déposition, Durochat fut, les mains liées et étroitement gardé, reconduit à la Conciergerie.

Le surlendemain, l'instruction fut reprise.

M. Daubanlon manda à son bureau Philippe Nanleau, postillon à la Poste aux chevaux de Villeneuve-Sainl- Georges. lequel, ayant examiné ledit Durochat, extrait à nouveau de la Conciergerie, déclara, sans la moindre hésitation, u qu'il le reconnaissait bien, qu'il élait le

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KE PROCÈS DlflOCIIAT, DIT " I.ABORDI': » 213

ciloyen qui était dans la malk du courrier de Lyon, lorsque, le 8 floréal dernier, il avail changé de chevaux à Villeneuve-Saiiil-Gcorges; que ce |>arrndiGr étail descendu alors pour lâcher de l'eau; qu'il était !c voyageurqu'ilavait conduit Jusqu'à peu pr^s la moitié de la forêt, où il avait changé avec un de ses camarades de Lieursaint a.

Le citoyen Blavel, chargeur de malles à la Pnsie aux lettres à Paris, alors introduit, fixa longuement Durechat, puis il déclara formellement qu'il le connaissait; que c'était lui qui était monté dans la malle : il Pins je l'examine, ajoute-t-tl, et plus je le reconnais. A l'instant de partir, je lui observais qu'il y avait de la place dans la malle et lui demandais s'il y nieltalt quelque chose; mais ce particulier, ici présent, me répondit, en élevant ses deux bras, qu'il n'avait que son corps. »

Ces témoignages formels et manifestement désintéressés n'étaient point sans avoir troublé Durochat el lui avoir fait perdre sa belle assurance.

Bien qu'il eût gardé assez d'empire sur lui-même pour ne point laisser paraître devant le juge le trouble qu'il éprouvait après ces dernières confrontations, il ne s'était point, par contre, senti assez d'audace pour protester contre de semblables affirmations, et y apporter des dénégations formelles.

Le lendemain, a8 ventôse, il devait être conduit à Melun pour les formahtés d'écrou et pour être interrogé sur le choix du Tribunal criminel devant lequel il voulait être renvoyé.

Le juge Daubanton avail tenu à l'accompagner. Le 39, Durochat revenait de Melun à Paris avec ce magistrat pour être transféré de là à \'ersailles, ayant feu choix de ce tribunal.

On s'était arrêté pendant quelques instants à une

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auberge près de Gros-Bois pour déjeuner rapidement. Durochat demanda à parler en particulier au citoyen Dauba nton .

Les gendarmes qui accompagnaient le prisonnier. estimant qu'il y avait quelque danger à accéder à cette | demande, cherchèrent à en dissuader le juge. Sans écouter ces conseils, ce dernier les congédia et recom- , manda seulement à l'hnissier Masson, qui était égale- I ment de l'escorte, de faire veiller discrètement à sa sûreté.

Demeuré seul avec Durochat, et continuant à déjeuner près de lui, le juge Daubanton, afm d'ouvrir un œuf, prit le seul couteau qui restait sur la table. Durochat de dire aussitôt :

« Vous avez peur, « monsieur » DaubantonP

— Eh, de quoi, grand Dieu?

— De moi. ajouta Durochat; vous prenez mon couteau.

— Oh! tenez, répondit avec calme le juge, couper vous-même du pain. «

A ce trait de tranquillité, ainsi que le qualifie luimôme le juge Daubanton, Durochat n'aurait pu s'empêcher de s'écrier :

(( Vous êtes un brave, " monKieur » Daubanton- C'esl fait de moi; mais bientôt je vous dirai tout. »

Toutefois, Durochat se ressaisit aussitôt et, pour le moment, ses confidences en restèrent là.

Mais, ramené dans sa prison, il se sentît pris d'un profond abattement et d'un insiirmonlable découragement.

Etait-ce la fatigue de ce voyage pi-écipité? N'étaitce point plutôt d'avoir revu le lieu même du crime. d'avoir refait la même route et d'avoir revécu ainsi les tragiques épisodes de cette nuit sanglante?

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LE PROCÈS DUHOCIIAT, DIT <' I.ADOHDE " 215

Quoi qu'il en soit, son sommeil en fui profondément troublé. Il ne pouvait effacer de son souvenir le spectacle horrible du meurtre, les cris désespérés des deux victimes et surtout le râle épouvantable d'Excoffon, avec lequel il avait dîné si gaiement avant que de quitter l'hôtel de la Poste et voyagé cùle à côte, leurs cadavres mutilés, cette blessure à la main qu'il avait reçue dans la lutte avec le courrier, et dont il portait encore la trace, enfin, le lendemain, à l'aube, les visages sinistres de ses complices.

Ces pensées torturantes l'accablèrent jusqu'au jour, et ce n'est qu'alors qu'il put trouver un peu de repos. Durochal n'était point le misérable endurci qui, abandonné à sa conscience, fut incapable de repentir. La Révolution l'avait trouvé un modeste et assez bon ouvrier chapelier de Lille, mais les agitations politiques des derniers mois de la Terreur l'avaient fait déserter la calme boutique pour les réunions publi- (|ues, les manifestations bruyantes de la rue et même les violences sa nyu inaires.

En 1793, il se laissa entraîner à Lyon où, surpris par le siège, il épuisa rapidement le peu de ressources qu'il avait, et fit, fâcheusement pour lui, la connaissance de Vidal qui, le siège terminé, l'attira à Paris.

Là, le manque de ressources, l'oisiveté, les funestes fréquentations l'avaient insensiblement conduit au vol, puis au crime.

Cependant, entre les mains d'un liabile et audacieux criminel dont il subissait l'ascendant, il n'avait été, probablement comme les autres, qu'un instrument, liésitant encore, dans la cour de la poste, avant que de nttwiter dans la malle, à jouer le rtile qu'on lui avait distribué.

Il avait fallu l'âpre désir du butin et la crainte du

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chef pour le faire participer effectivement au crime et devenir un assassin.

Aujourd'hui, seul, abandonné, prisonnier, livré à ses sombres pensées, il sentait naître en lui les affres du remords, et, préférant tout aux tortures morales qui l'étreignaient, il sollicita le lendemain de son juge un entretien particulier.

Celui-ci lui ayant été accordé, il Gt à M. Daubanlon une grave et si importante déclaration qu'elle mérite d'être relatée en entier, car c'était le premier récit un peu détaillé et un peu précis fait par un des auteurs de la préparation et de la perpétration du crime.

il avoua :

H Que c'était un homme employé à la poste, et chargé alors des dépêches pour Brest, qui donnait avis, de tous les vols de courriers ; que ce n'était pas celuù de Lyon qui devait ôlre volé, mais bien celui de Brest;

(I Que lui et plusieurs autres s'étaient tenus plusieurs jours sur la route de ce courrier qui n'avait pas été volé parce qu'ils avaient été avertis àpliisieurs reprises, que ce courrier n'était pas chargé considérablement, attendu qu'il passait ordinairement à travers les- Chouans qu'on craignait beaucoup alors;

« Que l'homme dont il jtarlaît, était de la (aille de 5 pieds 4 à 5 pouces, châtain, et d'une belle figure; qu'il s'était trouvé plusieurs fois avec lui et le reconnaîtrait bien;

Il Que ce m(^mehomme n'avait pasdonné l'afTaire du courrier de Lyon ; que c'était le nommé Dubosq qui était venu le trouver, lui et Vidal, dans la rue de Bohan, où ce dernier demeurait alors, et leur avait proposé le vol de ce courrier; que ce fut Dubosq qui l'engagea à monter dans la voiture avec ce courrier; qu'y ayant consenti, Dubosq lui arrangea un passeport qu'ilavait~

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LK PROCÈS DI-HOCHAT, DIT " LAItORDK " 211

OÙ il substituait, au nom qui y était et au signalement, ■ le nom de Laborde et le signalement de lui, Véron; qu'avec ce passeport il en obtint un autre pour Lyon ; qu'avec ce passeport il se présenta à la poste et arrêta sa place dans la malle où il monta avec le counier ;

« Que les seuls qui furent de ce complot sont Vidal- Dufour, dit " LaUeur», dont le vérilable nom est Pierre Pialin, lequel avait été condamné aux fers a Grenoble; Rossj'ou Ferrari, Dubosq et.Courriol ou Etienne; que c'est Bernard qui prêta les chevauj ;

B Que le projet était seulement de lier le courrier et le postillon, et non de les assassiner; que c'est CourrJol qui a été cause des meurtres qui ont été commis ; que Rossi, CourrioUDubosq et Laileur, arrivés à l'endroit où le courrier avait été attaqué, Couri'iol, en arrêtant le postillon, lui avait porté un coup de sabre; que lui, Véron, n'a porté aucun coup au courrier dans la malle ; que le postillon ayant été attaqué, il descendit, et que, l'action engagée comme elle l'avait été, ce courrier fut entraîné par lui, Véron, et Lafleur, derrière un petit bouquet d'arbres, où il avait été poignardé et égorgé par ledit Lafleur ;

« Qu'étant de retour à Paris, ils se sont rendus cliez Dubosq, rue Croix-des-Pelits -Champs, où le partagea élé fait; que Bernard s'y est trouvé et a reçu, pour sa part de chacun d'eux cinq, 5oo ooo livres et lo louis ;

Il Que c'est Courriol, Dubosq et Vidal ou Lafleur qui ont reconduit 4es chevaux ;

« Que Vidal ou Lafleur, Dubosq ef Roussy doivent être reconnus, ainsi que Ta dit Courriol, par les gens de l'auberge où ils ont dîné;

Qu'il a entendu dire qu'il y avait eu un particulier nommé Lesurques qui avait été condamné ; qu'il doit à la vérité de dire qu'il n'a jamais connu ce parti(;u-

218 L AFFAIRE DU r.OUBRTRIt DE I.YON

lier, ni lors du projet, ni à son exécution, ni an partage ; qu'il ne le connaît pas et ne l'a jamais vu : que les seuls ayant concouru h ce crime sont lui, Véron, Rossy, Dubosq, Courriol et Vidal, avec Bernard qui a prdté les chevaux, mais qui n'était pas k l'assassinat;

" Que, depuis, il a été loger avec ledit Vidal, rue des Fontaines, quartier du Temple, d'oii ils sont partis peu de temps après ; que le portier de cette maison se nommait Perrin et les reconnaîtra silrement l'un et l'autre ;

(( Qu'à partir de cette époque, il n'a plus revu ni Rossy, ni Vidal, ni Dubosq, ni Courriol; qu'il sait que Dubosq est à Paris, avec la femme qu'il a fait sauver des prisons de Lyon où elle a été Condamné à onze ou douze ans de détention; qu'on lui a dit que Roussy était à Milan où il faisait le commerce; qu'il a appris cela à Marseille où il s'était trouvé peu après que Roussy, qui y était aussi venu, en était parti; qu'il savait également que Vidal était actuellement arrêté pour une autre affaire, et que c'est lui qui l'a fait découvrir pour se sauver lui-même. »

Et a déclaré ne savoir signer.

Cette confession fut confirmée le i" germinal an V, devant le commissaire de police Pille, par Durochat, dans sa prison de Versailles, où il avait été transféré après son jugement de Paris,

, C'était la première fois que Durochat consentait à avouer qu'il savait signer, et encore n& le fit-il que sous le nom de "Vérot n.

Le f| germinal, Dui'ochat fut appelé à préciser ses aveux devant M. Pacou, juge de paix de Versailles, mais ce ne fut que le la que le juge Vincent de Paule Barbier, faisant fonction de président criminel du département de Seine-et-Oise, obtint de lui un histo-

LE PHOCÈJ* DIROOIAT, DÎT « HBOBDK " 219

rique complet et détaillé (tu crime, et difTérent, sur quelques points, de ses premiers aveux à M. Daubanton.

Durochat ayant, le a5 germinal an IV, retrouvé, à Paris, Vidal, dont, avons-nous dit. il avait fait la connaissance durant le siège de Lyon, partagea le soir même l'hospitalité que celui-ci lui oITrait dans son logement de la rue de Kohan.

Au iioul de deux ou trois jours, Vidal lui confia le projet formé par lui et quelques-unes de ses connaissances d'aller, sur la grande route de Melun, dévaliser sûr son passage le courrier de la malle de Lyon,

Pour vaincre ses dernières hésitations, Vidal le fit rencontrer, au café du Perron, près le Palais-Royal, avec le courrier des dépêches de la Poste de Brest, qui avait indiqué l'atTaire.

Durochat promit, dès tors, son concours et son entière discrétion et il ne restait plus qu'à arrêter les derniers détails de l'expédition.

A cet effet, Vidal et Durochat allèrent dîner aux Champs-Elysées chez le traiteur l^bœuf où ils se rencontrèrent avec Dubosq, houssy et Etienne Courriol,

Au dessert, les rôles furent distribués ; Durochat fut cliargé de prendre la voiture du courrier de Lyon, landis que les autres iraient attendre la malle sur la route, dans le bois, entre Lieursaint et Melun.

Il avait toutefois été formellement décidé (du moins c'est Durochat qui le déclare) qu'on se contenterait de lier le postillon et le courrier, sans leur faire aucun oial, pendant qu'on dépouillerait la Poste.

Le 8 Qonial fut choisi d'un commun accord pour mettre ce projet à exécution. Quelques jours étaient, en effet, nécessaires pour se procurer des chevaux et fournir un passeport à Durochat,

Dubosq se chargea de ce soin, et, le 7 floréal, Duro-

220 I- AFKAinrC or r.Ol'RRIRB DK LYON

chat, accompûgni'^ de Vidal, n'eut plus qu'à le faire viser il la section des Tuileries, et, de là. au Bureau central.

Par un fâcheux contre-lemps, Vidal j rencontra un garçon de bureau de sa connaissance qui aurait pu les trahir par la suite, mais sun parti fut vile pris. N'ayant pas été aperçu de ce dernier, il se détacha de Durochat, et, tandis que celui-ci obtenait le visa nécessaire, Vidal emmena le garçon de bureau au cabaret.

Le lendemain matin. Durochat alla retenir sa place au bureau de Poste, moyennant 3ooo livres en assignais que lui avait prêti^es Dubosq, et partit de Paris vers les quatre heures du soir, ayant à côté de hii, dans la malle, le courrier ExcofTon.

Soi'ti par la porte de Charenton, il feignit de dormir afin d'éviter de lier conversation avec le courrier. Au relais de Villeneuve, il descendit à peine, et encore en ayant grand soin de rabattre son chapeau sur sa figure.

.\ celui de Lieursaint, il dîna rapidement, et d'ailleurs, il faisait déjà nuit.

11 était environ neuf heures ou neuf heures et demie du soir quand la voiture se trouva au-dessus de Lieursaint.

D'après la version de Durochat, qui, au milieu de ses aveux, cherchait cependant à dégager le plus possible sa participation effective à l'assassinat, lorsque la malle eut été attaquée par les quatre autres, Roussy aurait porté le premier coup de sabre au courrier, mais Durochat aurait cherché à le parer avec la main et reçu, à la paume, au dessus du pouce, une entaille qui lui fit répandre beaucoup de sang, et dont il portait encore la cicatrice au jour du jugement.

C'est alors qu'il s'élança hors de la voiture et courut

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LE PROCÈS DUROCilAT, DIT « LABOBDI': " iii

à vingl pas de là, où il fui bientôt rejoint par Couiriol auquel il se plaignit de ce qu' h on ne tenait pas parole el qu'on assassinait au lieu de voter, ainsi qu'ils en avaient convenu u,

C'est nous exposer à la guillotine ! s'écria-t-il.

— Il faut nous en prendre à Itoussy, lui répond Courriol; tu sais comme il est vif; d'ailleurs, c'est une afTaire faite », ajouta-t-il philosophiquement avec ce ilegme qui te caractérisait; u et ceux qui sont morts ne reviendront plus pour passer devant nous! »

Bientôt, on détourna la malle dans la forât; on coupa les cordes des paquets; on s'empara de loul ce qu'il y avait de piécieux, puis les cinq particuliers revinrent à Paris. Pioussy était monté sur le cheval du postillon tué et avait donné le sien à DiirD^lial. De retour à Paris on abandonna sur les boulevaitls le cheval du postillon lue, et on se rendit chez Dubosq qui occupait un entresol rue Ci-oi\-des- Petits-Champs, en face la barrière des Sergents. C'est là que se fit ie partage du butin.

Il était alors environ quatre heures du matin.

Outre les &o louis et les 5oo ooo livres en assignats que, dans sa déclaration à U. Daubanton, il reconnut avoir rei;u pour sa part, il eut encore ^oooo livres en mandats qu'il vendit cinq mois après à /fo sous le loo.

Etonné el un peu inquiet de se voir à la tête d'une pareille fortune, il resta encore huit jours avec Vidai daos son apparlemeqt de la rue de Itohan, el craignant alors l'un et l'autre des poursuites, devant le bruit que commençait à fair£ le crime, ils crurent prudent de prendi-e un autre appartement, rue des Fontaines, n° 4.

.\près l'arrestation de Courriot, leurs alarmes augmentèrent et ils estimèrent de leur sécurité de quitter Paris el de se réfugier à Nevers.

D,^,-„...,GoogIe

222 l'affaire uu courrier de LïO>

(( Connaissez-vous le nommé Lesui-quea ;> » demanda le Président à Ourochat, interrompant son récit, qui maintenant commençait à perdre de son intérêt.

M. Baiiiier était, en effet, non mpins désireux que M. Daubanton d'amener, pour le plus grand bien de la justice, les aveux de l'accusé sur Lesurques.

R. — « Non, citoyen, je ne le connais pas; je ne l'ai jamais vu de ma vie.

D. — Je vous observe cependant que Lesurques a. été reconnu pour l'un des voleurs de la malle; qu'il avait k ses bottes des éperons argentés, et qu'on lui en -a vu raccommoder un avec du fil, soit à Lieursaint, soit à Montgeron, et que cet éperon a été retrouvé dans le lieu où la malle a été volée.

R. — C'était le nommé Dubosq qui avait les éperons argentés. Le malin même que nous, avons partagé le vol, je lui ai entendu dire qu'il avait brisé l'un des chaînons de ses éperons; qu'ils l'avait raccommodé avec du fil dans l'endroit où ils ont dîné, et qu'il l'avait perdu dans l'alTaîre. Je lui ai vu moi-même dans les mains l'autre éperon, et il disait qu'il allait le jeter dans les commodités. Il nous ajouta qu'il avait perdu Sur le champ de bataille une paire de ciseaux où était gravé le nom d'un administrateur ou d'un commis de la poste.

D. — Comment est fait Dubosq?

R. — C'est un homme de vingt-six ans, horloger de sa profession, de 5 pieds 3 à 4 pouces, assez mal jambe, bien corsé, assez belle figure, teint de blond, gros yeux et perruque blonde le jour de l'assassinat et du vol.

D. — N'avez-vous jamais été repris de justice?

R. — ^on, citoyen. »

Et Durochat qui, au début de la procédure, prélen-

LE PROCÈS ULROCIIAT, DIT " LABUHUK " 223

dail ne savoir signer, apposa, c^tle fois, sans dirricullé, et d'une écriture assurée, sa signature.

Pour qu'il ne subsistAt aucun doute sur ces aveux, elque ceux-ci fussent confirmés par des témoignages désintéressés, le l'rrsidcnt chargea un de ses juges, M, Simonneau, d'interroger teciloyen Perin ou Perrin, le portier de l'ioimeuble du 8 de la rue des Fontaines, où Durochat déclarait avoir habité avec Vidal.

Celui-ci ne fit aucune difficulté pour déclarer que différentes personnes étaient venues voir Vidal dans l'appartement; qu'il ne les connaissait pas de nom, mais que cependant il y en avait un qui était gros, visage plein, les cheveut noirâ, vêtu d'une veste bleue avec une ceinture et un chapeau rond, et un autre particulier blond.

Mis en présence de Durochat, il le reconnut aussitôt comme étant l'individu qu'il n'avait plus vu depuis le samedi, veille de la Pentecôte.

" Comment cela, demanda le juge, je croyais que ces deux particuliers étaient restés jusqu'après la Pentecôte ?

— C'est vrai, citoyen, mais je suis p.Trti ce samedi pour aller passer le.s fêtes à Auteuil. Il faisait si beau, et il ï a à Auteuil de In verdure qu'il n'y a pas rue des Fontaines.

— C'était votre droit.

— En revenant le mardi à Paris, je trouvai le citoyen Vidal seul, fondant en larmes, et qui me dit qu'il venait de recevoir une lettre lui annonçant la mort de son père; qu'en conséquence, il était nécessaire qu'il pjutît pour Lyon tout de suite, et, qu'à cause de cela, il allait vendre ses meubles. Il les vendit en effet à un limonadier de lu rue du Temple, en face les bains, el partit le soir même de Paris. C'était

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22i 1. iKFAIBE DU COCRRIER DE LYON

un bien honnêle particulier, ciloyen, et bien généreux. car, avant départir, il me donna 5oo livres pour boire, me dit-il. Voqs pensez bien que j'ai pas bu tout ça. Il n'a même pas voulu accepter un verre de ce vin, tellement il clail pressé. »

Durochat reconnut la véracité de cette déclaration et ajouta que le citoyen qui était blond se nommait Dubosq, et qu'il avait une grande femme gn^lée, mais qu'il ignorait ce qu'il était devenu.

Traduit devant le Tribunal criminel de Versailles, vingt questions furent posées au jury qui, par la bouche du chef du jury, le citoyen Hardetay, déclara, malgré une plaidoirie émue du citoyen Riperl, soo défenseur: Laborde, se disant >• Joseph Dui-ochal ». coupable d'assassinat et de vol avec circonstances aggravantes.

Kn conséquence, le Tribunal criminel de Seine-el- Oise, présidé par le citoyen Challau, condamna Durorbat, le 17 germinal an V, à la peine de mort, à la restitution des elfcts volés appartenant à la République, et à 3 000 francs de dommages-intérêts au profit de la veuve ExcolTon, née Jcanne-ltose Doté, qui s'élail portée partie, civile, tant en son nom personnel que comme tuteur de sou fils mineur.

A celte même aiuliencc Durochat avait formellcmcnl dénoncé Vidal comme un co-auteur du crime et ce dernier avait été, comme nous le verrous, arièlé sur- Ic-cbainp. Bientôt également Dubosq élait découvert par M. Daubauton, et LransTéré à Melun dans la ménie voilure que Durochat, qui y élail aussi conduit pour être confronlé avec Vidal et celui-ci.

Mais Dubos(| profila habilement des loisirs de la roule jiour s'assurer le silence de Dumcliat, et ce der. nier revint à \ersailles sans avoir consenti à recon-

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LE PROCÈS DI:B0(:IIAT, dit Cl LABORDK " ■ 227

naître son complice qu'il avait dénoncé œpenilant si formellement, alors qu'il croyailDubosq hors des atteinles de la Justice, mais en accablant à nouveau Vidal de sa reconnaissance bien que ce dernier persistât à trouver pius prudent de nier l'avoir jamais connu.

<( Cependant, avait fait observer le juge a Durochal, dans votre interrogatoire du 13 germinal dernier, vous avez dit positivement que Vidai, Dubosq, Roussy et Courriol étaient parlis de l'arîs vers buit heures du matin et que voiis étiez allé retenir et payer votre place au bureau de la poste, avec environ ^îimhi livres en assignats que Dubosq vous avait pnHés?

II. — Je ne le nie pas. répond Durocbat, mais ce n'est pas Dubosq qui est Ici présent; le Dubosq dont j'ai parlé avait le visage plein et tUait plus grand de taille, quoiqu'il fût blond comme celui icy présent. Sûr, je reconnais Vidal-Dufour, et même sous son nom de « Pialat ", mais pas Dubosq. Reconnaissant l'un, je reconnaîtrais aussi bien l'autre, si c'était la vérité, mais je ne veux plus dire de mensonges. Si ce n'était point Vidal, je le dirais aussi bien, quoiqu'il m'ait dénoncé, à ce que je crois. »

Entre temps, Durochal s'était pout\u en cassation, sur le motif que loules les pièces de la pioceduic ne lui avaient point été communiquées, mais ce pourvoi ayant éti' rejeté par jugement du Tribunal de Cisialion en date du 3 thermidor an V, Dui-ochat fut conduit au lieu d'exécution de^ Versailles, revîlu dune chomise rouge, conformément à la loi, et cul la tttc ttanchee le 33 thermidor suivant.

Avant que de quitter pour le supplice expiatone la chambre qu'il occiipiût au deuxième < tage de la maison de Justice. Durochat demanda ;à fajiL au commissaire de police Pile une ultime déclaiation

238 I. AFKAIHE DU COLBIHKR DE I.YON

« Ciloyen commissaire, lui dil-il, Ireiiiljlant un peu (le la voix, mais avec un accenl de léelle sinccrilc, ajoute le procès- verbal, je veux vous [îailcr encore une fois sans haine et sans vengeance. Nous n'étions que cinq pour cet assassinat : Mdal et Diibosq, qui viennent d'arriver avec moi de Melun et qui sont renfermés dans cette maison de justice, Cuuniol et Koussy, l'un ejkécuté. l'autre à Milan, et moi, Durochat. Mais Lesiirqucs et Bernard sont morts innocents, Bernard n'a fait que prêter les chevaux, ignorant pour où aller et n'a participé à rien.

Il Si je n'ai point voulu reconnaître Dubosq à Melun, c'est que j'étais sans argent et que Dubosq m'a fait dire par le nommé Barlhelêt, guichetier à Melun, que si je voulais dire que je ne le reconnaissais pas, il me fournirait de l'argent tant que j'en aurais besoin. J'ai donc nié connaître Dubosq et Dubosq m'a envoyé de l'argent tant que j'en ai eu besoin ; c'est Barthelct qui m'a apporté de l'argent à différenles fois.

Il C'est là la plus pure vérité. »

C'était la quatrième tête qui, pour ce crime, tombait sur l'échafaud.

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Affaira Vidal-Dufour, dit « Lafleur».

(1 Cilojens jurés, c'est Vidal-Dufour qui m'a, le premier, communiqué le projet d'arrêter le courrier de ta malle de Lycm et de le voler, mais non, il est vrai, de l'assassiner. Je le jure I » s'écria Darochat, devant le Tribunal criminel de Versailles, au cours du procès qui devait, comme nous l'avons \u au cliapilrc procèdent, se terminer par line condamnation à mort.

Vous n'avez point à jurer, accusé », lui fit observer le Président.

L'accusateur public se leva alors et requit à ce que Vidal-Dufour soit extrait de Pélagie où il était détenu pour d'autres causes, et amené à cette audience pour être confronté avec Durochat.

Le Tribunal ayant fait droit à cette réquisition, l'audition des quarante-cinq témoins fut t< coupée » par le Président et remise au lendemain..

A neuf heures, le lendemain matin, \-j germinal an V. l'audition fut reprise. Vidal, entre deux gendarmes nationaux, fut amené k la barre des témoins.

Après, la lecture à lui faite par le greffier de l'acte d'accusation Darochat et après qu'il efit attentivement dévisagé ce dernier, Vidal-Dufour déclara :

234 L AFFAIRE DU COL'RHrKR DK LÏON

Il Je ne connais pas l'accusé. A la vérité, j'ai demeuré rue de Rohan à Paris, ça, je ne le nie pas: j'ai demeuré aussi à' Lyon, mais, je le répète, je ne reconnais pas l'accusé.

— Eh bien ! s'écria Durochal, moi, je te connais parraitement ; j'ai demeuré avec toi, rue de Rohan, à Paris; je t'ai connu à Lyon et je t'ai même vendu du vin. Vois-tu, au point où nous' en sommes, ce n'est plus la peine de nier; c'est toi qui t'es employé pour me faire obtenir un passeport k la section des Tuileries sous le nom de •• Laborde •> ; enHn, puisqu'il faut tout dire, tu fus du nombre des assassins.

— C'est faux ! répond imperturbablement Vidal.

— C'est bien, ajoute le Président; nous allons entendre le citoyen Perrin, le porlier de la rue des Fontaines. »

Et Perrin réitéra la déposilion qu'il avait déjà faite, ajoutant que Vidal avait logé dans l'immeuble avec son épouse, qui était enceinte, et avec l'accusé.

La femme Alfroy et la femme Ctiampeau, de Lieursaint, déclarèrent également le reconnaître; le citoyen Cbampcau affirma que c'était bien lui qui était monté sur un petit cheval noir; mais les citoyens Alfroy, Sureau, aubergiste à Lieursainl, Hoger, Iludryetles femmes Boiirgoinl, Feuillet et Petit prétendirent ne point le reconnaître.

Cependant l'accusateur public déclara « l'inculper de complicité dans l'assassinat commis par une troupe de brigands armés, dans la nuit du 8 au g floréal an IV, sur les personnes d'Excoffon, courrier, et d'Audebert, postillon », et demanda qu'il fût amené, sous bonne et sûre garde, devant le jury de Molim.

Vidal-Dufour, dit « Latleur ■■>, dit u Piulat •>, dit « le Grand Lyonnais •>. était un garçon de 5 pieds 7 pouces

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AFFAIRE TIDAL-DL'FOLR, DIT ic I.AFI.ELB » 2:1;'.

et demi '. ans cheveux et sourcils châtains foncés, à ia barbe brune, portant des t'avons trî-s noirs, au front rond et découvert, aux jeux gris et chassieux, au nea court et aquilin, à la bouche moyenne, au ntenlon rond, à la figure bombée et fortement marquée de petite vérole.

Né à Saint Etienne, il avait alors ttcntc-cinq ans environ, s'était établi, dnns ces derniei-s temps, marchand de vins à Lyon, C'est là .qu'il avait fait la connaissance de Chirochat.

Condamné le 19 messidor an III par le Tribunal criminel de l'Isère sous le nom de >• Pierre Pialat », dit Cl Lalleur », à vingt-quatre ans de fers et à l'exposition au poteau pendant six heures, pour vol par violence avec circonstances aggravantes, il était parvenu par l'évasion k se soustraire à sa peine.

Arrêté sur la dénonciation de Durociiat à l'audience même du Tribunal criminel de Versailles, Vidal fut renvoyé, illégalement, nous le verrons tout à l'heure, devant M. Beau, juge de paix de Melun.

Le directeur du jury de Melun, M Carlault, avait en elTet estimé que le juge de Paix le plus proche du lieu du crime étant légitimement empêché, il était préférable de renvoyer Vidal-Dufour à l'enquête du juge de paix de Melun, comme ayant déjà connu et de l'affaire Lesurques et autres, et de l'affaire Durochat.

Toutefois, il fit subir à Vidal un premier interrogatoire le ry lloréal an A .

Vidal répondit eu termes vagues aux questions qui lui 'furent posées.

11 déclara que ; « il y avait environ deux mois et demi qu'il était arrivé a. Paris; qu'il avait logé dans la sec-

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tion de la Halle au Bled, sans pouvoir se rappeler iIa us quelle maison ni chez qui; que, le jour même, il avail ét^ le soir à la Comédie avec le bourgeois chez lequel il logeait, et, qu'en partant du spectacle, il n'avait plus retrouvé ni son portefeuille ni ses papiers dans sa poche;- et que c'était deuï jours après avoir été au spectacle et avoir perdu ses papiers qu'il avait été arfâté à Paris dans le Jardin des Tuileries; qu'il avait ^lé conduit à la mairie devant un juge de Paix, puis mis en prison dans la maison de Pélagie pendant longtemps, sans avoir jamais su les causes de son arrestation; qu'il ne pouvait se rappeler positivement où il était durant les deux jours du â et 9 floi'éal an IV, attendu qu'il avait beaucoup voyagé, tant à Paris qu'à <i Lion II et Avignon; qu'il était marié, mais que sa femme était morte, il y avait environ six ou sept mois h Toulouse d'une fausse couche ; qu'il ne niait pas avoir habité à Paris, avec sa femme, lorsqu'elle était enceinte rue des Fontaines, et auparavant, il y avait environ dix mois, rue de Rohan ; mais qu'il ne se ra\>pelait pas dans quel endroit il avait pu voir et rencontrer le dénommé Laborde; que cependant devant le Tribunal de Versailles sa figure ne lui avait point élé inconnue; qu'au surplus, il pouvait se faire qu'il eût fait avec lui quelques articles de vin, mais non pas en tout cas avec un nommé Laborde; qu'en lout cas, il était faux qu'il lui eût communiqué ni effectué avec lui le projet d'arrêter, voler et assassiner le courrier de la malle de " Lion, a Et a déclaré ne pouvoir signer. Le 19 floréal, devant le citoyen Beau, juge de ^aix de Melun, chargé de l'enquête ', > idal n'était plus mar-

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AFFAIRE VlD-U.-DlFUin, DIT « I.AKI.KIR " 237

chand de vins mais de montres, et il nia avoir jamais connu Courriol. Cependant, faisant un effort de mémoire, il crut pouvoir se souvenir que, vers le 8 lloréal, 11 devait être à Toulouse, à moins que ce ne fftt à Avignon, mais rien ne pouvait lui faire remémorer qu'il eût été à cette époque à Paris. Quant au crime, il ne le connaissait que par ouï dire, en ayant beaucoup entendu parler à Paris et en province.

A !a suite de cet in[errogaloire, le mandat de dépôt fut aussitôt transformé en mandat d'arrêt, et l'interrogatoire fut repris le lendemain.

Vidal persista énergiquemenl dans ses dénégations. Durochati' Sa figure ne lui était pas inconnue, mais, lui personnellement, il ne le connaissait pas.

Courriel? li ne le connaissait pas davantage, et, au surplus, ce n'est qu'en le voyant qu'il pourrait dire s'il l'a jamais connu et fréquenté.

Vidal savait à merveille que cette réponse ne pouvait le compromelire, n'ignorant point que depuis longlempî Courrioi avait été guillotiné.

« Mais enfin, lui dît (e juge Beau, quel est le motif de la précipitation avec laquelle vous avez voulu partie en poste pour Lyon, après avoir donné doo livres pour boire à un commissionnaire sans vous donner le temps d'accepter voti-c pari d'une bouteille de vin que vous offrait Perrîn?

R. — Si je n'ai point accepté un verre de vin de Perrin, répond Vidal d'une voix émue, c'est que le chagrin me dominait alors...

D. — Oui, je sais, interrompit le juge, le prétendu décès de votre père.

R.— Nullement prétendu, objecta Vidal, mais réel. D'ailleurs, je ne bois jamais de vin le matin.

D- — Louable sobriété ! Mais lorsque Durochat alla

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238 I. AKFAIKK I)i: COURRIER DE I.YOS

au Bdienu ceniral, le 7 floréal, pour avoir, sur le passe- [joil que lui avait fabriqué Dubosq. un autre visa, n'v avez- vous point conconlré un gar(;on de bureau de votre connaissance que vous avez écarté en le menant boire au. cobiirel, et n'avez-vous point fait mettre sur ce pa-seport un autre numéro que celui du aa de la maison où vous demeuriez rue de Itohan?

1\. — Ce fuit est d'autant plus fauï, citoyen, que je n'aurais pu faire viser mon passeport sans montrer ma carie sur laquelle était le numéro de ma demeure.

D. ^- Pourciez-^ous noua représenter cette carte?

K. — Non; je l'ai rendue à la section des Tuileries. il \ a environ treize ou quatorze mois, lorsquej'ai pris mon passeport pour aller du côté de la Flandre.

D. — Prenez garde, \ idal, vous vous coupez dans vos réponses. Vous nous avez dit plus haut qu'en quittant votre demeure de la rue de ItoliHn, vous aviez été directement dans la rue des Fontaines, qui étail d'une anirc section ijue celle des Tuileries, et qu'il n'y avait qu'un an que vous demeuriez rue de Hohaiv?

R. — Mais lorsque j'ai lait mon voyage en Flandre, il y a treize ou quatorze mois, je n'a%ais pas encore quitté ma demeure rue de Itohan, Il n'y a, vous le \oyez, aucune contradiction dans mes reponses.

— Ail I bien >>, répondit le juge, sceptique.

Et. après diverses autres questions auxquelles il opposa les dénégations les plus catégoriques :

D. — H N'étioz-vous pas, par basaixi, le 8 floréal an IV, dans une auberge de Monigeron où vous auriez demandé à acbcter une pipe et du tabac, et ne fumezvous point ordinairement?

K. — Oui, eftcctivement, je fume ordinairement, mais je ne sais ce que vous voulez me dire d'ailleurs.

D. — Quels vètemcnis portiez-vous dans le mois de

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APPAIflE ViUAL-DLTOl H, DIT u LAFI-KIII " 23Q

floréal an IV, et pou iriez -vous vous rappeler ceux que vous aviez sur !e corps le 8 ou le 9 dudit mois?

R. - — Je ne puis me rappeler ([ueU vêlements je portais à cette époque; j'en «vais de dirTéiciitcs étoffes el de difl'éreates couleurs. Au surplus, je porte ordinairement un chapeau rond.

■ — Fort bien. »

Sur ce, l'inleriogatoire prit fin cejour-Ii'i.

Vidal commençait ii êti-e peu rassure. Les fâcheuses déclarations de Durocliat, l'uctiarnement que ce dernier avait montré contre lui à Versailles, les détails que semblait si bien c<^>nnaitre son juge, sa malencon- Ireuse réponse au sujet de son prétendu voyage de Flandre, enfin les témoins qu'il avait déjà retrouvés k Versailles et avec lesquels on allait certainement le confronler à nouveau : tout ceci l'inquiétait.

Cette affaire, se disait-il, avait été préparée avec trop de précipitation; il y avait eu trop d'alliliés, et, véritablement, on avait laissé derrière soi trop de traces. Toute cette aventure n'avait point étii conduite avec assez de discrétion.

On était en droit, il est vrai, de compter sur l'époquetroublée, la désorganisation de la police de Paris, les préoccupations politiques et militaires du moment. .\h! ce Courriel et surtout ce Durochnt avaient bien besoin de se laisser prendre !

D'ailleurs, pensait- il à titre de consolation, tout n'est point encore perdu. Un homme comme Durochat ne saurait être considéré comme digne de fol, et un certain nombre de lémoins ne m'ont point reconnu.

Nions! et nous pourrons peut-être bénéficier d'un doute! A moins que d'irfi lii, ce qui vaudrait mieux encore, une évasion ne m'ait permis de fausser compagnie à tous ces radoteurs indiscrets ! Ce ne serait point

240 I. AFKAIBK DV tOLBBIKR DK I.YON

d'ailleurs la première fois que je me tirerais d'une pareille situation!

Comment ses projets avaient-ils transpiré? Toujours esl-i] que la surveillance à son égard redoublait.

En effet, le Directeur du Jury de Melun avait reçu, le 3^ lloréal, de l'Accusateur public près le Tribunal criminel de Seine-et-Marne, la lettre suivante :

Liberté, Égalité. Vire la République !

Citoyen,

Je suis informé que Vidal, pri'vcnu de l'affain' du courrier dft Lyon, a des projpts coupables et rriniinpls de se procurer la fiiilti; [iic)\ (juc l'assassinat môinl! ne lui coûtera rien pour y parvenir; je vous invile à le faire BcemniHipier d'une force imposante de deux (tendaruies toules les fois que voua l'interropTCz; cette. préraulion esl utile, je vous engage à ne la pas négliger.

Salut et fra terni lé.

C'est qu'en effet, le rôle du juge de pais Beau se trouvant terminé, le dossier était maintenant retourné devant le Directeur du Jury d'accusation.

Devant lui, de nombreux témoins furent entendus le a5 floréal.

Tous réitérèrent i\ peu près les dépositions qu'ils avaient faites, quelque temps auparavant, devant le Tribunal de Versailles, et n'y ajoutèrent rien de bien nouveau.

Les uns affirmèrent catégoriquement que c'était l>îen là un des quatre particuliers qui s'était promemé dans Lieursaint, le 8 lloréal, en bottes molles, avec des éperons paraissant argentés, portant un habillement couleur chair et un chapeau rond k long' poil. Us le

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