AFFAIRE VIDAI. -DUFOITB, DIT
!nt surtout à son visage piqué de petite vérole et à ses yeux chassieux.
La femme Ghampeau fut moins affirmative : » Je LTois pouvoir déclarer, dit-elle, sans cependant l'affirmer très positivement, que je le reconnais pour être un des quatre cavaliers qui ont rafraîchi chez moi le Snoréal. 11 me frappe beaucoup plus que le nommé Guénot qui m'avait été représenté d'abord. »
GêrlainsreconnurenI que Vidal allait chez la maîtresse de Dubosq, Marguerite Barrière, hftte! de la Paix, rue CroïK-des-Petits-Champs ; qu'il sortait avec elle, Dubosq et une autre femme; qu'il devait même venir chez Bernard avec Dubosq, et chez Courriol, mais c'étaient là des témoins de moralité et non de culpabihié.
D'autres même, en assez grand nombre, déclarèrent ne le reconnaître en aucune façon, et parmi ceux-ci, le citoyen Gillet, quarante-quatre ans, marchand de vaches à Lieursaint, dont la déposition très précise, mais toute nouvelle quant au nombre des cavaliers, devait être, pour la réhabilitation de la mémoire de Usurques, si grave de conséquences.
Il affirma : v que le 8 lloréal, entre cinq et sis heures du soir, il avait vu passer dans Lieursaint cinq cavaliers en deux compagnies : la première de trois, et la seconde de deux, a une portée de fusil l'une do l'autre; que, dans la compagnie des trois cavaliers (il précise). îi y en avait un qui montait une petite jument noire, qu'il croyait se rappeler être à courte queue ; que ce cavalier avait un chapeau rond à longs poils, les cheveux tombant par devant et ceux de la queue liés très bas; qu'il n'a remarqué ni la figure de celui qui montait ladite jument noire ; que les deux autres montaient l'un un cheval gris et l'autre un cheval bay
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rouge, et t\ae le particulier présent n'élail pas un de ces deux cavaliers qu'il a liien reconnus depuis, lors de leurs confrontations avec lui '. »
iNos quatre particuliers, dénoncés jusqu'à préseni pour être les seuls cavaliers qui avaient attaqué la malle, aaraienl-ils été rejoinls, au sortir de Lieursainl, par un cinquième?
le jour même où cet inlerrogatoire avait lieu à Melun, el où, pour la première fois, cette déposîtton imprévue était faite, lejuge Daubanlon, toujours infatigable dans sa recherche de la vérité et de la réhabilitation de Lesurques, ayant appris que Dubosq venait d'être arrêté à Paris, le ^5 floréal an V, et qu'il était actuellement détenu dans la maison d'arrêt du Bureau ceulral, l'interrogeait dans son cabinet.
« D. — Vos noms, pays de naissance, âge, profession et demeure?
R. — André Dubosq, natif de Baie, en Suisse, horloger, âgé de trente et un ans, demeurant : rue de Bourbon- Ville- Neuve.
D. — Où demeuriez -vous, il y a juste un an, le 8 de ce moisï
R. — Rue Croix-des-Petits-Champs, hôtel de la Paix. "
Fouillé, il fut trouvé porteur de trois louis el quelque monnaie.
Ayant été brutalement' dessaisi par le Bureau central de l'instruction qu'il commençait contre Dubosq,
i. Liasse 5, pii-cc II. Cependant l'i l'audience du proci'* Lpaurques, ce mèuie lénioiii n'avait yurlé que de la. prPoiiÈri' compaKiiie lies 3 caraliers sans mérae faire allusion k la sfconil' de a (Cf. p. 14.1],
2. Au bas dn mandat d'aniciicr drlivré par M. Cariaiili- M. Dauhanton mil de su main (voir p. 247) : - Vu, allcnilu le refus fait iiar le Enrean central de nie ioisscr continuer riintrucU"" "ari-^, le 27 floréal an V.— DaiiliaLiton. •
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AFF.miK VlDAI.-DLKUrR, DIT ■■ L.lKLp;i'R 'i liT,
M. I>aubanlon le fit transférer k Mclun, à la dispo-' sUion du Directeur du Jury criminel de Seine-el- Marne qui, sans dilTérer, procéda, ie 38 floréal, h son i n le rroga loi re .
Quant à Roussy, le mandat d'amener délivré contre lui n'avait pu le toucher.
Vidal -Du four, confronté le même jour avec Dubosq, déclara ne le connaître en aucune manière.
Durochat fut moins discret à son égard.
Amené à Melun en même temps que Dubosq, Durochat, nous l'avons vu, avait eu le temps, pendant la roule, d'échanger avec lui quelques paroles furlîves, mais suflisanlps pour promellre à Dubosq son silence en ûchange d'argent que ce dernier devait lui faire passer.
En agissant ainsi, Durochat obéissait non seulement à un intérêt personnel comme il le i>rétcndit dans sa confession dernière, mais il subissait encore l'ascendant incontestable que Dubosq avait pris sur chacun d'eux.
iji vie agitée de celui-ci, ses nonibi-euses condamnations, ses évasions toujours couioiinées de succès, ses forfaits même et la crainte aussi qu'il inspirait, le grandissaient à leurs yeuï.
L'instruction, suivie non seulement contre Mdal, mais encore contre Dubosq et la fille liairièrc. se trouvant clôturée et transmise devant le Jurv d'accu- ^tion de l'arrondissement de l'ontoise, )ei|uel déclara, le 3o messidor an V, qu'il y avait lieu de renvoyer devant le Tribunal criiuinel de Seîne-ct Oise :
I" Le nommé \ idal-Dulour, reconnu pour être le même que l^lleur ou le Grand Lyonnais ou Pierre l'ialat :
-j" Le nommé Dubost ou Dubosq, s'étant fait appeler 14-,
2S* LAïTAdlE DL" COI'RRIKR DK LYON
tanlût André, tanlùt Jean Guillaume, tantôt Duval, tanti'it Foresl;
3° La nommée Barri ère- Prince, se disant femme dudit Dùbosq et s'étant, en outre, fait appeler tantôt femme Duval et tantôt femme Forest ;
4" Par con tu mare. Roussj, dit « Ferrari », évadé.
Les vœux que le citoyen Pile eiprimait, en une lettre bien curieuse et qui mérite d'être rapportée, se trouvaient donc ainsi en partie exaucés.
Vereailleë, 9 messidor an V.
Lo ciloyen Pile, nfficier do police de TersaiHos, au citoy«'iL diretleiir du JHri de riirroiidisseiiient de Melun.
Citoyen, ' . '
Ou vicn de m'apreiidre que Ih i-iti>yoipie I.o Vasseiir élail urriMée à Mehtn; j'igQor le motif, Jiiais ci c'est pour [iciit (le chose, je. vous prie dp lui rendre sa liberté, car elle me fait Itien faute («mr découvrir une liaiide de chauffeur.-; et d'assassin di)itl elle iii'eu a fait prendre deux, mais c'est un secret que je v(»us deiiianrip, car si soii l)oii ami Jacob )c savait, il pmirrait lui Taire l'aire iiit très iiiaiivais parlie.
Je vous prie aussi de me marquer fi quoi eji exl l'affaire des assassin du courrier de la iiialle de Lyon, ce sont des gi-aiid fripon; je voudrais^bîen qu'il vienne ce faire juger à Versailles.
J'ai été bien trompé sur le compte de Jacob, car celui i|ui me la dénoncé et le même qui a lait le vol de M, de Murj- Salut e( respect.
Pile, an poids a la farine à Yc[-saille^.
Mais à peine le dossier était-il transmis et les accusés liansférés à Ponloise, qu'un jugement du- Tribunal criminel de Versailles, en date du i5 thermidor an ^-
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AFFAIItË VIDAL-DUFOLR, HIT " I.AKLKLH •> 249
déclarait nulle toute l'instruction pour vice de forme '.
L'instruction fut donc reprise par le Directeur du Jury de Ponloiae; les témoins, déjà maintes fois entendus, réenlendus une fois encore, et les interrogatoires réitérés.
Le Jury d'accusation de l'ontoise renvoya, lui aussi, ' les trois accusés et le quatrième, par contumace, devant le Tribunal criminel de Seine-et-Oise.
Mais Dubosq et Vidal, trouvant que toutes ces formalités traînaient Irop en longueur, préférèrent abandonner la fdle Barrière à son sort et mettre, quant à eux, à exécution le projet d'évasion qu'ils préparaient depuis leur incarcération.
La surveillance dans les prisons était à cette époque vraiment singulière, et ou s'élonne moins que les pins dangereux malfaiteurs aient pu réussir aussi facilement et à maintes reprises à recouvrer leur liberté.
L'enquête qui fut faite par les administrateurs municipaux de Versailles, à l'occasion de cette double éva-
l. Alleiidu que, a'ogissaiit d'assa-ssiiial, riiulriiaioii aurait ilû ai-i. liW de Tocte conslilulîonncl H an. IMI. 141, 142 et tV< du Code des Délits et de» Pfînfs #tre faite |>ar le l>ircc;U'iii> <lu Jury tomme faisnnt fonclioii d'ufllcipr de i>iilii:e jiidi<^iaiiT et latie d'aceusatiun iirésenté au jiii'v soudai art. 525 diiCudc dus tlplits el de» Peines);
-Vtieiidu que le juge de [lais de Meluu qui a fa.it l'oiii;lioii d'iiflicier de iwlice judiciaire «■uuun; ayant pIb tuoimis jiar le Directeur du Jury de Mclnn. |h>ui' l'einiiétlieiiieiit du jujce de p^iix du caulun de Boit^sisse-la-Rertraiid, dan» l'nrrondisi'eiucut <lu<[uel l'as.'o.-'sinat a ^t^ coiuiiii", était iiii:uiD|iéleiil p'iur dt'-cernn les mandata d'arrêt cimlrc Vidal-Dufour el Dubosq (art. 71 ilu Code des Délits et des Peines,:
En ce qui ci)nMrne Itoussy, attendu que le mandat d'arrêt ilkeriié eonlre lui (lar le dii'ecleui" du jury de Melun, le '£> prairial an V, est nid aux UTiiies du même article, en ce qu'il n'énonce pas la li)i qui aiilni'isait le directeur du jury à l'urdonner.
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2jO l affaire du courrier de LY0>"
sion, est particulièrement et k plus d'un titre, édifiante.
A la prison de ^'e^sailles', comme dans la plupart, la discipline était plutôt complaisante.
Les prisons, depuis dix ans, avaient contenu tant de détenus politiques, victimes des passions du momeni et des partis successivement au pouvoir, que le fait seul d'être incarcéré, même de droit commun, ne constituait plus une présomption d'inramie.
On en était arrivé à avoir pour les prisonniers certains égards et à leur accorder certaines libertés dont profilaient ceux qui ne s'y trouvaient plus écroués, comme k cette époque, que sous la prévention de crimes et de délits ordinaires.
C'est ainsi que les portes des chambres des détenus, contrairement aux règlements, n'étaient fermées qu'à dix heures du soir. La porte seule du corridor les retenait prisonniers. Ils avaient dès lors la faculté de se rendre mutuellement visite, et même de dtner l'un chez l'autre, quand ils n'invitaient point au festin leur geôlier, sa femme et ses enfants.
Vidal, déclare-t-il lui-même, soupaît toujours chai Dubosq, en compagnie de la fille Barrière et souvent d'une voisine, la Muiddeblé.
C'était la femme du concierge de la Maison de Justice, la citoyenne Mariotte, qui était chargée de faire les provisions et les acquisitions diverses.
Pour reconnaître ses services, et surtout les complaisances de son mari, on lui remboursait sans marchander les billets qui étaient présentés.
C'est ainsi que Vidal avait déjà dépensé dans cette maison, et pour lui seul : aoo louis.
I. Ci-lle-ri sp iroiiïnil Jbli» Ifs bàlimeiils de la geôle, au cau\ lies rupM ])iici3 el de In Pourroiorie. — Le Roy, let Rues àc
Deux cents loiits ! mais d'oi'i pouvait donc, \enir toutcetargent?
De la générosité de Dubosq, sans doute; mais d'où ce dernier le tenait-il lui-môme?
Mystère? Non, pas tout à fait, car un mémoire de Dubosq ' et une perquisition faite k son domicile, après son incarcération ', peuvent nous fournir quelques renseignements intéressants :
Comme nous l'avons déjà dit, l'Ordre des avocats avait été supprimé par la Révolution^. Les rogles séïÈres, qui sont l'honneur et la force de cette corporation avaient du même coup disparu. Les nouveaux défenseurs des accusés pouvaient avoir autant de talent et de dévouement, mais ils n'apportaient point toujours, dans l'exercice de leurs fonctions, la même scrupuleuse dignité.
Simples hommes de loi, desquels on n'exigeait plus aucun diplôme dé capacité, acceptés sans contnMe d'honorabilité personnelle ni professionnelle, ils n'avaient d'autres juges de leur moralité que leur conscience.
Certains ne craignaient point de pactiser complaisamment avec elle, et, au milieu de la dissolution générale de l'époque, ils en arrivaient parfois à certaines défaillances et à certaines faiblesses auxquelles un avocat de l'Ordre n'aurait pu se laisser entraîner sans une sanction disciplinaire iiiiuiédiate de ses pairs.
Robespierre lui-même le prévojait quand il combats tait énergiquement le projet de décret qui avait pour but, en délirant libre la profession d'avocat, de con-