I.A POSTE AUX (.ETIRES DE I.A RIE MARTIN
Près d'eux, le courrier causait affectuoiisemcnt avec une femme, celle précisément que le postillon de la malle de Brest avait failli écraser à l'entrée de la rue Martin. Cette dernière lui faisait mille recommandalions où perçaient toutes ses craintes de le voir partir une fois encore sur ces routes rendues si dangereuses par l'audace des voleurs.
(( Je voudrais, lui disait-elle, te voir faire un autre métier; je ne suis jamais tranquille quand je le vois ainsi partir. On Ut dans les journaux tant de récils de brigands, que j'ai toujours peur qu'il l'arrivé quelque chose !
— N'ayez pas peur, citoyenne DoIjjolT, dit un des employés, ExcofTon n'est pas homme k se laisser dépouiller sans rien dire. Et quel serait le mauvais patriote qui oserait s'attaquer à une malle qui porte à l'armée d'Italie la fortune, l'espoir et la joie !
— Il est vrai, répondit Excoffon en souriant, que ce que j'emporte à l'armée des Alpes tenterait plus d'un patriote! A propos, la Trésorerie n'apporte pas vite ses boites, il est bienti'it quatre heures et demie. Hé là I Nanteau. il est temps d'atteler lesclievaux. Tiens I quoi est ce particulier? »
Un homme, vêtu d'une redingote hrune sous laquelle on apercevait un sabre, venait, en effet, d'arriver et, depuis quelques instants, il se promenait dans la cour, la lôte baissée, son chapeau rond rabattu sur les yeux.
S'élant approché de la malle, il s'informa auprès du courrier ExcofTon si c'était bien celle qui parlait pour Lyon.
<( Alors, c'est vous, citoyen, lui dit ce dernier, qui venez avec nous à Lyon ? i>
L'homme répondit par un oui, qui ressemblait plutôt à un grognement
■^0 L AFFAIBK DU OOIIBREEB DE LYON
(I Si VOUS avez quelque chose à mettre dans la malle, Tami, vous pouvez me le donner, nous allons bientôt partir, h
L'homme leva les bras et dit :
■ n Merci, citoyen, je n'ai que mon corps, «
Et il reprit sa promenade en arpentant la cour.
« Singulier bonliomme, dit Excoffon, ce n'est pas lui qui, par ses bavardages, me rendra la route moins longue ! "
Les postiers avaient, terminé leur besogne. Maintenant, l'inspecteur Gillet, sa liste à la main, appelait les paquets au fur et à mesure qu'on les entassait dans la malle.
. C'était une des cent vmgt voitures ' qui avaient eti, mises en service depuis le r janvier 179a* en remplacement des n turgotines 11 pesanta véhicules de
1. Malgri> les rechercliof les plus nimuHeuse» noni n avoni trouvé que peu de renseignements sur le» mn lies-poste a k cette éjioque. Ln Bibliothique nationale département des estampes non jiliis que le Uusoe de Clum nen jiossedent nuciin ecbantil lou, ni aucun dessin II existe bien au Musée Camiinlet une gravure de voitureg de même modèle mai« celles-ci qui ne fii saieiit que le trajet de Pans k Saint Cl ud étaient de moindre dimension et k deut rhevauv seulement Cependant grdCe a quelques iiidicatuns fournies par le dossier criminel et grâce surtout k un ouvrage de ISaC de M Ramee sur la Locomotion il nous n été jxissilile de donner ici un si>eciinen d une mille poste de l'aa IV
2, Kn 1790, 1 Administntion des Po-tes régie par les fer miers généraux, n avait que 27 courriers auxquels elle d nniit 1000 francs par an Les voitures n étaient que des charrettes couvertes dans lesquelles on 1 laçoit des imlles mobiles fournies et entretenues par un enlre] Teneur auquel 1 administration payait 200 livres par an Le* courriers ajaiit formé des demandes réitérées et instantes de salaires le fermier Richard d Aubignv proposa la auppreiiion de ces malles-cliarreties dans lesquelles les lettres n'arrivaient qu en mauiais état et forma une entre prise générale de transjHirt des dépêches qui tut confiée aux citoyens Deluhet et Inssoii. Mais le 12 septembre 1791, l'Assemblée législative avant ordonné réiablissemeiit d'nu service de
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LA POSTE AUX l.EITRES DE I.A BLK MARTIN 23
forme dis gracieuse, et qui furent en réalité les premières diligences.
il est vrai que ces nouvelles voitures n'élaient guère plus élégantes, mais elles avaient l'avantage d'être beaucoup plus légères, et par cela même plus rapides.
On les avait surnommées n paniers à salade », à cause de leur fonne et aussi de la façon dont on y était, comme dans le tapecul, secoué quand In route était tant soit peu cahoteuse ou que l'allure des deux chevaux de trait était un peu rude ou disparate.
D'ailleurs, c'était bien un panier en osier, noir ou vert foncé, énorme et assez haut, placé sur un brancard ou plutât dans un brancard, et monté sur deux grandes roues. 11 contenait deux ou trois banquettes suspendues sur des courroies et protégées par une bâche, grasse, en cuir, maintenue par des cerceaux. Un gros limonier, un cheval en galère et un porteur, sur lequel était le postillon, traînaient celte rustique machine'.
Le trajet était assez rapide', mais le prix des places fort élevé ^,
Une loi du 3o juillet i-gS* avait bien édicté la création de voitures à quatre roues plus confortables, dites
postes sur toutes les routes pour le l'r janvier suivant, rAdininistration cliargea Delchet et Irisson de la construction de 120 malles en leur accordant une avance de Ul 500 livres. (Ramée, la locomotion.)
i. Xax relaifl, on levait le brancard pour en faire sortir le limonier et alors si l'on n'avait pas eu la précaution de prévenir les deui OH trois voyageurs de l'intérieur, ils étaient naturellement renversés en arrîÈre par le mouTenicnl du brancard. (Ramée, la Locomotion.)