‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, DubosqChapitre 9 sur 66 · LA POSTE AUX LETTBES DE LA BUE MARTIN · texte numérisé non relu

LA POSTE AUX LETTBES DE LA BUE MARTIN

et en apercevant son fila qui venait d'entrer dans la

— Je faisais par ici une course pour maman, et j'ai voulu l'embrasser une dernière fois, avant ton départ, pèrel

— Tu as bien fait, mon gaillard; mais, vois-tii, je voudrais bien que tu prennes sous peu ma place, car je commence à me faire vieux et ces longs voyages me fatiguent. ~ Allons, Nanteau, en route! »

En efTet, te chargement était terminé et cinq heures venaient de sonner.

Nanteau, qui devait conduire la malle jusqu'à Villeneuve- Saint-George s. pour ôtre ensuite remplacé par son camarade Etienne Audcberl, portait la tenue traditionnelle des postillons : ample gilet rouge, veste bleue à boutons d'or, galonnée au collet et plus encore dans le dos entre les boutons, culotte en peau de daim, lourdes bottes à l'écnjère.

11 enfourcha prestement sa monture, tandis qu'Eïcoffon embrassait son fils et faisait à son amie Marguerite Dolgoff un signe d'adieu discret,'

Celle-ci et le voyageur étaient devenus, d'autre part, pendant le- repas, d'excellents amis, à tel point qu'au moment du départ, avant que de prendre place auprès du courrier, 11 lui avait demandé la permission de l'embrasser sans qu'elle eut eu la rigueur de le lui refuser'... Peut-être môme se dirent-ils; «Au revoir! » Certes, ils se reverraient un jour, et dans quelles conditions I

Mais déjà, au milieu de l'encombrement et du brouhaha de la rue, des crieries des marchands ambulants :

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ou COURRIER DE LTOS

porteurs d'eau, vitriers, brocanteurs, maraîchers, étameurs de casseroles, repasseurs de couteaux, raccommodeurs de faïence, carreleurs de souliers, fontainiers, lunettiers, marchands de plaisir, de coco, de mouron, de cresson, de qualre-saisons, de parapluies ou de bricà-brac, enfin, des brelandin'e de toutes sortes; au milieu des piailleries des gamins, au milieu des eiTroateries des Biles, déjà à cette heure où la vie de plaisir allait commencer, qaœrenles qaem dévorent; au mi^eu de l'encombrement des voitures, du hennissement des chevaux, du bruit des grelots, des claquements de fouet, la malle avait quitté la cour de la Poste, et c'était presque une joie d'abandonner Paris trop bruyant par cette belle journée de printemps qui semblait finir si gaiement! On se sentait heureui de vivre.

A ce moment, Hornus, un des employés de la Poste, s'apercevant qu'il venait d'oublier ses ciseaux dans la malle, s'élança à la poursuite de la voilure, espérant encore la rattraper; mais celle-ci avait déjà tourné la rue de Meslay pour gagner les boulevards et filait au galop de Ks trois chevaux vers Charenton par la porte Antoine.

La découverte du crime.

Le 9 floréal, vers cinq heures du matin, le sieur Mennessicr, Directeur du jury de Melun, était précipitiunnient réveillé par sa servante et prévenu qu'un gendarme national venait d'arriver à toute bride, porteur d'un pli d'une extrême urgence.

Le magistrat passa à la hâte quelques vêtements et descendit aussitôt.

Le gendarme, en lui remettant la lettre dont il était porteur, l'avisa qu'on venait d'assassiner, entre Lieursainl et Melun, au pont de Pouilly, le courrier et le postillon de la malle de Lyon, dont un cavalier, venant de Lteursaint. avait aperçu les cadavres dans un champ de blé. La malle se trouvait un peu plus loin, près du chemin de Pouilly.

Le juge Mennessier hrisa fébrilement le cachet du pli qui lui était remis, et lut :

Melun, ce 9 floréal an IV de la République.

L'Accusaleur public du Tribunal criminel au ciloyen Directeur du jury de Melun.

Le juge de paix du canton de Boississe, citoyen, a été requis de se transporter à l'Instant au lieu où le courrier de la malle a été assassiné la nuit dernière, je vous transmets la lettre que ce juge de paix m'a écrite et dans la-

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34 I. AFFAIRE DU COCRBIER DE UYON

quelle voue verrez qu'il lui esl impossible de s'y transporter. Le cas requiert célérité, il faut mettre promptement en sàr£té une partie de la Tortune publique, il faut aussi promptement saisir les traces du délit, et toutes ces choses ne peuvent se remettre. Je vous prie donc, vu l'empêchement du juge de paix do canton soussigné en la lettre cî-joinle, commettre s»ns délai, en vertu de l'article SJ du Code des Délits, le juge de paix le plus voisin; je crois que vous penserez comme mot que le citoyen Beau, juge de paix de la ville de Melun, est susceptible de votre réquisition.

Salut et fraternité,

Après avoir parcouru rapidement la lettre du juge de paix de Boississe, par laquelle celui-ci se déclarait empêché, ayant convoqué, ce jour-là, devaQt lui, plu- »eurs personnes pour une affaire urgenle, le citoyen Men nés sier donna aussitôt commission au citoyen Beau d'instruire l'affaire et chargea, en outre, le gendarme d'aviser de vive voix les autorités de Melun de ce qui se passait.

Malgré l'heure matinale, toute la ville fiit bientôt au courant du crime de la nuit. Le postillon Caron, de lieursaint, qui avait aponju le premier les cadavres et la malle, et le gendarme, porteur de la première nouvelle au juge Mennessier étaient accablés de questions et cent fois au moins il leur fallut recommencer leur récit.

L'émotion fut à son comble quand vers cinq heures et demie, les habitants, sur le pas de leur porte, virent passer au grand trot la berline qui transportait sur le lieu du crime les magistrats enquêteurs".

Après la côte, au sortir de Melun, le postillon, qui précisément se trouvait être celui qui avait apporté la nouvelle du double assassinat, mit ses chevaux

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LA DÉCOUVERl'E DU CBIME 3^

au galop, car il n'y avait point un instant à perdre pour ramener à la vie, s'il était possible, les malheureuses victimes de ce drame et retrouver la trace des assassins.

La berline, dans laquelle se trouvaient les citoyens Defain, accusateur public près le Tribunal criminel de Seine-et-Marne; Guyardin, commissaire du pouvoir exécutif; Jean Beau, juge de paix, et son huissier, Denis Chatouiller; Silvestre Ballu, oflïcieF de santé; Julien, directeur de la poste aux lettres; Nicolas Petit, contrôleur de la poste, était escortée des deux gendarmes à cheval. Barré et Huguet.

Cbemin faisant, on. ne s'entretint que de l'atrocité du crime, de l'insécurité des routes, et des moyens de répression i employer à l'égard des brigands et rôdeursqui continuaient à parcourir les campagnes.

Mais !e postillon venait de ralentir l'allure. On était à l'auberge de la Fontaine-Ronde et L quelques pas seulement du lieu du crime. Les magistrats descendirent alors de voiture et préférèrent se rendre à pied jusqu'au pont de Pouilly pour commencer à relever, s'il était possible, quelques indices intéressants.

Enfm on arriva à on petit pont de pierre, jeté sur le ruissclet qui va de PouiUy-le-Fort à Savigny. Malgré la sécheresse, on voyait encore sur la route les traces des roues de la malle qui avait été détournée dans les terres du côté de Pouilly; l'empreinte des pieds des chevaux était fortement marquée, comme si à cet endroit ils se fussent cabrés.

Il faisait une déiicieuse matinée de printemps et la nature radieuse s'éveillait au milieu d'un calme immense, troublé seulement par le chant des oiseaux, et le cri-cri des grillons dans les blés. Ce silence, plein de vie, sur le lieu même que quelques heures aupara-

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vant la mort horrible et tragique venait de hanter, était

poignant.

' Au bout d'un instant, l'un des gendarmes découvrit

sous le pont, dans l'herbe du ruisseau, une paire de

grosses bottes à revers, celles du postillon, sans douts,

lesquelles portaient encore des traces de sang.

Un petit bois, des buissons, quelques peupliers formaient à droite vers Pouilly un rideau <le verdure arrêtant la vue, mais il était facile de se rendre compte que c'était de ce côté qu'on avait conduit la malle.

Après quelques pas^ faits dans le chemin conduisant à Pouilly-le-Fort, lequel, assez mal entretenu et aux ornièi-es profondes, contournait ce bouquet d'arbres, les magistrats aperçurent un corps couvert de blessures, la léte enfouie dans l'herbe du champ contigu. Le cilojen Julien le reconnut (jour celui d'Élienne Audeberl, le postillon, et l'olficier de santé, après l'avoir longuement examiné, ne put que conslater le décès.

Le cadavre était horriblémentmutilc; le corps avaitété littéralement haché de coups de sabre. Le poignet droit avait été complètement coupé, et la main gisait à côté. Deux plaies béantes avaient été faites, l'une à l'épaule, l'autre à la poitrine à la hauteur du létoo droit; un coup de pointe l'avait atteint au ventre et la lame avait pénétré jusqu'à l'estomac. 11 avait dû cependant opposer une certaine résislance, car il avait reçu quatre entailles à la main gauche avec laquelle il avait dû essayer de parer les coups. Quant à la tête, elle était tout ensanglantée; un coup de sabre avait divisé la commissure des lèvres du côté droit jusqu'à l'articulation des deux mâchoires, le nez était fendu, la pommette gaiiche coupée, l'œil gauche presque complètement arraché de l'orbile. Le crâne enfin était fendu. 11 portail encore h la cuisse gauche deux cou|)3 de pointe.

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