‹ L'Affaire du Père BérardChapitre 3 sur 14 · PREMIÈRE CONSULTATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CONSULTATION

, Je soussigné, Jean-Alexandre-Eugène Lacassagne, professeur de medecine légale à la Faculté, médecin expert des tribunaux de Lyon, demeurant dans cette ville, rue Victor Hugo, 8 certifie avoir, sur la demande de M' Descostes, avocat à Chambéry en date du 14 octobre 1889, procédé à l’examen de l’affaire Barbier Joseph-François, capucin, en religion P. Bérard; j’ai rédigé en mon honneur et conscience, la consultation médico-légale suivante.

M e Descostes a mis à notre disposition une copie de toute la procédure et du dossier de la défense. Il nous a aussi confié une robe de capucin, sur laquelle ont été appliquées des mesures répondant exactement à celles prises sur la robe déposée au greffe de Chambéry à titre de pièce à conviction.

M* Descostes nous a ensuite posé une question générale et des questions spéciales:

a) M. le Docteur Lacassagne a eu connaissance et copie de toute la procédure, tant de celle faite par M. le juge de paix et M. le juge d’instruction qu a l’audience, ainsi que du jugement rendu. Il a pris vision du dossier de la défense et des éclaircissements fournis sur le passé, du prévenu. Peut-il nous donner avec sa haute expérience, son appréciation motivée de médecin légiste sur 1 ensemble de 1 affaire et sur le problème que cette affaire soumet à la justice ? »

b) « M. le docteur Lacassagne peut-il nous dire : quels sont les caractères et les signes extérieurs des dégénérés appelés

exhîbitiànistes, ou des individus qui s’adonnent aux vices solitaires ? .

(( y a t-il une relation entre le fait contraire à la morale qui se serait passé au collège de Rumilly, en 1863, et le fait qui est actuellement l’objet de la poursuite ?

« Un membre viril, atrophié en apparence ou réduit, au repos, a de très petites dimensions, est-il susceptible d’atteindre, en état d'érection, une longueur considérable,, et quel peut être le maximum de cette longueur? — Etant donnée la disposition du froc du prévenu, qui n’a pas d’ouverture par devant et qui n’a qu’une poche par côté, à la hauteur d’une ligne correspondant au nombril, et étant admis que le froc n'a pas été releve, est-il admissible que le prévenu, étendu ou mieux assis dans le confessionnal, ait pu, en conservant cette position, faire saillir son membre viril de 10 centimètres hors de la poche de droite en admettant que celle-ci fût décousue ?

« Dans un autre ordre d'idées, quelle est la foi due au témoignage des enfants, et spécialement des fillettes, en matière d'attentats aux mœurs ? • . ,

« Quelle est spécialement l'influence d'une imagination preco cernent pervertie, et, à plus forte raison, d’une inconduite précoce sur les impressions du témoin et sur la véracité du témoignage?

« Une méprise en fait, de la part des fillettes, est-elle possible .

Nous nous proposons de donner d'abord un résumé de l’affaire, de discuter les faits indiqués dans la procédure et relever les contradictions qui s’y trouvent. Nous ferons ensuite connaître les expériences que nous avons faites, à l’imitation de celles qui ont été pratiquées par les experts, à Chambéry.

De cet ensemble, nous pourrons facilement tirer des conclusions donner notre appréciation personnelle et répondre peut-être à la plupart des questions que nous a posées la défense.

Le 14 août 1889, M. Joseph-François Barbier, en religion Père Bérard, confessait dans l’église du Pont-de-Beauvoisin (Savoie). La porte du confessionnal était ouverte, le capucin était assis> les jambes allongées vers la porte, les pieds sur une chaise, sa robe était baissée. Devant le confessionnal et dans l’église se trouvaient des jeunes filles et des femmes.

A. LACASSAGNË

“et STmT R , Bérard «■'

leu,- camarade, auraient P»

au même moment. Chanu Louise m,i «p nstatatl0ns a Peu près jeunes filles, dit avoir ^

pagnes. dl 4 u es que ses corn-

P P BLl7l?r e L™it nt Lw“it 0 ™e ’ 1? e ; MleS ’ iorSîue le

était tantôt devant le milieu du ventre! tait “sZl ft *

ffros * ue la

Elle racontel’eile a />twsé cU'arî? ^ lus f n ^‘

. »>ent ; chez le juge de paix r „ ffl me(ffale ~

rade. D’après Exnertr i» ’ P aV01r poussé sa cama -

M* • Mazau dit au juge de paix qu’éZ/e a re^rrfé forage C. l a poussée, mais qu’elle n’a rien vu ; à l’audience elle affirme catégoriquement le contraire. amrme

M“ Mattasoglio n’est pas moins affirmative à l’audience ; mais a 1 interrogatoire du juge de paix, elle a vu seulement le capucin sortir^ deux ou trois fois sa main de ce qu'elle a cru être une poche ■ elle n a pas vu s’il tenait quelque chose dans sa main La procédure montre encore que M- Expert G. a ‘vu la verqe dépasser l habit de dix centimètres, tandis que d’après M"' Mazau ' 116 dépaSSait qUe de la lon g ueur d’une phalange et

Notons que Expert G. s’est confessée le matin à 8 heures (audience) et M lle Chanu, à 9 heures (juge de paix). Il résulterait donc du rapprochement de ces deux témoignages que l’exhibition ou, si l’on veut, l'étalage des parties génitales aurait duré au moins une heure.

v « 1 audience > le tribunal consulte le docteur Masson Albert, à ^ e et de rechercher si, dans la position occupée par le capucin, i ai possible que les parties sexuelles pussent se montrer par a ente du froc, située dans la poche de droite. — Le médecin parait regarder cette sortie de la verge comme impossible.

Le mercredi 18 septembre une nouvelle expertise est pratiquée

notes et observations médico-légales 7

nar MM les docteurs Carret, Clairon et Masson. - Le premier exnert pense, d’après les expériences faites, qu'il n'y a pas impos- "“aire Jür le membre viril en érection. M Masson es tout aussi atarmatif : pour l’état de non érection, c es *»V°«**“*’

dit-il mais peut-être que ce ne serait pas absolument impossible dans l’état contraire; cela dépendrait de la position du bass .

M Chiron fait une réponse à peu près semblable.

En résumé, l’appréciation de ces trois experts n apporte m preuve, ni élément de conviction. Ils parlent tous de la çossibil te de sortiedé la verge érigée d’après différentes positions dubassm Or ce n’est pas là la question. Il s’agit de savoir s , a 1 état d’érection ou de flaccidité, puisque les enfants paraissent avoir vu ces deux états, le P. Bérard dont la position est nettement indiquée partons es témoins, a pu, dans la même situation, faire saülir savergede 10 centimètres en dehors de l’ouverture connue Comme nous le montrerons plus tard par nos expériences, pour

"ùt possible, sa verge devrait mesurer alors 25 centimètres de longueur.

L’exposé que nous venons de faire d’après les extraits des déposittons montre clairement qu’il y a eu des variations dans es récits faits par les principaux témoins, nous voulons parler des jeunes filles Expert, Mazau, Mattasoglio et Chanu. Nous n en n'en trouvons pas une seule qui ait déposé d’une façon identique, d’une part, à Vaudience, et, d’autre part, aux premiers interroga-

‘“cependaid S lors“e^ premières dépositions, les évènements étaient récents, la mémoire de ces enfants

en défaut, et il semble bien évident que cest alors quelles

eussent dû être affirmatives et faire des dépositions fermes, qui frappe quand on compare les dépositions successives d un même témoin c’est que l’affirmation s’y montre avec une pie-

cision grandissante à mesure que les falts ® ont ^n^tiazau Le 16 août, la plupart de ces jeunes filles, Chanu, Mazau, Mattasoglio sont dans le doute ou même men catégoriquement- à l’interrogatoire du Juge d’instruction, elles sont plus XmaUrfà Audience, e.,es montrent dans leuta dg~ une fermeté et une uniformité remarquables. Incontestablement, “s’eM £££ ^changement dans l’esprit et la mémoire de ces

A. LÀGASSAGNE

témoins. La précision et l’assurance de leurs constatations sont d’autant plus formelles qu’elles s’éloignent davantage du jour de l’acte incriminé.

Outre ces modifications survenues dans l’esprit des témoins, il faut encore remarquer certaines contradictions très nettes dans leurs dépositions, selon le moment où elles ont été faites. La plus énorme consiste évidemment à nier avoir vu le fait reproché au P. Bérard, comme le font les jeunes Mazau et Mattasoglio, et à affirmer plus tard, avec détails à l'appui, avoir vu ce même fait. M"* Expert se contredit également lorsque, parlant du volume de la verge, elle trouve d’abord que ce n’était pas plus gros que la moitié de son pouce , tandis qu’a l’audience : c’était gros et un peu long. Louise Chanu se' contredit également: l'objet était blanc (juge de paix); il était couleur de chair (audience).

Si l’on s’en tient au dire de C. Expert, la verge du P. Bérard se serait trouvée, quand elle l’a vue, à l’état de flacidité. Les autres témoins se contentent de dire que l’objet était gros, rond, couleur de chair. La comparaison avec un rouleau ayant 14 centimètres de ciconférence,,comparaison faite par M 1Ie Chanu, indique nettement qu’il devait y avoir érection. Il résulte de ceci, ou que le P. Bérard a eu une érection qui a duré une heure et peut-être, davantage, ou qu’il a, pendant le même temps, montré une verge tantôt rigide, tantôt flasque ; c’est alors ou du satyriasis ou de l’exhibitionisme. Mais, conçoit-on que celte vigoureuse érection d’une verge agitée avec la main, comme disent les témoins, ait pu durer si longtemps sans que la flaccidité se soit produite d’une façon ou d’une autre? (Cessation spontanée de l’érection ou à la suite d’une éjaculation. )Les rapports des experts restent muets sur ce point.

Nous ne dirons rien du rapport de M. Hollande, expert-chimiste. Ce travail n’est pas d’un médecin; la recherche des spermatozoïdes faite dans l’urine (il ne dit pas quelle urine?) montre bien que M. Hollande n’est qu’un expert d’occasion, savant peut-être en d’autres matières mais, certainement incompétent et un peu naïf dans les expertises judiciaires. Quoiqu’il en soit, les conclus-, ions indiquent cependant l'absence de l’élément caractéristique du sperme dans les taches qui avaient paru suspectes. Il est cependant certain que les spermatozoïdes peuvent se constaterons une tache, des semaines et des mois après l’émission du liquide, si la tache n'a pas été soumise à des causes extérieures de destruction.

Nous avons fait des expériences avec le froc de capucin dont nous avons parlé. Nous en avons revêtu un sujet ayant à peu près

HOTES et observations Médico-légales la taille (1-73) et la cireonferelice abdominate (l'OJ ^ barreaux Nous l’avons fait asseoirai P ^ les témoins et l>av l'm‘

d’une chaise, dans la posdton mdiquee par, ^ Mg condi . eulpélui même, Oi nous, . e le flançon de la poche

lions, la longueur ^ w centimètres. Nous ne

droite de la base de la vei ® v ar le flancon, cela est

parlons pas de 1 issue fortuite de ë SQnger> n faudrait d’une telle impossibilité, qud n y^ ^ d u flancon d’une

donc, pour quune vev„ P mesurât enuiron de 25 à 30

longueur de 10 centimètres, qui elle m enlie de 9 cen-

centimètres. Or, la ton*»™ “ al f ein t environ 15

Umètres lorsqu’il est dans j t rl( , id e ( Diction . encycl. des

centimètres lorsque le membie d ‘ » g ^ run) La verge,

sciences médicales,— art. C • . e paris — Storck, 1889,)

dit Laurent (Les.habitais ** J mesuré, à l’état

parlant d’un criminel a s j t neuf centimètres et demi de

flasque neuf centimètres de e Ûe a onze centimètres de long et

circonférence; al état il, , sions indiquées par ces deux

SSotl—nt avec celles que nous avons observées nous-

mêmes sur une multitude d l "dmdus ^ à l’état

Nous pouvons ajouter, de p . muieur 13 centimètres par flasque, mesurent une cer i P ’ une augmentation de

exemple, n’arrivent dans l'erect.on ” elles devien-

longueur et de grosseur msign'flante. Pa d ,„„ e taç0 „ appré-

nent dures, mais ne pre.™^change pas. - Nos exciable et leur '“"«“^^sclnditions précitées, U est matépériences prouvent que, dans Bérard ait pu faire issue

tellement impossible qae la verg . Vétat rigide et

de 10 centimètres en dehors. fl ^ ions ne sauraient donc

par procédure, nous dirons qu’il en ^s°^ 9 ont

pour toutes les ^ e 7„nt été a même de

connu le P. Berar , nment sain d’esprit. Rien dans

l’apprécier, o«t homme est ab ^ sentiment s n’indique le plus son caractère, son mte „ - é bailleurs sur ce point

“"pmême » ses débuts. Il èSt donc

A. LACASSAGNE

permis d’affirmer d’une façon positive, d’après toutes ces données, que le P. Bérard est absolument sain d’esprit.

11 nous faut maintenant mettre à profit les déductions que nous venons de tirer de l’exposé et de la discussion des faits, rapprocher ces résultats des notions scientifiques et des faits analogues à 1 acte incriminé, faits qui ne sont point rares dans les annales médico-judiciaires, et voir s'il y a concordance entre eux ou s’il y a opposition.

Nous poserons d’abord en principe qu’en fait de satisfactions de 1 instinct sexuel, des bizarreries ou des perversions qu’il suscite tout est possible. Ni la situation d’un homme dans la société, ni la dignité de. son caractère, ni le respect qu’il doit à son âge et au costume qu’il porte ne peuvent servir de barrière à la puissance de ses manifestations. De même que la faim, pour se satisfaire a pu quelquefois porter des individus à des actes de cannibalisme nous savons aussi que, sous l’influence d’une passion érotique'

1 homme s’est livré à des actions tout aussi abominables. Si la faim est mauvaise conseillère, l'instinct génésique excité n’est nas un bon guide.

C est surtout chez l’homme que cet instinct acquiert toute sa force et par conséquent donne lieu au plus grand nombre de turpitudes. Après la puberté, il commence à faire sentir son influence. C est alors que, par suite de l’imitation ou du séjour dans tel ou tel. milieu, les mauvaises habitudes se développent, et il cherche ses satisfactions dans les pratiques de l’onanisme ou de la pédérastie. Sainte-Glaire Deville, dans un mémoire lu à l’Académie des sciences morales et politiques, le 29 juillet 1871, et publié dans la Revue scientifique de la même année, montrait les inconvénients de l internat dans l éducation. Ce savant faisait voir que ces vices contre nature s acquerraient par suite des conditions d’existefîce des hommes réunis ensemble et pendant longtemps. C’est ce qui se pa&se d ailleurs dans tous les troupeaux de mâles. Disons à ce propos que, sans le connaître exactement, le fait qui s’est proau C0 Uège de Rumilly, et qui est rapproché actuel-

homme /! 6 ™ PUlé “ P ' Bérard ’ ne montre «“ Que «et

épisode kabihries et qu’il n’est après tout qu'un

's’il TVA q l ls ? le dans l’histoire de sa jeunesse.

u e .ai pas ainsi, si l'on voulait supposer que cet homme

notes et OBSERVATIONS MÉDICO-LÉGALES 11

, longtemps des habitudes solitaires au point de se livrer Subite à une masturbation effrénée, il présenterait alors un 611 P mhle de symptômes caractéristiques. Voici, en effet, ce que T Constate chez les onanistes : palpitations, bourdonnements dtmtoution de la vue, perte de l’appétit, douleurs dans fe°dos affaiblissement musculaire. Voilà pour le physique. Quant

P ™ë n»s sa”u moral et du physique de l’inculpé, et nous pouvons dire que le P. Bérard n’a pas de pareilles habitudes.

P si le fait incriminé n’est pas l’acte d’un onaniste, est-ce ™

sssfe.

Il faut, en dernier lieu, se demander si 1mcu f ” 1 f^ % exhibitionniste. Depuis le travail e & dire rense mble

succès et s'est vulgarise. Mais, il faut bien , l>on s t en

- symptomatique n'est pas aussi bien connu et 1 iàe q ^^ ^ fait généralement est loin de correspondi Pm nruntées à

permettrons d'indiquer d’abord, par es ci a i leg ex fabi

Lasègue lui-même et à d’autres auteurs, ce q . non le

tionnist.es. Ceci établi, nous pourrons savoir si, ou

P. Bérard rentre dans cette catégorie. . ,

« Le sens génital, dit Laségue (Les .mîfufà médicale», tome I), est certainement celuicpu ; j de nnte l-

des perversions compatibles avec un sufasan ^erc ^

ligence. Toutes les dan/la

marquent un temps dauet dans complaît dans les

débilité d’esprit. Même à 1 état normal, 1 (g aux

satisfactions incomplètes, aussi est-ce lu q

exhibitions. En voici quelques exemples. bl dis

* « ün jeune homme, appartenant

tingué d’esprit et de formes, dune excelle £ e fait se

chaque jour, ses organes génitaux da ^ de nuit n fat

produisait toujours à la meme heure p arquet demanda un

arrêté. Le délit était si singulier, que e q

A. LAGASSAGNE

examen médical. L’impulsion était invincible, elle se reproduisait périodiquement aux mêmes heures, jamais dans la matinée. Elle était précédée d’une anxiété qu’il attribuait à une sorte dé résistance intérieure. L’enquête montra que chez lui tout était irréprochable, sauf les faits qui avaient motivé son arrestation.

ce Un employé supérieur d’une administration, âgé de 60 ans, veuf et père de famille, fut accusé de se poster près de sa fenêtre et d y faire l’exhibition de ses organes génitaux devant une petite fille de 8 à 10 ans, qui demeurait en face de lui. Cette pratique avait lieu tous les malins, entre dix et onze heures ; elle s’était répété pendant une quinzaine de jours, puis avait cessé pendant plusieurs mois pour se reproduire dans des conditions identiques. Il avouait tout quand on l’interrogeait, reconnaissait l’énormité

et 1 absurdité de la faute, sans savoir, disait-il comment s’en défendre, L’incitation instinctive était intermittente, mais, dès qu’elle se produisait, il la sentait invincible. Il mourut un an après, à la suite d’accidents cérébraux.

« Un officier supérieur, en retraite, va tous les deux jours, bizarre intermittence, se placer devant la grille d’une maison où habitent des jeunes filles. Là, il découvre ses organes génitaux ; puis, après quelques minutes, reboutonne son pantalon et continue sa promenade périodique. Détail non moins curieux, il dépose toujours sa canne au même endroit avant de se mettre en posture. Or, cet homme, d’une intelligence élevée, d’habitudes correctes, avait perdu sa femme un an auparavant ; depuis il était sujet à des accès vertigineux avec confusion intellectuelle et parfois même subdélire. Sa. mémoire avait faibli, la lecture le fatiguait sans l’intéresser. Aucune suite ne fut donnée à cette affaire. Il est mort hémiplégique chez un de ses parents qui l’avait recueilli pour éviter de nouvelles aventures.

« Un administrateur, également distingué jusque-là par l’intelligence, est arrêté pour une exhibition périodique de ses organes génitaux dans une rue de son quartier, à Paris. Ses antécédents sont d’une telle honorabilité, qu’on admet un trouble mental sans recourir à l’expertise d’un médecin. Un an après, il est interné dans un asile d’aliénés où il succombe aux suites d’une démence sénile à marche rapide. »

Ces faits portent l’empreinte des états pathologiques : leur instantanéité, leur non sens reconnu par le malade, l’absence ^ antécédents génésiques, l’indifférence aux conséquences qui en résulteront, la limitation de l’appétit à une exhibition qui n’e.st

• 1 p noint de départ de lubriques aventures, toutes ces ) amalS hrmosent la croyance à la maladie. Seulement, le fond données impose^ d y ével pent n ’a rien de commun avec les

sur lequel ces d e toutes les affections intermittentes,

f ° Ue ne C s°s aPP lenflà fièvre paludéenne, la goutte ou l'hystérie quelles sapp comporte des .intermissions absolues.

la maladie fonda con tin uité JJ rélément ob i ig é de l’aliénation

Déclarer q ... . , usque iamais une erreur inadmissible.

Se "mé"pour Laslgue, ces individus sont des malades dont l'affection est au début ou ,en voie de lente évolution.

i Brouardel analyse les faits de Lasègue (Le,on snQaz. des Mv U mai 1877), et ajoute :

p. 86, dit & propos des exhibitionnistes dont il vient de relatei qU fDesMts de ce genre ne peuvent relever que de l’aliénation

vent ne trahissant son amour que dans des ieiue

d “ S Nous V ne S pouvons dter les cas assez nombreux de notre pratique. Quelques-uns

quelques années, un homme est s „ L1 u exhibait ses

ture, pendant les pneres du soir, a , d ’ une dame

parties génitales et les f"mil e^^S^^tion dans

agenouillée. Cet homme qui occ p maladie men-

une administration publique, était atteint

tale ' . -o-Uarrl chef vénéré d’une famille très

J’ai eu à examiner un v ‘ ei1 f * ris en plein jour, sur honorable, qui, au mois de juille , . . T <m ce le panta-

un banc des quais de Saône, près du

ion ouvert, montrant ses parties génitales aux passants.

des anarchistes, et dont le nom

A. LAGASSAGNE

est assez connu, fut condanné plusieurs fois pour outrage public à la pudeur. C’était un exhibitionniste : il fut arrêté la dernière fois pour s’être livré à la masturbation au milieu de la place Bellecour. L examen que je fis de son état mental montra que c’était un épileptique à forme larvée. Il est depuis à Bron où on a constaté les véritables attaques du haut-mal.

Je termine en citant l’exemple de l’abbé V..., un prêtre de la Savoie, curé d’Arbin, que je fus chargé d’examiner dans les derniers mms de l’année 1884, par un arrêt de la Cour de Chambéry.

a e V... fut transporté à l’asile de Bron, où je l’examinai avec es medecms de cet établissement. Notre rapport conclut que l abbe V... était un héréditaire présentant des signes d’inférionte intellectuelle non douteuse, ayant été atteint d’aliénation

Nous avons insisté longuement sur ces faits et rapporté tous ces exemples pour bien montrer que les exhibitionnistes , si caractçrises par ce mot, constituent cependant un groupe , de malades divers dans lequel nous trouvons des déments, des épileptiques des dégénérés, des aliénés. L’acte seul n’indique pas la maladie! Mais celle-ci se précise par un ensemble de symptômes, faciles à relever, et permettant au médecin d’arriver à un diagnostic exact. Ces symptômes, physiques ou moraux, que je n’ai pas ici à énumérer, il suffit de dire que le P. Bérard n’en présente aucun puisque nous avons déjà établi que cet inculpé est sain d’esprit!

Nous voila donc vis-à-vis d’un fait incroyable, d’un outrage public a la pudeur accompli dans des conditions telles, qu’il faut 1assimiler aux exemples d’exhibitionnisme les plus caractérisés. Et cependant l’inculpé n’est pas un malade.

Ce dilemne s’impose :

Ou le fait est vrai, et alors le P. Bérard est un aliéné, et il doit être examiné à ce point de vue.

. 0u le fait ne s ’ est Pas passé tel qu’il a été rapporté par les jeunes filles, et, dans ce cas, il ne faut pas tenir compte de leur témoignage.

. Je me hâte d’ajouter que je ne crois pas que ces témoins aier ment!; je sms convaincu qu’il n’y a pas eu entre ces enfants un

impossibles à ceTâge^ ^ 61 Calomnie onanisée paraisse!

Ce que j’ai déjà montré, cès le prouve nettement,

parce que la lecture des pièces du proc est que ces jeunes filles n’ont pas

notes et observations médico-légales

• ^ rapporté, et de la même façon, ce quelles auraient vu t0U1 Jpnosition s’est mûrie ou précisée avec le temps. Il s est L6Ur îeuftasu un travail lent et inconscient qui a abouti a

le récit .est colleté '■ ^/débarrassé des hésitations du premier jour pour revetir une fo'rme stéréotypée et presque semblable, ainsi que le font voir

dire que la vérité sort de la bouche des sans doute, la plupart u’ont pas à cet âge la coutume de enfant . . naïvement ce qu’ils voient ou entendent.

L'expérience seule leur permettra plus tard d'apprécier les cond.-

legerme et

parfois mlmetamanii'estation insolite de vicesou dedéfauts qui,

■ psychologique, en 188?, a étudié les enfants menteurs. Le fait qui suit mérite d’être relaté ;

. Une petite fille abandonnée fut adoptée par M. et M” X. gens des pts honorables. Un jour, M. X... lut à haute voix le Jécit d’un scandale qui fit beaucoup de b " ul ^ S a Un ges ôu „ Midi T a netite fille était présente, mais.elle jouait avec s P pée d s ; et ne paraissait d’ailleurs prêter aucune attention a ce q.

^c^Le mari et^sf dame firent leurs commentaires, supposant que

l’eSuIcapable de compre^r^onv^ ^ a

mots couverts. Quelques purs api es » ion à la partie

fille qui, tenant sa poupée, 1 embrassait ave ■ à P p en .

supérieure des jambes tenues ecartees. M •••>

fant qui pouvait lui avoir appris une parei faisait à sa

« Nullement dé ponce ^ ^ Sme ‘EUe déclara en outre, poupée ce qu on lui avait fait a efl avec elle et qu’ils

qu’étant en nourrice, son frère de lait ^

se conduisaient comme mari et femm P lui-même qui

était venu le père nourricier, puis e P

avaient pris les mêmes licences que e r soumise à

« Grand émoi dans la maison. La petite e ^aucun,

l'examen d'un médecin habile qm déclara nettemen qu

attentat n’avait été commis sur elle. retranchements,

« Questionnée et poussée dans ses derniers letranc

A. LACASSAGNÉ

elle avoua qu’il n’y avait rien de vrai dans son récit et qu’elle avait simplement voulu faire comme les darnes que l’on avait mises sur le journal. »

Le docteur Bourdin résume ainsi sa pensée : <r Les enfants sont accessibles à la cupidité, à la haine, à la vengeance, aux inimitiés à la jalousie surtout, et, à bien dire, à presque toutes les passions qui troublent le cœur de l’adulte. On peut donc chercher la source de leurs mensonges dans le dédale des passions ; on a grande chance de l’y trouver. J’ai la conviction absolue que l’enfant se complaît dans le mensonge, et qu’il sait s’en servir habilement dans l’intérêt de ses mauvais instincts et de ses mauvaises passions. » *

Je neveux pas dire que les quatre jeunes filles dont le témoignage constitue la clef de voûte de l'accusation contre le P. Bérard sont des menteuses. Je crois qu’elles se trompent de bonne foi et sans le vouloir. J’ajoute que rien n’est plus fréquent dans les affaires de cet ordre, et afin de; bien prouver que ma façon devoir est partagée par d autres médecins-légistes, que l’on me permette de l’abriter derrière cette citation de mon savant ami Brouardel. Né dirait-on pas qu’elle a été écrite pour la démonstration de la thèse que je soutiens!

Brouardel {Des causes d'erreur dans les expertises relatives aux attentats à la pudeur. — Soc. de méd. légale, 1884), s’exprime ainsi : ’

« La petite fille seule a menti. C'est la mère qui, inconsciemment. lui a donné l’idée de ce mensonge, lui en a suggéré les principales circonstances. On répète fréquemment que la mère a fait la leçon à sa fille. En thèse générale, cette interprétation est fausse. La mère a fourni les bases de l’accusation, elle a, par ses questions, donné un semblant de vraisemblance à une histoire dont la petite fille comble facilement les lacunes. Lorsque celleci a ainsi forgé un conte, elle s’en imprègne, et le -plaisir qu’elle éprouvé à jouer un rôle, à se voir entourée d’un intérêt plein de compassion la rend inébranlable dans ses affirmations. On parle souvent de la candeur des enfants, rien n’est plus faux. Leur imaçnatmn aime à créer des histoires dont ils sont les héros.

enfant se berce lui-même en se narrant les fantaisies qu’il sait nrTnfn'n 6 t0Ut P?j nt ’ mais ° Ù ^ oue tel ou tel personnage plus sortes i nt , aUX perSonna S es W connaît ou aux per-

rn^F^l!, a \ f P ' 0itS dans les “™s 1 u ' ü a entre 1<* que cet enfant, aux propos duquel on ne prêtait

HOTES et observations médico-légales 17

.• binaire qu’une médiocre attention, trouve un auditoire •avec une certaine solennité on écoute on enregis re les q 1,1 de son imagination, U grandit dans son estime il a rea en” lunmême un personnage, et rien ne lui fera plus d ' S trompé sa famille, et les premières personnes Sont questionné, son mensonge sera d'autant plus difficile a démasquer que l’enfant ment sans se laisser troubler par le démasquer q dans son ^ ü ne le rectifie pas

invraisemblances qu 0 „ la répè te invariable; et c’est

“«e taite qui fait naître parfois l’idée qu’il récite une leçon

^En résumé - il y a des enfants à perversité acquise ou inconscien- . lesquels la malignité et la méchanceté sont précoces et

les années. Mais il existe chez tous les enfants ou les • jeunes filles des manifestations de l'instinct de vanité ou un besoin d’anorobation qui leur fait rechercher avec complaisance les en constances ouïe récit d’actes dans lesquels ils ont un rôle impoi-

^Mais 0 nous dira-t-on, si les jeunes tilles témoins de ce qui s est

na^sé dans l’église du Pont-de-Beauvoisin ne mentent pas mai

'exagèrent S seulement ou amplifient leurs constata^ ü nen reste pas moins quelles ont ^fet homme, elles

surtout où elles s’apprêtaient à accomplir un Oevo^gie

Remarquons d’abord que, dans des >con 1 ^ encor e une il ne suffit pas d’avoir des extérieures,

éducation spéciale pour appiec reqar der. On ne regarde

Il y a une différence reelle entre v . passe nt pour

que lorsqu’on comprend. Que de choses

nous inaperçues, paree que ^ ™ , us malicieuse ou les

Une ou plusieurs de ces jeunes fille , P ^ vient du bras mieux préparées, ont vu les mouveme c ga CO rdelière de

' droit du Père capucin, jouant P eut . et d , idées ou une illusion couleur blanche; puis, par une associ^ de la p 0C be ou de

de leurs sens, elles ont cru apercevon, ur var i an t selon les

la fente, « l’affaire d’un homme :», a re£ r a rdéîurtivement, mais

témoins. On s’est poussé le cou , pexhibitioniste ou le

on a de suite compris ce que c e ai * . et ces allures une sorte lubrique, au lieu de voir dans ces r comme pour

de complaisante approbation, ü roule de gr

18 A. LACASSAGNE

reprocher à ces jeunes filles leur attitude bruyante. - Il v a là „n enchaînement fatal de circonstances que nous avons cherché à nous expliquer. Dans les expériences que nous avons faites, et qui sont rapportées plus haut, nous avons vu, en nous plaçant à une distance de cinquante centimètres, vis-à-vis du sujet recouvert du troc, que, lorsque le pouce de la main droite émergeait de la manche du vêtement et était agité de mouvements, on pouvait alors facilement confondre ce doigt mobile, étendu ou fléchi avec une verge ratatinée ou raide.

t.ipm 6 C , 0nfusi0n a éte ^ aussi Partagée par les personnes qui assistaient a 1 expérience. On pense bien que, dans des circonstances aussi graves, je ne me permets pas d’apporter seulement le rèsultat de mes impressions personnelles. Et si cette erreur paraît possible, a des personnes prévenues et réfléchies comme nous pourquoi ne serait-elle pas commise par des jeunes filles auxquelles on ne saurait refuser quelque innocence ou un peu de légèreté 9

Tehe est d apres nous, l’explication probable , très probable jeunes filles! ° S6 ^ ^ Cert&ine ’ *** faits témoigpés par ces

Il est dificile ou peut-être impossible de condenser en quelques propositions cette discussion déjà longue, mais dans laquelle cependant je me suis efforcé de ne pas faire entrer de détails inutiles.

Sl le fait d’outrage public à la pudeur reproché à l'inculpé Barbier en religion P. Bérard, est vrai et s’est passé dans les conditions indiquées par les dépositions des témoins, cet homme doit être un malade et il faut que les juges soient fixés sur son état mental.

Si, au contraire, cet homme est sain d’esprit , comme tout l’indique dans la procédure, il n’a pu accomplir ces actes. Les jeunes filles on cru voir ou ont mal vu, et dans tous les cas eur emoignage, à cause des variations qu’il a subies ne peut être T aV6C l6 , S P1US ? randes ^serves, puisque nos expériences

vero-e naH f ortuite ou V apparition voulue de la

erge par la fente du froc étaient impossibles.

Lyon, le 23 Octobre 1889.

LACASSAGNE

NOTES et observations médico-légales

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