‹ L'affaire grecqueChapitre 15 sur 16 · NÉGOCIATIONS DIPLOMATIQUES · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS DIPLOMATIQUES

vaillantes troupes sont invincibles, et je suis à même, maintenant, d'envisager l'avenir avec confiance. »

De leur côté, les journaux royalistes célébraient en gros caractères « le recul des forces alliées devant l'irrésistible attaque des troupes grecques » et dénombraient les prisonniers faits le l^'^ décembre. D'autres se félicitaient « que les héros de Chalcis aient eu l'honneur de combattre contre les héros de la Somme et de Verdun ». La Nea Himera écrivait : « Le 1®^ et le 2 décembre ont été, nous nous plaisons à le dire, deux des jours les plus grands, les plus saints, les plus splendides et les plus glorieux de toute l'histoire grecque. On peut les regarder comme l'aurore de la véritable indépendance grecque, comme la délivrance du joug le plus odieux qui ait jamais menacé l'existence de notre race. » L'association des « réservistes radicaux » adressait à tous ses membres le télégramme que voici : « Recevez le baiser dû à des héros. Les rochers de l'Acropole ont reconquis, grâce à vous, leur ancien prestige. Le Néo- Hellènes ont cueilli des lauriers dignes du passé. Et maintenant demeurez vigilants autour du trône du grand roi... » Une autre asso-

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ciation royaliste, le « Centre des réservistes », envoyait à ses adhérents la circulaire suivante : « A l'occasion du renvoi des membres de l'Association panhellénique des réservistes en conoé limité, recevez le baiser fraternel du Centre pour les glorieux événements ; annoncez à tous nos amis, auxquels vous communiquerez la présente, que nous demeurons ici obéissants au mot d'ordre et que, eux, ils n'ont qu'à partir vers leurs familles, pleins de fierté pour la grande œuvre accomplie. Mais qu'ils restent toujours baïonnette au canon, prêts à revenir le cas échéant et à se placer sous les drapeaux pour parfaire le suprême et sacré devoir envers le roi et la patrie. »

Grâce aux manigances du roi, après avoir été représentés comme les spoliateurs des instruments de la défense nationale, les Alliés, les Français et les Anglais surtout (on avait eu soin de ne pas troubler les abords des légations d'Italie et de Russie), étaient dénoncés comme les ennemis du peuple grec. Constantin I^^ nous avait sournoisement engagés à formuler des prétentions blessantes pour l'amour- propre hellénique, puis il nous avait poussés à procéder à l'exécution de nos demandes par la force, il

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avait ensuite jeté sur nos soldats confiants des bandes surexcitées, et enfin, faisant coup double, il avait supprimé ces venizélistes qu'il était résolu à empêcher, même par le fer et le feu, de ressaisir le pouvoir par les voies légales.

Il touchait au but. Pendant un temps, il avait berné les Alliés en leur accordant des concessions officielles annulées en fait par des ordres secrets. Puis il leur avait opposé les Germano-Bulgares en ouvrant aux ennemis héréditaires de l'Hellade les conquêtes de 1912- 1913. Ne voyant pas venir la formidable masse de choc allemande qui devait pulvériser le maudit corps expéditionnaire franco-britannique, il s'était efforcé de continuer à gagner du temps. Il s'était servi des Alliés pour amortir l'action des venizéHstes. II avait discrédité les premiers en les amenant à nouer des accords avec lui, et contenu les seconds en leur faisant arracher des mains leurs meilleures armes par les puissances protectrices elles-mêmes. Acculé finalement à une impasse, il s'était frayé un chemin sur les cadavres des soldats alliés. II se croyait délivré. Mais les armées de Guillaume II n'apparaissaient toujours pas devant Salo-

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nique. Constantin I^^ dut recommencer à gagner du temps.

Il retrouva près des gouvernements qu'il venait de souffleter les mêmes complaisances.

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Les notes de décembre 1916 et l'accord de janvier 1917. — L'attitude de l'Italie.

LE 14 décembre, les gouvernements de la Quadruple Entente firent remettre par leurs représentants une nouvelle note au gouvernement d'Athènes. Ils demandaient des réparations et le transfert immédiat dans le Péloponèse, sous le contrôle effectif d'officiers appartenant aux armées alliées, des troupes grecques se trouvant sur le territoire continental de la Grèce. M. Zalocostas répondit par la promesse d'exécuter les déplacements de

troupes en question et par quelques plaisanteries. Il priait les quatre puissances de « reconsidérer » leur décision de continuer le blocus et il offrait comme « la meilleure garantie, pour que tout malentendu fût écarté, le ferme et le plus sincère désir du gouvernement royal et du peuple grec de voir au plus tôt confirmées les excellentes relations traditionnelles avec les quatre puissances et une étroite amitié basée sur la confiance réciproque. »

Pour risquer pareille ironie, M. Zalocostas devait sentir que certains désaccords minaient l'action des Alliés. Mieux que le public tenu méthodiquement dans l'ignorance des négociations entre les chancelleries de l'Entente, il savait qu'au sein de celle-ci l'identité de vues sur les affaires grecques n'était point parfaite. Mais un élément d'appréciation de la situation frappait les yeux de .tous : la presse italienne de tous les partis était déchaînée contre M. Venizélos. Par contre, elle exaltait Constantin I^^. On lisait dans la Tribuna : « Les désordres athéniens prouvent que Constantin et son pays s'entendent profondément, que nulle dynastie autant que la sienne ne fut jamais plus fidèle interprète de l'esprit et de la volonté d'une

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nation. De là toute la dangereuse absurdité des efforts sentimentaux et magnanimes tentés par les Alliés pour faire revivre et, pis encore, pour reconnaître une autre Grèce, fantastique, inexistante, directe héritière de l'ancienne. Laissons de côté l'Hellade, et pensons que nous avons à discuter seulement avec la Grèce. Il est déplorable — et les événements d'aujourd'hui en sont les tristes effets — que, dans une certaine presse et même dans les Parlements de l'Entente, on n'arrive pas encore à reconnaître courageusement cette vérité, et que l'on continue à parler d'une Hellade qui réside tout entière dans la personne de Venizélos : » Le 22 décembre, le même journal écrivait : « Il n'y a que deux manières simples de procéder avec la Grèce : ou l'alliance ou la guerre. Mais l'alliance avec le chef reconnu de l'Etat, avec le roi, et non pas avec Venizélos mal vu par l'armée et par l'opinion, ou la guerre contre l'armée, la force organisée de l'État. Au lieu de cela, qu'a fait l'Entente ? L'alliance avec un particulier contre le roi, et la guerre contre le peuple grec en l'humiliant et en le menaçant. L'Entente a travaillé non pas pour s'attirer la Grèce, mais pour la conquérir au profit de Venizélos, »

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Ainsi, d'après Rastignac (M. Vicenzo Morello), nous aurions dû courir après l'alliance de Constantin comme nous avions sollicité celle du Cobourg de Sofia, et mener campagne contre le venizélisme comme nous avions exercé une pression sur la Serbie. Le Carrière délia Sera, l'organe le plus important et le plus pondéré de l'Italie, ne craignait pas, pour perdre M. Venizélos dans l'esprit des puissances protectrices, de le dénoncer comme complice de Constantin P^. Le 5 décembre, le grand journal milanais écrivait : « Venizélos, à Salonique, se frotte les mains : Venizélos, le meilleur sujet du roi Constantin, et son plus utile ministre in partibus. Si les empires centraux remportaient la victoire, le roi ferait valoir les mauvais traitements infligés à son pays par les Alliés oppresseurs. Si l'Entente a le dessus, Venizélos viendra frapper à la porte du Congrès, et montrera sa déclaration de guerre à l'Allemagne et à la Bulgarie. Le double jeu est d'une grossièreté énorme. Il n'est pas même besoin d'imaginer que le roi et le rebelle sont secrètement d'accord. Il suffit de reconnaître que le double jeu existe dans la réalité. Mais, dernièrement, un membre du gouvernement anglais, devant la

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Chambre des Communes, assurait à Venizélos la protection de l'Angleterre ; et la juste indignation de la presse française ne sera peut-être pas assez forte pour couper court à la comédie et pour décider l'Entente à prendre des mesures contre les saboteurs de sa guerre en Orient. Le philhellénisme de nos alliés est à l'épreuve même des coups de fiisil. Tandis que la Grèce s'exalte dans son hostilité contre l'Italie, tandis, qu'elle oppose à nos droits dans la Méditerranée un panhellénisme à la fois grotesque et frénétique, il semble que la diplomatie de nos alliés se propose d'éviter, à tout prix, de rompre avec elle, à condition de pouvoir compter, demain, sur son amitié. Le philhellénisme semble un élément essentiel de leur programme, malgré tout ce qui se passe en Grèce depuis plus de deux ans. «

Ce langage expliquait pourquoi la Quadruple Entente persistait à ne pas reconnaître officiellement le gouvernement provisoire de Salonique. Il prouvait que, si les puissances protectrices voulaient agir sérieusement, elles devaient se résigner à procéder seules, sans le concours du Cabinet de Rome. Elles parurent s'y décider. A la fin de décembre, le Cabinet

de Londres désigna le comte Granville, conseiller de l'ambassade britannique à Paris, « pour représenter le gouvernement de Sa Majesté auprès du gouvernement provisoire de M. Venizélos, à Salonique, avec le titre d'agent diplomatique ». Quelques jours plus tard, le Cabinet de Paris nomma au même poste M. de Billy, conseiller de l'ambassade de France près le Quirinal. Le 31 décembre, les ministres de France, de Grande-Bretagne et de Russie à Athènes, déclarant agir comme représentants des puissances garantes de la Grèce, remirent à j\I. Zalocostas une note formulant une série de demandes de garanties et de réparations. Les garanties consistaient dans la réduction des forces grecques dans la Grèce continentale « au nombre d'hommes strictement nécessaire pour les services d'ordre et de police » ; dans le transport dans le Péloponèse de l'armement et des munitions en excédent, ainsi que de toutes les mitrailleuses et de toute l'artillerie grecque avec leurs munitions ; dans l'interdiction de toute réunion et de tous les rassemblements de réservistes au nord de l'isthme de Corinthe ; dans l'interdiction à tout civil de porter les armes : dans le rétablissement des divers con-

trôles alliés. Comme réparations, les trois puissances exigeaient la remise immédiate en liberté de toutes les personnes détenues pour raisons politiques ou faits connexes, et des indemnités pour les victimes des 1^^ et 2 décembre (paragraphe 4), la destitution du commandant du 1®^ corps d'armée, des excuses du gouvernement grec aux ministres alliés, une cérémonie publique d'hommage aux drapeaux alliés, enfin la faculté d'utiliser la route d'Itéa-Larissa pour les transports de troupes )>. Aucun délai n'était fixé ; mais le blocus était maintenu « jusqu'à ce que satisfaction ait été accordée sur tous les points indiqués ci-dessus ».

On persévérait donc dans le système des livraisons, transferts et contrôles. On l'aggravait même en le précisant. Dans cette note, où l'on était censé poursuivre le châtiment des abominations des l^i'-2 décembre. On offrait une contre-partie à la Grèce : « De leur côté, portait ce document, les puissances garantes prennent envers le gouvernement hellénique l'engagement formel de ne pas permettre aux forces armées du gouvernement de la défense nationale de profiter du retrait des troupes royales de la Thessalie et de l'Epire pour fran-

chir la zone neutre établie d'accord avec le gouvernement grec, » Pour logique qu'il semblât, cet engagement était monstrueux. Il nxettait en plein jour le vice radical du système. Sous prétexte d'empêcher les venizélistes de profiter de mouvements de troupes décidés en dehors d'eux, les puissances protectrices consacraient un arrangement provisoire divisant la Grèce en deux parties et protégeant le roi contre le mouvement national. Cela aurait dû rassurer l'Italie. Elle s'abstint pourtant de participer à la démarche commune. Elle fit présenter par le comte Bosdari une note séparée ainsi conçue :

V Italie affirme par la présente communication sa solidarité générale avec les Alliés. Elle s^associe aux demandes et aux déclarations contenues dans la note susdite concernant les garanties militaires que les puissances de l'Entente estiment nécessaire d'exiger de la Grèce en vue de la situation actuelle dans les Balkans, ainsi que les réparations que ces mêmes puissances croient leur être dues à la suite des événements du 1^^ octobre.

Pour ce qui concerne les revendications contenues dans le paragraphe 4 de la note des puis-

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sances garantes^ attendu qu'elles touchent à des questions d'ordre intérieur, V Italie ne croit pas avoir de titre pour y intervenir et déclare se désintéresser de Vexamen desdites revendications.

Les trois puissances protectrices ne maintinrent pas longtemps leur attitude spéciale. Au cours de conférences tenues à Rome pendant les premiers jours de janvier entre les premiers ministres d'Italie, de France, de la Grande-Bretagne et le représentant de la Russie, assistés d'éminents personnages civils et militaires, elles furent saisies d'une dépêche du Cabinet d'Athènes, en date du 6 janvier, soulevant diverses objections contre la note du 31 décembre. Après une discussion dont le public ne connut rien, les quatre gouvernements de l'Entente tombèrent d'accord, le 8 janvier, sur une déclaration commune. Ils posaient en principe qu'ils avaient pour but de mettre l'armée d'Orient à l'abri de toute menace sur son flanc du côté grec. Puis ils fixaient un délai de quinze jours pour l'exécution de l'ultimatum du 31 janvier en spécifiant que si, après acceptation éventuelle, une entrave quelconque était volontairement apportée à l'exécution de

cet engagement dans le délai prescrit, ils reprendraient leur liberté d'action pour assurer par leurs propres moyens de terre et de mer la sécurité de leurs nationaux. Malheureusement cette velléité d'énergie était gâtée par un engagement envers Constantin l^^ encore plus étendu que celui du 31 décembre. Il était ainsi rédigé :

Les puissances alliées s'engagent à ne pas permettre que le retrait des troupes grecques dans le Péloponèse soit mis à profit sur terre ou sur mer par les partisans du gouvernement provisoire pour occuper une portion quelconque du territoire grec privé ainsi de tout moyen de résis' tance.

Les puissances alliées s'engagent également à ne laisser s'installer les autorités du gouvernement provisoire dans aucun des territoires actuellement en possession du gouvernement royal qu'elles pourraient se trouver amenées à occuper elles-mêmes temporairement pour des raisons d'ordre militaire.

Lorsque le baron Schenk fut expulsé d'Athènes avec un lot d'agents de la propagande germa-

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