E. Uitter, Alliance libérale du 10 mai
2. Covresp., éd. Hachette, CCCCLX (21 mai \'i\j'i]. o. Id., CCCCLXI (26 mai).
OU six bourgeois seulement eussent protesté, l'on pourrait vous croire sur les sentiments que vous leur prêtez. Cette démarche était facile, légitime; elle ne troublait point l'ordre public; pourquoi donc ne Ta-t-on pas faite?... » Il constate que le « pacte » qui le liait à sa patrie, et réciproquement, a été violé à son préjudice, et qu'en conséquence, il se trouve a affranchi » de ses engagements, puisqu'en les rendant « ignominieux », elle lui a « fait un devoir d'y renoncer».
Je ne crois pas que, dans la pensée de Rousseau, cette lettre si soignée, si mesurée, si suggestive, s'adressait au seul Marc Chappuis. Il la destinait certainement à tous ceux qui partageaient ces scrupules, au public. La preuve, c'est qu'il s'en trouvait un double dans les mains de Moultou, qui venait de passer presque toute la seconde quinzaine de mai à Motiers. Serait-il hasardeux de supposer que la lettre avait été concertée entre les deux amis, et que Moultou en aurait emporté la copie? Rentré à Genève, il la fit lire à De Luc : en sorte que tout le monde la connutbientôt. Le vieilagitateur était peu scrupuleux sur les moyens : il renouvela le procédé qui lui avait si bien réussi avec le colonel Pictet ; et pour la seconde fois dans cette affaire, il mit ses amis dans l'embarras, sans s'attirer aucun désagrément. La divulgation de la lettre à Marc Chappuis continua l'œuvre de la divulgation de la lettre à Duvillard.
Quel(]ues-uns — entre autres M. Maugras, qui a raconté avec soin cet incident — reprochent à Rousseau et à ses défenseurs d'avoir ainsi abusé d'une
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loUre privée'. A coiii) sûr, il eûl été plus (Jélical de leur part de demander d'abord la permission du deslinalaire. Mais qu'on ne Toublie pas : il s'agissail en léalile d'une alï'airc d'intérêt public. Los lettres de Uousseau couraient la ville, sans (jue personne en i)rjt ombrage; : elles étaient des manifestes, calculées pour l'être. Celle-ci eut le sort de beaucoup d'autres : si elle lit plus d'impression, c'est que, parfaitement adaptée à son objet, elle fut exploitée avec beaucoup d'adresse. Ce fut elle, peut-être, qui provoqua la première Représenlalion^ dont elle suggère l'idée, qui d'ailleurs germait depuis quelque temps. On l'appela « le tocsin de la sédition'^ ». JMoultou prétendit que Cbappuis l'avait communiquée aux magistrats, et quand Cbappuis voulut nier, refusa de le croire '. A quelles étranges aberrations les passions de la politique peuvent entraîner un liomme! Celui-ci, ardent, généreux, est fort lionnête, même délicat, dans le train régulier de la vie. Le voici pourtant qui donne à Rousseau les plus singuliers conseils: il importe de ne pas passer pour avoir provoqué le mouvement qui commence, lui explique-t-il; et comme l'idée de représentation est clairement indiquée dans la lettre à Cbappuis, il faut donner une entorse à la vérité. Il en faut donner une autre à la franchise : « Traitez M. C. comme un ami, déliez-vous-en comme d'un ennemi''. » Il faut recou-