‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 117 sur 200 · rf · texte numérisé non relu

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ROUSSEAU lOT .I.-H. THO.NCMI.N 197

pr()S|)(M'il(', jissiirn s;i ("onservalion ol son ordre; iiiléricur, il peut souLcnir [)ar niillo hoiincs raisons (le fait et (le princi[)C ([u'il est [)lus im[)ortaiit pour la république; « de conserver ce gouvernement (jue de le perfectionner » ; parce que, « comme il est rare (jue les nouvelles loix s(; lient bien aux anciennes, (pie leur correction [)eut avoir des abus, et (|u'il y a dans les nouveaux usages des inconvénients que Texpérience seule peut faire découvrir, elle devroit toujours craindre d'altérer ce gouvernement d'où sorLoit sa prospérité' ». C'est la tbèse conservatrice dans ce qu'elle a de plus simple et de plus cat('gorique : ne touclions pas à une constitution dontnous sommessatisfaits,parcequ'en voulant l'améliorer, nous courons le risque de la gâter. Cette tbèse est en elle-même antipathique aux esprits audacieux, remuants, généreux, qui sont plus frappés par les défauts de l'ordre établi que par ses avantages : l'aiguillon du mieux les pousse à cbercber de continuels changements, qu'ils prennent volontiers pour des progrès, et à comparer la petite part des biens qu'ils possèdent à l'ombre immense de ceux qu'ils pourraient avoir. Elle est spécieuse, puisqu'elle écarte les incertitudes que comportent toutes transformations ; elle est dangereuse aussi, car elle méconnaît que les institutions s'usent et se faussent par l'usage comme les machines, même les mieux réglées, qu'on est bien forcé de réparer quelquefois. Or, les récents incidents paraissaient indiquer ([ue cette crise d'usure

1. Lettres écrites de la campagne, in.-i'i (172 pages), p. 168-169.

comiueucciit pour Genève. En tout cas, ils ne semblaient point favorables a la thèse conservatrice dans son absolu : il s'agissait donc de les interpréter ou de les présenter de telle sorte, qu'ils cessassent de la réfuter. Cette deuxième partie de la tâche entreprise par le procureur général en était peutêtre la partie essentielle, mais elle était certainement la plus difficile. Comment faire, en effet, pour soutenir que le Conseil avait raison dans des incidents 011 ses torts étaient manifestes? Tronchin l'essaie à mainte reprise, et chaque fois il est obligé de dénaturer, ou tout au moins d'arranger les faits, de supposer établi ce qui fait précisément l'objet de la contestation, et même de céder sur un point, d'adopter l'explication que les membres du Conseil ont trouvée de leur sentence, à savoir qu'elle était un « appointement provisoire » et non pas une condamnation, — explication qui l'alfaiblit sans la justifier ^ :

c( ... Un auteur met son nom ù deux livres qui Jeltent l'incertitude sur les principes les plus importants du Gouvernement et de la religion : le Gouvernement flétrit ces livres; bien des gens s'en indignent. On soutient d'abord qu'ils ne renferment que les vraisprincipes de la Constitution, et qu'ils n'offensent point la Religion; mais comme ilseroitdiflîcile de soutenir cette assertion, on essaye de persuadera des esprits déjà prévenus, qu'un livre et un auteur sont une seule et même chose, et que la flétrissure de l'un emporte laflétrissure de l'autre. On applique à l'auteur de ces livres une loi si visiblement faite pour ceux qui sèment de vive voix leurs erreurs que si elle étoit telle qu'on la suppose, on ne pourroit llétrir aucun livre, ni punir l'auteur d'aucun écrit, même de ceux

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