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et bour^^cois ont raison ([uand ils iT'pclont quo, si lo Poiil (Conseil pont d'nn simple geste écarter l(Mii's Représentations, ee droit que leur a concéd(^ la Médiation comme unique garantie de leurs liberlés, n'est plus qu'un leurre; mais le Petit Conseil reste sur un terrain solide en répondant que, s'il snflit du caprice de quelques particuliers h propos de son interprétation ou de ses applications des lois pour l'obliger à consulter le Conseil général, la souveraineté passe alors de ses mains à l'assemblée populaire, l'exécutif se fond dans le législatif, perd toute autorité, n'est plus que la victime impuissante dune confusion qui conduit à l'anarchie. Impossible de concevoir une question plus insoluble ou plus mal posée, et en tout cas plus irritante! On s'en rend compte, en entendant monter le ton de la conversation. La défiance est excitée de part et d'autre. Chacun commence à suspecter les intentions de l'adversaire. La haine civile couve, retenue encore, prête à éclater. Les Représentants, qui cherchent partout de nouveaux griefs contre leur magistrat, découvrent quelques variantes de texte entre les édits imprimés et les édits manuscrits. Aussitôt d'envoyer une délégation auprès du premier syndic et du syndic de la garde', pour demander — comme s'ils suspectaient la bonne foi du Conseil — le dépôt en chancellerie des édits originaux. La démarche était blessante; mais pourquoi — sinon parce que les dieux aveuglent ceux qu'ils veulent perdre — leur refuser cette satisfac-
l. Le 21 novembre.
tion? D'autant qu'on ne peut motiver ce refus que par de mauvais prétextes : que depuis l'impression de l'édit, c'est le texte imprimé qui fait foi, et que « d'ailleurs tout dépôt de ce genre seroit contraire aux règles ^ ».
Pendant que la discussion se poursuit en ces termes sur le terrain officiel, les esprits s'aigrissent dans le public, oii chacun prend position selon son tempérament.
Malgré la démarche qui a répondu du tac au tac aux Lettres écrites de la campagne^ les Négatifs, — comme on appelle maintenant les partisans du Petit-Conseil, — manifestent une joie extrême, d'autant plus dangereuse pour eux qu'elle est sincère. Telle est leur admiration pour ces lettres qu'ils se figurent que, si elles « eussent paru plus tôt, elles auraient peut-être empêché d'ultérieures représentations, ou du moins en auraient détaché plusieurs citoyens''- ». Cette supposition rétrospective suffit à les réconforter. Ouvrons, par exemple, le copie de lettres ^ de l'un des plus éminents d'entre eux, Charles Bonnet : nous n'y trouvons que des notes rassurées et rassurantes. Le 11 octobre, il écrit à Berne, à son ami Albert de Haller % aussi « conservateur » que lui, aussi aveuglé, — malgré l'universalité de ses talents, — sur le progrès de l'idée démocratique : « Malgré tous ses efforts, ce
1. La réponse est du 7 décembre. Représentations et Ecrits. p. 93-96. Cf. Tableau historique et politique des révolutions de Genève, p. 192.
2. Catalogue Rilliet. Cité par Rivoire, Bibliogrnphie. p. ~4."».
3. Bibliothèque de Genève, mss. Ch. lioimeL i. n08-m7. Médecin, naliiraliste, poète.
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parti est reste peu nombreux, et il eu s(îra poui' les frais (le ses écritures. Le «gouvernement qu'il voiiloit allai blir en acquerra de nouvelle l'orce. » Le 19, il est plus ariirmatit' encore en s'adressant à un autre de ses amis, le D' Turtaz : « ... Le Conseil vient de répondre dignement à une quatrième Représentation de la bourgeoisie, et le parti de ces représentants diminue de jour en jour. On commence à sentir le ridicule des prétentions et le bien de la paix. » Le malheureux prend son désir pour la réalité : parce que les symptômes de l'agitation diminuent en apparence, il se ligure qu'elle décroît ; parce que les fauteurs des troubles se recueillent, il les croit vaincus. Il prête aux adversaires le découragement qu'il leur souhaite. 11 les suppose réduits, parce qu'ils se taisent. Depuis cent cinquante ans, dans tous les pays oi^i fermente la démocratie, les partis opposés aux revendications populaires se sont endormis sur les mômes illusions, toujours vaincus et conhants, sans profiter d'aucune de leurs expériences ni d'aucune de leurs défaites^.
1. Le l*"" novembre, Bonnet écrit encore au naturaliste et physicien J.-N.-S. Allamand (I713-ns7). professeur à l^eyde, sans se douter une minute que ce savant était à la veille de passer à l'ennemi :
« Notre Conseil a répondu avec fermeté et modération aux Représentations de la Bourgeoisie. Elle est revenue plusieurs fois à la charge, en s'armant de principes destructifs de notre Constitution, et chaque fois le Conseil a repoussé victorieusement ses traits. Il est fondé sur la roche, et cette levée de boucliers ne peut qu'accroître l'autorité du Gouvernement, en même temps qu'elle discrédite un parti qui n'a jamais été bien nombreux. 11 a déjà beaucoup perdu et perd tous les jours. Un de nos plus beaux génies a fait là-dessus un écrit admirable sous le titre de Lettres écrites de la campaçjiie. Elles sont imprimées et je les regarde comme le plus excellent manuel de politique que nous puissions
Même note dans la lettre qu'un autre représentant de la classe dirigeante, plus directement mêlé à la politique, Jean Cramer, adresse à un autre sénateur bernois, Bonstetten^. C'est avec la même satisfaction, c'est à peu près dans les mêmes termes qu'il se félicite (2 novembre) du calme dont on doit Theureux retour, selon lui, à la bonne entente des syndics, à l'unanimité du Conseil, à la fermeté et à la modération dont il a témoigné dans ses réponses, et aussi « au particulier qui a donné au public les Lettres écrites de la campagne- ». D'autres faits, à l'en croire, ont contribué à détacher de nombreux citoyens des Représentations, auxquelles ils avaient d'abord adhéré : l'insolence de Vieusseux, lorsqu'à la tête de 400 citoyens il remit au syndic son dernier factum, la lecture dans le public de ce document, surtout une imprudente démarche de deux chefs du parti auprès du résident de France, qu'ils allèrent voir
avoir. Elles iront sans doute en Hollande et vous les verres. Elles ont fort éclairé les esprits et raffermi le Gouvernement dans ses principes. »