Do Montet, Diclionnaire
:\. 1.0 2 mars 1104. Mss. de Neuchàtel. 4. 245 p., in-12. Amsterdam, 1764.
22(3 L AFFAIKK J.-J. ROUSSEAU
matoire à Offrande aux autels et à la patrie. Et comment résister ici à la tentation de noter au passage ce trait commun à tant de défenseurs patentés des idées généreuses : que tout en les « otïrant », non sans emphase, à l'intérêt public, ils ne seraient point fâchés d'en pouvoir vivre? Roustan nous l'a avoué avec candeur : il eût préféré, à son « métier » de régent ou de ministre, celui d'homme de lettres ; il eût trouvé plus agréable de gagner son pain en défendant la religion dans des écrits retentissants qu'en la servant avec humilité. C'est une ambition des plus légitimes ; pourquoi la couvrir sous un étalage indiscret de désintéressement? Son livre, d'ailleurs, est moins une défense du christianisme contre les critiques qu'en fait la « politique ' » qu'une apologie du protestantisme et de l'esprit républicain, avec force invectives contre la foi catholique et les tyrans. La violence grandiloquente du jeune auteur témoigne d'un singulier fanatisme ; et l'on peut relever de place en place des passages dont le « zèle » devait paraître excessif :
(( 0 Rome, destinée dans tous les temps à être le lléau du monde! ce furent du moins tes vertus qui lui donnèrent autrefois des chaînes, mais tes prêtres barbares ne l'ont asservi que par dos forfaits, et Je te vois cent fois plus éloignée du christianisme que tu ne le fus sous tes ayeux idolâtres, parmi lesquels on comptait au moins des Fabrices et des Gâtons-. »
2. La note que voici souligne encore le sens, déjà clair, de cette prosopopée : « Qu'on ne prenne point ceci pour une exagération d'oratciu, je soutiens positivcQient que les Romains (hi temps de l-'abricius étoient beaucoup phis chrétiens que ceux d'aujourd'hui.
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Ces cliar^es furiciisos ('ontro « Home », et aussi ceiiaiiisjiigoniciits sur Louis XIV, — '< Hoi fastueux, dupé par ses flatteurs, trompé par ses prêtres, et le lléau de ses su jets et de ses voisins' », — ne pouvaient manquer d'attirer l'attention du liésidentde France. iMontpéroux adressa donc au Premier Syndic, à la date du 12 avril, une lettre (jui lui lue au Petit Conseil, le lendemain : il y signalait Touvrage de Roustan, en s'ctonnant qu'il ne lïit pas encore» llétri et l'auteur puni »; il ajoutait sèchement : « Je n'en rendrai compte à ma cour que samedi prochain pour donner au Conseille temps d'en délibérer'^. » Le débit de l'ouvrage fut aussitôt susjiendu, et le conseiller Jacob ïronchin fut chargé de commun i([uer cette décision au Résident, qui en parut satisfait.
Le Petit Conseil ne se pressa pas de donner plus ample satisfaction au Résident ; et pendant qu'il l'examinait à loisir, le petit livre de Roustan faisait son chemin. Comme il arrive aux ouvrages de polémique dans les périodes de crise aiguë, il était jugé par les uns et les autres selon leurs opinions préconçues ou leurs parti pris; avec cette nuance, que son anticléricalisme soulevait des passions com-
Qu il y ait après cela dans les pays catholiques un très grand nombre d'âmes droites et simples, dont les mœurs sont tout à l'ait dignes des disciples de Jésus-Christ, je le crois et j'en bénis Dieu ; mais que le système papal soit l'Evangile et ceux qui l'admettent des chrétiens, voilà ce que je nie entièrement, et ce qui me dispense en même temps de justifier ses crimes : quelle est donc cette religion? Je nen sais rien, ce sera, si l'on veut, la payenne, ce sera celle des fourbes, mais sûrement ce n'est pas la chrétienne... » (P. 20-21.)
2. Extrait des registres du (lonseil. — Communication fie M. Euf^ène Ritter.
miiiics à tous ses lecteurs. Les amis de Rousseau, enchantés du fond et de la forme, ne demandaient qu'à s'abandonner à ces enthousiasmes dont ils prenaient l'habitude i. Quant aux adversaires, tout en reconnaissant un certain mérite à VOffrande^ ils en parlent avec antipathie et mépris'-. Le départ de Roustan vint terminer l'incident, qui sans cela n'aurait pas manqué de s'envenimer.
En présence de faits qui révèlent, par la disproportion même entre leur importance et leurs effets, un trouble si profond du corps social, les