N*" 766 et 167 de la LUbliograpUie Kivoire
ROUSSKAU KT J.-U. TRONCFIIN 223
vWc se (IrpoiiilNî Cil pjiiiio de son ridicule ; (die soulève, (die aussi, les plus graves [)robIèincs de la l('j;ishilion; elle amène de nouvelles recrues à ropposition d('moerali(iu(^, dont elle augmente encore, — elïet imprcWu! — la force morale, en la poussant à réclamer contre la tyrannie justement impopulaire du Consistoire et contre un châtiment humiliant (jue le libre esprit du xvui" siècle ne pouvait plus supporter'. Le thème s'(dargit de Tun à l'autre de ces libelles; la personnalité falote de Robert Govelle achève bientôt d'en disparaître; et, comme a propos de la condamnation de Uousseau, on voit surgir la redoutable question de la souveraineté populaire derrière la ridicule question delà génuflexion :
« Oii sont les titres sur lesquels les citoyens et bourgeois de Genève assemblés en Conseil général prétendent à la souveraineté de TEtat?
« Si c'étoit à moi de répondre, je dirois : Les citoyens de (ienève tiennent leur souveraineté de Dieu et de leur épée.
1. On trouve très bien marqué, dans un écrit postérieur : iVoi^velles Considérations sur la génuflexion (publié en 1765 ; Bibliog. lUvoire, 868), le rapport des deux « affaires » et le rôle qui revient à celle fie Covelle :
<i L'histoire de ce procès, dit l'auteur, est, à mon avis, un exemple bien frappant de l'intluencc des querelles particulières sur les affaires publiques. Quelques personnes qui avoient vraisemblablement d'assez bonnes raisons pour se persuader qu'elles n'étoient pas aimées de ces ministres, attendoient avec impatience Toccasion favorable de satisfaire leur ressentiment. 11 s'élève un nuage entre les loys ecclésiastiques et une partie de la Bourgeoisie. Un citoyen est appelé dans le même temps à faire en Consistoire la réparation usitée en cas de paillardise. Le moment paroit propice; on recherche ce citoyen ; on lui fait voir ({uc liirticle SI de notre Ordonnance se lait sur la génutlexion ; on lui persuade que c'est s'avilir que de demander pardon à Dieu en présence des conducteurs de lE^dise; on l'assure qu'en résistant
Xous sonunes souverains, parce que nous le sommes, el que nous l'avons toujours été depuis que cette république existe. Nos pères ont versé leur sang pour nous transmettre cette souveraineté, et nous verserons la dernière goutte du nôtre pour la maintenir^ »
Pendant que l'alfaire Govellc s'amplifiait de la sorte, un autre épisode, qui touchait plus directement Rousseau, vint ajouter encore de nouveaux éléments aux matières inflammables que les événements amassaient dans la république.
Roustan, ce jeune ministre plein d'ardeur qui s'était, au sortir des études, posé en admirateur passionné de Jean-Jacques, préparait depuis longtemps une réfutation du dernier chapitre du Contrat social. A vrai dire, il s'agissait d'une réfutation d'un genre particulier, puisque son auteur la soumit à l'approbation de Rousseau, et puisque ce fut Rousseau lui-même qui s'occupa de la faire imprimer chez Marc-Michel Rey, en un volume que complétaient trois autres essais-. Roustan fondait de
au Consistoire il acquerra une gloire immortelle. Là-dessus notre citoyen s'échaulfe; il se regarde déjàcomme tenant une place distinguée parmi les marlirs illustres de l'honneur et de la liberté; on trouve bientôt lo moyen de faire passer la même chaleur dans le public ; ou imprime des écrits dans lesquels les plaisanteries les plus indécentes, l'ironie la plus amère, les imputations les plus avilissantes sont prodiguées aux ministres de la religion... » (P. 22.)
1. Noîivelles Considérations sur la force des usages et sur la f/énufiexio?i, par l'auteur des Observations. Biblios:. Rivoire. 837, p. S -6.
2. Examen historique des quatre grands siècles de M. de Voltaire; — Discours sur cette question proposée par une Société de gens de lettres de Berne : quels sont les moyens de tirer un peu} de de sa corruption, et quel est le plan le plus parfait que le législateur puisse suivre à cet égard? — Dialogue entre César et Brufus aur CJi(iiups-FJ>isccs.
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grands espoirs suret; peliL (ouvrage. Son «métier», coninio il l'écrivait à son maître', lui pesait beaucouj); il souhaitait fort que ses travaux littéraires le lissent <( connoitre ass(V. avantaj^eusemeut pour trouver les moyens d'en sortii' ». L'admiration ({u'il professait pour l'auteur ^ÏEnrUc^ môme en le discutant, contribuait à lui rendre encore plus lourd ce « métier », qui n'était pas d'ailleurs en ce moment le saint ministère, mais l'enseignement : puisqu'il remplissait alors les fonctions de régent de la quatrième classe du Collège'. Ayant de la famille, il ne pouvait courir la chance de les abondonner, et se sentait d'autre part obligé, pour les conserver, de ménager l'opinion. Une coïncidence heureuse changea sa situation pendant que l'impression de son livre s'acbevait : on lui offrit le poste de pasteur de l'Église helvétique à Londres, qu'il accepta avec empressement :
« Si j'avais entrevu que mon métier pût être utile à mon pays, éciit-t-il à Jean-Jacques en lui annonçant cette bonne nouvelle, j'aïu'ais tenté l'impossible avant de l'abandonner; mais qu'espérer d'une ville où la fureur de gagner et de dépenser s'accroît chaque jour, et où la modestie est appelée orgueil! J'aime mieux déplorer de loin ces malheurs que de les contempler inutilement de près, ou si ma plume peut jamais produire quelque chose qui mérite d'être offert à des patriotes, je serai plus libre ailleurs qu'ici de le publier^. »
Sur ce dernier point, en tout cas, il ne se trompait guère : son livre parut enfin \ sous le titre de décla-