J.-L. Dupan écrit à M""" de Freudenreich, le 23 avril
« Il paraît un livre d'un nommé Roustan, fils d'un pauvre savetier français ; mais il est ministre et a du talent pour écrire, par conséquent il est orgueilleux et brutal comme sont ordinairement ceux qui n'ont ni naissance ni richesse. 11 défend la religion contre ce qu'a dit R. qu'on ne pouvait pas être chrétien et citoyen en même temps, mais il préfère R. au christianisme; car, si son ouvrage avait déplu à R., il aurait laissé le christianisme sans défense. Il le dit ainsi. Il critique Voltaire peu honnêtement sur ce qu'il a dit des quatre siècles ou âges brillants par les arts. 11 y a un discours pour Berne sur la réforme des mœurs. Cet auteur écrit avec force, mais il a beaucoup de dureté, trop de déclamation, et il ne brille pas par la justesse du raisonnement. Quand vous entendrez un homme déclamer contre les riches et les grands, prêcher l'égalité dos conditions et ne trouver de bon gouvernement ([ue la démocratie, vous pouvez dire sans vous trouiper que cet homme est pauvre et de basse naissance. » (Mss. du château de Monnaz.)
ROUSSEAU KT J.-R. THONCIHN 229
Négatifs conservent leur imperturbable oplimisine. Ils restent persuades ([ue l'ouvrage (1(ï Tronchin et la dernière Rrponsc, nux Keprésenlations ont mis liii ji Tairaire'. Ils n'attachent aucune signilicatiou à Fiiicident (^ovelle. Ils croient à l'apaisement parce qu'ils le souhaitent, continuent à s'en réjouir en se congratulant les uns les autres de la victoire qu'ils se décernent. Quant aux Représentants, méthodiques, persévérants, ils poursuivent avec lenteur leur lourde réponse, résolus à compenser par le travail le « génie » dont ils sont dépourvus. Au commencement d'août, leurs principaux chefs s'en vont à Thonon, pour rencontrer Rousseau, et prendre ses avis. Jean-Jacques, de son côté, s'y rend en rechignant et se plaignant d'une sciatique. Il a posé ses conditions, exigeant de n'être u point gêné dans sa manière de vivre », et que ses amis n'amènent pas leurs femmes'. Kn « voyant de loin les clochers de Genève », il s'est « surpris à soupirer aussi lâchement, dit-il, que j'aurais fait jadis pour une pertide maîtresse-^ ». 11 a d'ailleurs son idée de derrière la tête, qui est de ne rien dire à ses amis, qu'il n'aimeguère; il n'en démord pas. Eux, qui ne pensent qu'à leur affaire, commencent à lui en parler dès qu'ils l'aperçoivent. Il leur ferme la bouche aux premiers mots : « Je ne veux penser à rien de sérieux, entendre ni dire un seul mot d'affaire''. » Telle est son autorité sur eux, qu'ils se plient à ce
1. Memorie recondile^ de Jean Cramer, à Tannée 1763, fol. I. Bibliotlièque de Genève, mss. Cramer.
2. Correspondance, éd. Hachclte, DLI (à d'Yvernois, 1"" avril 1164).