‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 17 sur 200 · Hibliothèque de (jeiiève · texte numérisé non relu

Hibliothèque de (jeiiève

2i l'affaire J.-J. ROUSSEAU

Tordre ; le bruit lui déplaît. Lorsque Keate, un des aaiis de Voltaire, s'avise de publier un livre sur Genève ', il en éprouve aussitôt quelque inquiétude et adresse à l'auteur une lettre qui le peint mieux encore que le portrait de Juel :

« ... Vous serés peut-être surpris, mon vertueux ami, si je vous dis, que je préféreroisque nous fussions moins célébrés et par conséquent moins connus, moins étudiés et moins vantés. Notre bonheur est immense et il pourroit exciter l'envie des nations qui n'en jouissent pas. Nofre politique doit consister àsçavoir le savourer dans le silence, et notre devoir le plus élémentaire doit être d'en rapporter la conservation à cette Providence adorable qui nous a aimés en nous faisant petits, et qui nous a protégés depuis plusieurs siècles contre les entreprises du dehors, et contre les mouvements du dedans. J'aimerois à comparer notre république à une république d'abeilles qui a établi sa demeure dans une retraite obscure et à Tabri des curieux. Mais voilà qu'un observateur attentif et pénétrant nous est venu dénicher, et tout de suite s'est empressé à donner au public l'histoire de la petite république. Quelques mouches, trop philosophes sans doute, se sont plaintes là-dessus et ont craint pour leur cire et pour leur miel. On a taché de les rassurer en leur promettant que cet écrivain qui leur a fait un honneur auquel elles n'aspiroient point, ne donneroit pas une seconde édition de son livre-. »

Voilà l'homme : il craint tôt pour sa cire et pour son miel; l'organisation actuelle du monde, avec sa hiérarchie sociale et théologique, lui paraissant favorable à leur conservation, il préfère qu'on ne la discute pas. D'ailleurs, il règle surcette

1. A short account of Geneva, Londres, in-12, 1764, trad. frano. par Lorovich, id. in-S", 1774.

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