o\v la fin de la Troisième Partie, p. 27o
2. « O mes concitoyens, apprenez enfin à être lienreux. Et on est le bonheur sans la paix ? Travaillez pour la postérité, que vos leçons et votre exemi)le inspirent à vos enfans le res|)ecf et l'obéissance qu'ils doivent à leurs maj^istrats. Arrachez de leurs cœurs,
en esl lenis encore, ces germes de défiance qui empoisonnent
source de leurs félicités. Gravez profondément dans l'esprit de
jeunesse qui devroit hélas, faire notre espérance, ce principe
incontestable que l'abus de la liberté conduit tôt ou tard à la perte
de la liberté. Dites-leur souvent, qu'il est de la dignité d'un homme
Que pouvait un tel ouvrage sur des esprits enflammés par Téloquence d'Emile et des Lettres de la montagne? sur des combattants excités par les succès achetés chèrement, qui voyaient grossir leurs rangs, escomptaient déjà la victoire, n'entendaient perdre aucun de ses fruits? Pourtant, tel était l'aveuglement des Négatifs et leur incurable optimisme, telle était leur béate satisfaction d'eux-mêmes, de leurs œuvres, de leurs pensées, de leur parti, qu'ils se congratulèrent encore de cette piteuse réponse, comme ils se congratulaient à chacun de leurs désastreux retours ollensifs. En envoyant les Lettres populaires à Albert de Haller, le 26 mars, Bonnet écrit avec cette gravité sereine qui ne s'aperçoit jamais d'aucun échec : « Les lettres et autres écrits éclairent peu à peu les esprits et les préparent à la réponse du Conseil. — 11 est certain que le parti des mécontens perd du terrain. Une chose y contribue plus encore que cet écrit : la Cour de France a commencé à s'expliquer sur nos divisions. J'étois samedi chez M. de Montpéroux, résident de France auprès de nous. Il s'empressa à me communiquer une lettre qu'il avoit reçue le même jour du duc de Praslin, et qui portoit en substance que le roi ordonnoit à son résident de déclarer de sa part au magistrat QÏ àw^ principaux chefs de T opposition que Sa Majesté ne verroit point d'un œil tranquille qu'on portât la moindre atteinte à la médiation
libre de se soumettre à l'ordre. Qu'ils apprennent, à ne pas confondre la liberté avec l'autorité, à distinguer la raison de la prévention, et l'amour de la patrie de l'esprit de parti. » — S?///e des lef/i es populaires, ïjr pne.
POLÉMIQUES UIO GKiNKVi:. TROUIILES \)K MOIll l'.S i'.l.l
l'aile pour assurer la trauquillile et la liberté publique'. >' — Là-dessus, Bonnet regrette que l(;s «bons et lidèles alliés de /uricli el de lierne » n'aient point l'ait une déinarelie analogue. Il revient sur cette idée dans une nouvelle lettre, du G avril : «... Serait-il dit que parmi les Puissances médiatrices la France seralaseulequi paroisse s'intéresser à nos maux? » Et encore: « Seroit-il d'une bonne polifique de laisser la France en possession de nous donner des marques de sa bienveillance séparément à nos alliés les plus anciens et les plusnaturels^? » — Peut-on rien imaginer qui révèle mieux la démoralisation des Négatifs que ce vœu d'une intervention des Puissances médiatrices, exprimé si crûment, dans une lettre dont le destinataire est en situation d'aider à le réaliser? Le point de vue de Bonnet est facile à comprendre : il voudrait engager Berne et Zurich dans raiïaire, parce qu'il craint que son pays se trouve livré à la France, dont les (îénevois redoutaient l'appétit ; et pourtant, l'immixtion même du Gouvernement français commence à sembler à beaucoup moins redoutable que la continuation des désordres. On se rappelle que les visites imprudentes des principaux Représentants au résident avaient un instant menacé leur popularité naissante, en inquiétant un peuple jaloux de son indépendance, toujours inquiet de la sentir menacée. Le parti du Gouvernement avait alors exploité cette fausse manœuvre avec une adresse qui était en même temps de la dignité. Voici mainte-
1. Mss. (le l;i Bil)li()llu''((iio de Tienèvo. Copie de lettres.