Ijiblioff. Uivuire, n" S15 et
syndic Jean Cramer, bon esprit pourtant, doué d'un sens politique assez lin ; le conseiller déchargé Jean-Louis Dupan, plus alerte, comme nous en avons pu juger, quand il écrit aux Freudenreich les lettres pittoresques et piquantes que nous connaissons; sans doute d'autres encore. On ne réussit jamais plus mal que lorsqu'on se réunit à plusieurs pour une besogne qui doit être avant tout personnelle. Mais ces hommes étaient hantés par la Réponse aux Lettres écrites de la campagne. Ils la considéraient comme le plus dangereux des pamphlets dirigés contre le (Touvernement : ils s'efforcèrent donc d'en imiter le ton pédantesque, l'aridité, la sécheresse, sans voir que toute sa force venait en réalité des Lettres écrites de la montagne : le lourd canon démodé, rouillé, lent à manœuvrer, avait trouvé la brèche ouverte; c'est pourquoi ses boulets portèrent.
Il n'y a guère que deux pages à conserver, dans cet épais volume : l'appel adressé, en guise de préface, « aux citoyens et bourgeois de la ville et république de Genève ». On y sent comme une émotion concentrée et suppliante qui en relève l'accent. On y devine l'inquiétude, l'angoisse, presque le désespoir d'hommes sincères, attachés à des institutions qui ont fait la grandeur de leur patrie et qui, croient-ils, en a^surent encore les destinées'. Soutenus longtemps à la direction des affaires publiques.
1. « ... Si les plus éclairés d'entre vous apportent dans la lecture de ces lettres autant d'impartialité, autant de travail, autant d'attention que celui qui les a écrites, je ne doute pas que nous ne soyons bientôt réunis dans les mêmes sentiments.
« Rempli d'amour pour la patrie, de respect pour la Constitu-
l'OIJOMlnUKS DK C.KNÈVi:. TROUBLES DK MOTIEKS .'{09
Ils seiiioni qu'olli» valourooluippcr, sans comprendre |)arquol lent travail lU\ (Josagrégation leurautorité a été niinéo; ils onl conscience de n'avoir rien l'ait pour démériter de la conliance générale, et ils en appellent de l'injustice de leurs adv(;rsaires à leurs ad ministres et à leurs commettants, — comme si ceuxci pouvaient encore les entendie ! Ils ne veulent pas admettre que les institutions s'usent comme toutes choses, qu'il y a dans les événements qui les emportent un signe fatal, comme dans les jeux des forces naturelhis que ni raisonnements ni lamentations ne sauraient arrêter. Et ils croient faire un Ixd ouvrage en expliquant le vrai sens d'un édit qui n'en a déjà plus, ou en proclamant leur inaltérable amour d'une Constitution déjà plus qu'à moiti(^ renversée. — Presque éloquents, dans le lamenta du début, les écrivains unégatifs » iléchissent dès qu'ils entrent eu matière. La première lettre, extrêmement faible, témoigne déjà deleur inintelligence des faits et des circonstances : une épaisse sagesse ratiocinante parait seule l'inspirer, incapable de comprendre l'importance du trait qu'elle constate chez les adversaires et appelle avec une horreur sacrée r^/^M^^/.s/^^.s?;/^, reprenant ainsi le mot qu'avait employé J.-R. Tronchin dans son deuxième
tion el pour les ioix, il n'a cherché autre chose qu'à entendre l'édit et à ne s'en écarter jamais.
« Plus il a étiulié nos Ioix et plus il s'est convaincu qu'elles sont bonnes et que nous risquerions tout à les altérer.
« 11 faut qu'avec les sentimens de l'afTection, que doivent avoir réciproquement tous les enfans d'une même famille, nous n'employions jamais (jun In voye des éclaircissements et de la persuasion, pour nous réunir dans le vrai sens de nos Ioix. et pour maintenir constammeni notre heureuse Constitution. » P. 4 et o.)
Discours stir V esprit de partie Peut-être que ce cri d'elFroi mesure toute la distance qui sépare les deux camps, peut-être qu il explique ce qui fait la force de l'un et la faiblesse de l'autre: l'enthousiasme n'est point, comme le croient les Négatifs, un ferment corrupteur, ou un feu follet qui attire et trompe ; il est au contraire l'élément essentiel de la victoire, la sève de la jeunesse, la liqueur généreuse qui soutient ou ranime. C'est l'enthousiasme qui vivifie refTort des Représentants, et l'absence d'enthousiasme qui débilite celui des Négatifs. Ces hommes graves, froids, compassés, qui veulent des libertés mesurées et qu'on raisonne bien, n'ont pas plus la puissance de conserver qu'ils n'auraient celle d'acquérir. Satisfaits, gavés de dignités et d'argent, paresseux dans leurs l)elles(( campagnes », ils ont laissé leur énergie de caste se détendre dans une possession trop longue : leurs privilèges leur sont un fardeau; le régime qu'ils ont institué se meurt entre leurs mains ; ils ne sont plus capables que d'ergoter ou de gémir, et ce n'est pas avec ces deux verbes-là qu'on mène le monde. — Dans le fait, après avoir fait congrûment lapartdes soupirs oiseux, ils ouvrent toute grande la carrière aux raisonnements stériles. Ils définissent, distinguent, prouvent, réfutent interminablement. Ils reprennent l'un après l'autre tous les points de l'inter-
1. «... La liborté, dites-vous, est le proinior dos biens, le fondement de la jouissance de tous les autres. Mais par cela uièiue que ce bien est si précieux, on doit être de la plus jurande circonspection dans tout ce qui peut l'intéresser. On la souvent perdue par son attachement même pour elle, quand cet attachement porté jusqu'à l'enthousiasme a cessé d'être éclairé. » (P. ~.)
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niinahlc discussion, (|iii s'allon^M' do IjrocJnirc» en hrocliuri' cL (riirio jiiukm' à r.inlrc. ïls rc'îplifjiicnl phrnsc pour plii'.ise à la lirponsf^ on avançniil à poLits pas prudonls, comnio dos vioillards tont près do la mort qui partirai ont pour lo tour du mondo. Ils dononcontenso voilantla faco los << sopliisnes » dos adversaires, et les leurs ont un air suranné ([ui los condamne. Ils les multiplient, les alignent, les classent, les numérotent. Ils citent des textes do lois, les commentent, los pressent, los tordent avec dos cris effarés, on s'étonnant qu'on ne gobe pas toutes leurs paroles ou qu'on les taquine pour des bagatelles. Leur étonnement, naïf et comique, trouve parfois pour s'exprimer un ton presque amusant, qui trancbe un instant sur l'atlreuse monotonie et l'épouvantable platitude de leur écrit'. Puis, lorsqu'ils ont vidé leur carquois et tiré à côté du but leurs dernières flèches émoussées, ils reprennent pour conclure leur ton gémissant, ils recommencent à déplorer los malheurs do la république et la folie dos citoyens qui no se contentent pas de bien faire leurs alTaires et de jouir de la paix on abandonnant les soucis de l'État aux maoistrats'^.