‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 39 sur 200 · Il · texte numérisé non relu

Il

3. « Si, quand le peuple suffisamment Inlormé délibère, les cito3'ens n'avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites diiférences résulterait toujours la volonté générale, et la délibération serait toujours bonne. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dépens de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, et particulière par rapport à l'Etat ; on peut dire alors qu'il n'y a plus autant de votants que d'bommes, mais seulement autant que d'associations. Les ditléreuces deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général. Enfin, quand une de ces associations est si grande quelle remporte sur toutes les autres, vous n'avez plus pour résultat une somme de petites ditférences, mais une différence unique ; alors il n'y a plus de volonté générale, et l'avis qui l'emporte n'est qu'un avis particulier. » (11,3.)

LE « CONTRAT SOCTAI. » ET u ÉMILC » 03

cette (lislinction, il ne pinvienl i\nh henrlcr* rime contre l'autre ces deux lor'Ci^s (m'il ;i coinni(îri('(> par confondre, et (|iril ('onloiid (Hicore après n\()ir reconnu leur anlaji^onisme : piiis([u(i touten concédant que chacun n'aliène, par ce pacte social, que la partie de ses biens et de sa liberté « dont riisar/c importe à la commiinmfti' », il s'empi'esse de déclarer que (( le souverain <ei(l est jafje de cette importance ». C'est déjà riiltalisme, qui devait faire un si joli chemin dans le monde! — En poursuivani In. lecture de ce chapitre essentiel, on s'aperçoit que Rousseau s'épuise en elï'orts pour sortir de la contradiction où il s'est enfermé, sans arriver à faire mieux (^ue d'en répéter les termes, car, aussitôt qu'il a reconnu que « le pouvoir souverain ne passe ni

ne peut passer les bornes des conventions générales, et que tout homme peut disposer pleinement de c<» (fuilui a été laissé de ses biens et de sa li!jert(' paices conventions », — il en conclut tout simplement « que le souverain n'est jamais en droit de charp^er un sujet plus qu'un autre parce que, alors, l'alFaire devenant particulière, son pouvoir n'est pas compétent )). Ce qui revient ;i dire ([iie tout ce que le souverain doit aux individus, c'est l'égalité devant la loi; et que, pourvu qu'il n'opprime pas celui-ci plus durement que celui-là, et que son oppression soit revêtue des sanctions légales, il peut à son 'j:^vC': opprimer tout le monde. Achab eut à coup sûr le plus grand tort de s'emparer de la vigne de iXaboth ; mais, s'il avait fait main basse sur toutes les vignes de tous ses sujets, il eût été pleinement d'accord avec les doctrines de Rousseau : puisque le souve-

(Vt L AFFAIRE l.-J. ROUSSEAU

rain est seul juge de ce qu'il lui impoi^te de prendre ou de laisser aux citoyens. Ou, si l'on trouve cet exemple paradoxal, j'invoquerai celui de la loi du 22 prairial, qui suspendit les garanties judiciaires : comme elle les suspendait pour tous, et n'émanait pas d'un usurpateur, mais d'une assemblée qui représentait régulièrement la nation, il est évident que Rousseau l'aurait approuvée : son système n'admet pas qu'il puisse exister des lois entachées d'illégalité parce qu'elles méconnaissent les principes mêmes du droit; des lois coupables que la force peut maintenir, mais qu'aucune sanction pénale n'imposera jamais à la conscience ni à la raison; de mauvaises lois auxquelles on n'obéit qu'en les réprouvant. Je signale ce point sans le discuter, puisque je cherche seulement à marquer ici ce qui, dans le Contrat social^ dut inquiéter, irriter, exaspérer les membres du Petit Conseil de Genève. On ne peut guère s'étonner, pour employer le langage du temps, qu'ils aient frémi devant ces principes. D'autant plus qu'en maint passage, ces magistrats pouvaient reconnaître des allnsions très claires à leurs affaires ; en sorte que leur mécontentement général s'avivait de piqûres plus directes. Le chapitre De Fahiis (lu Gouvernement et de sa pente à dégénérer ', par exemple, semblait écrit exprès pour eux, puisque justement leur gourvernement s'était, selon le mot de Rousseau, <( resserré )> : c'est-à-dire qu'au lieu d'être l'expression de la u volonté générale », il n'était plus dans le <( grand Ktat ^» qu'un autre

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