IV
en parallèle avec celle de Venise K Ce parallèle môme ne voilaii-il pas un appel à la révolte adressé à ces natifs et à ces habitants exclus du pouvoir, qui bientôt devaient conquérir leurs droits à la faveur môme des troubles suscités par la condamnation du livre propice à leurs revendications? Sur ces points-là — qui étaient des points douloureux! — le Contrat social touchait Genève plus directement que les Etats où la démocratie n'avait encore rien conquis.
Il la touchait encore au vif par le fameux chapitre suvlaReligio?! civile\ Là, esquissant la théorie que Nietzsche devait développer plus tard, Rousseau s'applique à établir que « les vrais chrétiens sont faits pour être esclaves », et que leur religion, « sainte, sublime, véritable », n'est pas une religion sociale, puisque, «loin d'attacher les cœurs des citoyens à l'Etat, elle les en détache comme de toutes les choses de la terre ». Peut-on rien imaginer de plus mortifiant pour un Etat qui devait ses institutions, peut-être même son existence, à l'union civile et religieuse qu'avait réalisée Calvin? Peuton concevoir une condamnation plus formelle de cette union même ? Car il est évident que le christianisme, selon l'idée qu'en défendait Jean-Jacques, n'avait [)u devenir religion d'Etat, soutenir la répu-
1. « ... 11 est certain (iirôtant rextrême disparité tles deux républiques, la bourgeoisie de Genève représente exactement le patriciat vénitien ; nos natifs et habitants représentent les citadins et le peuple de Venise; nos paysans représentent les sujets do terre ferme; enfin, de quelque manière que Ton considère cette république, abstraction faite de sa grandeur, son gouvernement n'est pas plus aristocratique que le nôtre... » (IV. 3.)