‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 74 sur 200 · Piil). par Viridel.p · texte numérisé non relu

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paradoxale du Gouvernement et de la reliprion, regrettai l en somme que Rousseau l'eût écrit. Puis, passant « à un objet plus important », c'est-à-dire Tarrèt du Petit Conseil, il en recherchait les causes, et en distinguait trois : « l'une est l'engouement où Ton est de M. de Voltaire; la seconde, qu'on aura voulu faire sa cour à celle de Versailles, et l'on aura voulu, en troisième lieu, réparer par une démarche éclatante le mal que M. d'Alembert peut nous avoir fait par l'article Genève du Dictionnaù^e philosophique ». Il examinait ensuite de plus près ces trois motifs, et les trouvait également discutables.

Qu'il fussent tels, c'est évident. Mais étaient-ils? avaient-ils vraiment, comme Pictet le crut, comme De Luc le fit croire, guidé la décision du Petit Conseil ?

Le troisième ne supporte pas l'examen : l'idée de réfuter d'Alembert en frappant l'écrivain qui s'était fait contre lui le champion des mœurs, des traditions, du gouvernement de la patrie, ne put effleurer l'esprit d'aucun des magistrats avisés qui présidaient aux destinées de la république. Quant aux deux autres, la fausseté en étant moins apparente, il faut les examiner de plus près. Pendant longtemps, en effet, la voix publique a rendu Voltaire et le Gouvernement français responsables de l'arrôt. Certains critiques genevois du siècle dernier l'aftlrmaient encore, sans autres preuves que l'allégation du colonel Pictet, qui prenait à leurs yeux une valeur documentaire. Gaberel, par exemple, est persuadé que le Conseil crut accomplir « un acte de

boiiiK^ |)oliti(Hie, uno chose agr(5ubl(î à M. (1(! (^Iioiscul en imilant la eondnile du pMi'Ierneiit irançais » ; il ;i joule : « Celle idée esl saisie avec Iransporls par un certain nonibredema^^islratsamisde Voltaire, comniensanx de P'erney, qni détestent Jean-Jacques et craij^-nent fort ses principes politiques ^ » M. l^]rnest Navilie, plus catégorique encore, nflirme que « cet acte avait été accompli sous l'inlluence assez évidente du Gouvernement français; et ce qui est bien pire, il avait été accompli, par ([uelques-uns au moins, dans Tintenlion de servir les intérêts et les passions de Voltaire- ».

La question de Tintervention ou de la pression du Gouvernement français peut être facilement éclaircie :

Il est fort naturel qu'elle se soit posée dans Tesprit des contemporains. La France, exerçait alors, sur les affaires de Genève, une espèce de tutelle, par l'intermédiaire d'un résident^. Ce résident, le baron de Montpéroux, était en fonctions depuis 1750. Il connaissait bien la petite République. Il avait une certaine sympathie pour les Genevois, qu'il observait avec intérêt et intelligence : ses dépêches montrent qu'il comprit assez bien le sens de leurs agitations. Genève, de son côté, était représentée à la cour de Versailles par M. Sellon. Comme le

1. Rousseau cl lea Genevois, in-12, Genève el Paris, 1858, p. 40. — On se rappelle que le décret ne fut pas voté par « un certain nombre » de conseillers, mais à la presque unanimité.

2. Œuvres inédiles de J.-J. Rousseau, compte rendu dans la RibUolhèque universelle, avril et mai 1862, p. 21-22 du tirage à part.

3. Voir L. Sordet. Ilisloire des re'sidenls de France à Genève. — In-8, Genève.

remarque très justement M. Maugras^, il est évident que, si le Gouvernement français avait exercé quelque pression sur le Gouvernement genevois, il resterait des traces de ces tentatives dans les correspondances diplomatiques de leurs agents. Or, les lettres de Sellon, oij il est parle des ouvrages incriminés et de leur condamnation à Paris et à Genève, non plus que les Extraits des Registres du Petit Conseil qui relatent la lecture de ces lettres et précisent le sens des réponses qu'on décidait d'y faire, ne renferment pas un mot qui confirme ou appuie cette supposition. Sans doute, ces documents- établissent que le Petit Conseil et son envoyé ne sont pas sans inquiétude : le duc de Choiseul doit être fort mécontent; le Gouvernement français pourrait garder rancune à la République d'avoir produit un écrivain aussi subversif, et en concevoir des préjugés contre les institutions ou le renom de Genève. Mais il n'y a rien de plus-\ Si l'on consulte la correspondance de Montpéroux

■1. Voltaire el J.-J. Rousseau, p. 222-223.

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