I.A r.()NF)AMNATION
;ni\ Arc'Ilivos des AH'jiirc.s rîli'i«ni»'('!ros, le rnsiillal osl aussi ué^alil'. Scis Icllres ('(al)lisH(»nl qiKi l(^ r('si(l(*nt s'inloressîiil h raM'aij'o, (jii'il la suivait (](; près, quo pouL-iMrc il on prosseulil ([U('l(juos consoquoncos ; elles élahlisseul, aussi, jusqu'à Tévi-
inrnt <4f''ncvois sf nionirc un pou plal, surtout en roniant en quol(|ue sorlo \c citoyf'n dont il a,vîiit accueilli, pfMi d'annôes auparavant, la rcniréc avec tant de, facilités et de plaisir, pour ne rien dire de plus. Sellon répond, le l*"" juillet, qu'il s'est acquitté de sa counnission, en ajoutant qu'il s'appliquera à «détruire les impressions qui pourraient naître sur de tels ouvrages sortis de la plume d'un do nos citoj'ens. Le peu de séjour ({u'il a f.iit dans sa patrie (>st assez connu pour qu'on ne le soupçonne pas d'y avoir puisé les sentiments qui viennent d'y être condanmés et (pie l'on ne peut voir sans peine réunis à autant de talents supérieurs. » (/c/., 23.)
1. AI. Frédéric IJarbey, qui prépare un ouvi'aoe sur les résidents de P'rance à Genève, a eu l'oblif^eance de faire ces recherches à mon intention. Je lui en exprime ici tous mes remerciements. — Donc, le 14 juin, le résident écrit à son ministre :
« ... Le Conlvnl social et le Traité de VEducalion de .l.-J. Rousseau font grand ])ruict icy, Monseigneur. On regarde ces deux ouvrages comme très dangereux, et le Conseil a fait enlever le peu d'exemplaires que les libraires en avoient receuz et a nommé des commissaires pour examiner et rendre compte de ces ouvrages. Si la voix publique est écoutée, ils seront condamnés avec satisfaction. » (Genève, vol. LXIX, fol. 122.) Deux autres lettres, du 19 juin et du 12 juillet, établissent que Montpéroux suivait l'attaire avec intérêt; mais la dernière montre juqu'à l'évidence qu'il n'y eut pas trace d'ingérence française dans le procès :
« A Genève, le 19 juin 17(i2.
« Monseigneur,
« Le Conseil s'est occupé hier et ce matin des deux ouvrages de Rousseau ; im de ses membres m'écrit dans le moment que sur le compt(; qui en avait été rendu par les commissaires nommés pour examiner ces ouvrages, le (^onseil les avait condamnés à être brûlés; ce jugement sera exécuté ce matin même. Si ces iMessieurs vont plus loin, j'en serai également informé. Ces ouvrages, Monseigneur, ont excité une indignation générale. Je suis..., etc.
MONTPKHOUX.
« P. -S. — Dans ce moment, le Conseil m'envoie le même conseiller qui m'avait écrit ce matin pour me communiquer les qualifications de son arrêt. 11 condamne le Traité (sic) social et le
denco, qu'il n'en avait pas pris l'initiative; et son 1 ministre, quand il lui répond, ne fait aucune allusion à l'incident. Supposer donc que le Petit Conseil agit sous la pression de ses propres craintes, pour prévenir un désir que le Gouvernement français
Traité de l'Education comme téméraires, scandaleux, impies, tendant à détruire la religion chrétienne et tous gouvernements.
« Si l'auteur venait à Genève ou sur son territoire, il a été décidé qu'il serait arrêté et conduit dans les prisons.
« M. Sellon a ordre. Monseigneur, de vous rendre compte de tous ces détails.
« AIONTPÉROUX. »
(Aff. étr., Genève, vol. LXIX, fol. 123.) Et la lettre suivante :
« A Genève, le 12 juillet 17lj"2 Monseigneur,
« Le jugement qui a été rendu contre Rousseau pourra avoir des suites que le Conseil ne prévoyait pas. On a répandu ici une lettre, où Ton fait une critique très légère des ouvrages qui ont été flétris, mais Ton y condamne sans ménagement la conduite du Conseil. On l'accuse d'avoir eu principalement en vue de plaire à la France et de s'être laissé entraîner par le parti que l'on suppose que M. de Voltaire s'est fait dans cette ville. On prend de là occasion, Monseigneur, de faire la censure la plus vive de quelques ouvrages de cet auteur et de blâmer la complaisance du Conseil de les laisser imprimer sous ses yeux, quoique plus dangereux encore que ceux de Rousseau. Cette lettre a été déférée au Conseil par le procureur général. On y a fait deux réponses où l'auteur est traité avec une hauteur insultante: on y ménage ny les expressions les plus humiliantes ny les injures grossières. On soupçonne un citoyen attaché à M. de Voltaire d'être l'auteur de Tune de ces lettres; il insiste sur les services rendus à la République par M. de Voltaire et sur l'honneur qu'elle a de posséder un aussy grand homme.
« Je sais, Monseigneur, que plusieurs membres du Conseil sont très offensés qu'on impose à la République un devoir de reconnaissance pour des services qu'elle n'a pas reçus, ny pu recevoir Plusieurs personnes travaillent, pour venger Rousseau, à rassembler tout ce qui leur paraît attaquer la religion dans les ouvrages de M. de Voltaire et veulent déférer ces extraits au Conseil et demander qu'ils soient condamnés et flétris. Je suis informé que l'on est occupé à empêcher les ennemis de cet auteur de faire cette démarche qui embarrasserait beaucoup le magistrat et le for-
ii'avail pas même exprim(', ou poui' délruiifî une im[)rcssion qu'il présumait délavorable, c'est lui prêter une lâcheté dont il n'existe aucune preuve, le juger sur des intentions qui n'ont laissé aucune trace, lui faire un de ces procès (\i\ tendances qu'on n'a pas plus le droit d'intenter à un corps politi(|ue ([u'à un par'ticulier.
(Jue faut-il penser du troisième des motifs indiqués par le colonel Pictet, — « l'engouement où l'on est de M. de Voltaire », — qui supposerait une intervention, au moins indirecte, de Voltaire ou de ses amis les plus zélés?
On sait que les relations des deux écrivains étaient alors fort tendues : il n'y a pas place pour deux soleils dans le royaume des lettres. Le récit de leurs démêlés a été trop souvent et trop bien fait ^ pour que je songe à le reprendre ici. Je rappellerai pourtant que, si Rousseau se croyait l'objet de la haine et des intrigues de son grand rival, ce n'était pas sans quelque raison. Voltaire ne manquait aucune occasion de parler de lui dans les termes les plus désobligeants ;des amis officieux lui rapportaient ces propos, qui s'envenimaient encore en passant de bouche en bouche : le
cerait peut-être à sévir contre un étranger après avoir condamn*' un citoyen.
« Voilà, Monseigneur, où les choses en sont à présent. J'aurais eu l'honneur de vous envoyer ces lettres si elles n'étaient aussi longues que peu intéressantes, cependant, au premier ordre, je les ferai copier.
« Rousseau est à Yverdon ; on dit icy que le Conseil de Berne a défendu que l'on débitât ses ouvrages. Je suis..., etc. » (Aif. étr.. LXIX* vol., 127.)
1. Entre autres, par Savons. Gaberel. Desnoiresterres. Maugras, ouvrages cités.
portefeuille de Neuchàtel est rempli de dénonciations qui signalent à l'exilé de Motiers, pauvre et persécuté, les ironies perfides ou injurieuses du seigneur de Ferney. M. Maugras a dépensé beaucoup de talent et d'érudition pour donner le beau rôle à celui-ci. Tâche ingrate ! Rousseau, du moins, est franc à l'attaque, s'avance à visage découvert, évite même de s'en prendre à la personne de son adversaire. L'autre, au contraire, se cache sous l'anonyme, désavoue ses calomnies, recourt à des procédés dont la mesquinerie nous stupéfie, en attendant — quand paraîtra le Sentiment des citoyens — que leur bassesse nous révolte. Je n'en citerai qu'un exemple. En 1763, une certaine M""' de Beaugrand voulut exprimer son admiration à Rousseau. Ignorant son adresse, comme elle le lui raconta ensuite^, elle envoya sa lettre à Voltaire, en le priant, « avec l'assurance de cette probité commune à tous les honnêtes gens'-' », de la faire tenir à Jean-Jacques. Voltaire garda la lettre, et lui envoya le Sermon des Cinquante. Etonnée de la singularité d'une telle réponse, ne reconnaissant point dans cet écrit l'auteur qu'elle admirait, M""" de Beaugrand récrivit à Rousseau, dont elle avait entre temps découvert le séjour. Rousseau répondit aussitôt qu'il n'avait jamais rien reçu d'elle, en s'étonnant d'ailleurs qu'elle eût choisi pour intermédiaire avec lui le u chef de ses persécuteurs-S). Stupéfaite et indignée, la bonne dame