‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 88 sur 200 · Le 13 juillet. Mss. de Neiicliàtel · texte numérisé non relu

Le 13 juillet. Mss. de Neiicliàtel

2. Publiée par Streckeisen-Moultou, (Euvres et CovvespondcuH^e niédites de J.-J. Rousseau, p. 394-96.

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avec de braves gens : Dupeyrou, le millionnaiie neuchàtelois, un peu parvenu, mais si dévoue, si fidèle! le colonel de Pury, beau-père de Dupeyrou, qui remmène quelquefois dans sa jolie campagne de Ghamp-du-Moulin, à l'autre extrémité de la vallée ; le procureur général d'Yvernois, parent de son ami le négociant de Genève et son voisin au prieuré Saint-Pierre, dont la charmante fille, Isabelle, l'appelle a papa », l'écoute avec dévotion, lui enseigne à faire des lacets. Sa présence enorgueillit et réjouit ce petit monde, qui regarde, bouche bée, descendre devant sa modeste porte des étrangers de distinction: Tissot, déjà célèbre, Sautersheim, dont on ignore les frasques, toute sorte de gens titrés. On le tient pour un saint, pour un dieu. On ne comprend rien aux colères qu'il suscite au loin. Bien qu'on soit pieux et sévère, on accepte ses explications sur son ménage, et Thérèse pour un modèle de gouvernante, à qui l'on témoigne mille égards. C'est une vie tranquille et charmante. Or, Marcet a des arrièrepensées qui peuvent mener loin. Dans sa lettre du 13, à la suitedu projet de « requête » annexé au projet de « procuration », il a ajouté ces deux lignes suggestives : « Si le Conseil accorde la demande tant mieux, s'il la refuse tant mieux encore, c'est un grief bien grave de plus. » Voilà qui montre clairemen! que, dans la pensée de cet ami un peu exigeant, il s'agit moins de redresser l'injustice dont Rousseau est la victime, que de mettre en faute le Petit Conseil, le plus lourdement possible, afin de mieux l'attaquer : c'est de la politique! Et Rousseau hésite à descendre dans cette 2:alère. Que ses

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amis ciilronl ou cjunpafiiio pour lui, c/esi parlail; mais il voudiail rester eu delioi's d(; la môlée. A moins (ju'il ne médite do coiiduiro son ud'airo comme il rontond, sans s'inquiotei* dos avis du tiers et du (juart. VA c'est peut-être bien le cas : ses lettres ne disent rien de ses desseins; elles indiquent seulement qu'il on a '.

L'attitude expectanto de Housseau décevait ses partisans, pressés d'agir. En attendant mieux^ ils esquissèrent un mouvement offensif contrôle procureur général Tronchin. Ce magistrat, élu pour li'ois ans, arrivait en novembre au terme de son mandat, renouvelable par le Conseil général -. Les mécontents s'etîorcèrent de l'éliminer. Il semblait dil'licile de le rendre responsable d'un arrêt dont la partie la plus contestable était contraire à ses conclusions; mais les partis n'y regardent pas de si près : quels que soient leurs programmes, ils cherchent moins à régler leur conduite selon la vérité dont ils se réclament, qu'à s'assurer des avantages, fût-ce à ses dépens. On avait, du reste, d'autres griefs contre lui : on lui reprochait « ses liaisons avec Voltaire, sa dépense et ses belles maisons'^». En vérité, il était de ceux que leur élévation même désigne aux coups ; et il les bravait avec une tranquille énergie. Il dédaigna de se justifier d'aucune des calomnies qu'on ne manqua

1. Voir entre autres, celles au colonel Pictet, du "23 septembre [Covresp. CGGXGIV) ;et à Moultou du 15 noveinbre(W., CGCCVlir.

2. Tableau his/orique et po/llitjue des rérolii/inns de irenèce, p. 1 Si- 185.

3. J.-L. Dupan aux Kreudenrelcli, arcli. du château de Monnaz.

pas de débiter contre lui. Il répondait simplement « à ceux qui voulaient l'exclure que s'ils avaient dessein de donner un pareil exemple ils ne pouvaient pas mieux choisir, parce qu'il n'y avait personne qui supportât son exclusion avec plus de sang-froid et d'indiiïérence^ ». La cabale lui enleva quatre cents voix, mais il fut réélu. Les opposants affectèrent de considérer ce déchet comme un éclatant succès pour leur cause ; en ce temps-là, déjà, la tactique des partis dénaturait les faits pour en imposer en chantant victoire. De Luc, qui s'était mis en tête de ramener Rousseau à Genève, tâcha de lui présenter la chose sous cet aspect. Sans y réussird'ailleurs. Rousseau répondit assez sèchement que s'il n'y avait que quatre cents citoyens et bourgeois mécontents, l'on pouvait supposer que tous les autres étaient satisfaits; que, par conséquent, il n'avait rien à faire avec eux; qu'au surplus, il s'agissait moins de lui que d'eux-mêmes ; que son cas devait les etTrayer tous; et que s'ils ne s'en inquiétaient pas, il ne s'en soucierait, pour son compte, pas plus qu'eux^. Rousseau se montrait ici trop sévère pour ses défenseurs. Ils hésitaient, c'est vrai ; mais ils ne demandaient qu'à agir. Ils ne manquaient d'ailleurs aucune occasion d'afiirmer leurs revendications. Ainsi le Mercure de Hollande^ qui s'imprimait à Genève, ayant annoncé dans son numéro d'août que Jean-Jacques « ne

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