‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 96 sur 200 · JACQUES-FRANÇOIS DE LUC · texte numérisé non relu

JACQUES-FRANÇOIS DE LUC

Photographie de J. Lacroix, b'après un portrait de la Bibliollieque de Genève.

I. Promièrcidccdc l'abdicalioii. — La lettre au Premier syndic. — Ses eiïets. — La lettre à Marc (^happiiis. — Retraite de Moultou. — J.-F. De Luc, chef de parti. — IL Les trois prcuiièrcs /?epre.sen/alio7is. — Polémique avec Vernes. — Repvésenlanls et Négalifs.

La Lettre à Varclieveque, sur la couverture de laquelle, comme l'a remarqué M. Eugène Ritter, le titre de Citoyen de Genève faisait si bonne figure •, fut suivie à brève distance d'un acte retentissant : Rousseau renonça publiquement à ce titre même, dont il se parait avec fierté depuis qu'il l'avait revendiqué, et qui s'accordait si bien avec ses doctrines. Ce n'était point un coup de tète : au contraire, il exécutait ainsi une décision prise depuis longtemps, longuement mûrie. Peu de jours après la condamnation de ses ouvrages, il l'annonçait déjà à Marcet, on s'en souvient, en des termes catégoriques qui montrent l'importance qu'il attachait à ce dessein, les résultats qu'il en attendait. S'il en diflerait l'exécution, disait-il, c'était parce qu'il vou-

i. Jean-Jacques Rousseau et son Titre de citoyen de Genève^ dans VAlmanacli de la Suisse romande, de 1885, p. 58-7t5.

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lait choisir son heure ; et il recommandait à son vieil ami de lui garder, « sur ce projet, le plus profond secret^ ».

Marcet, fort attaché à sa patrie, s'efï'orça de l'en dissuader, en faisant appel à sa sagesse, en lui citant l'exemple de Tliémistocle, en lui démontrant que la république de Genève, par ses institutions, garantissait à ses citoyens des droits souvent méconnus en d'autres pays :

" ... Je conviens avec vous, mon cher ami, lui écrivait-il entre autres, que votre qualité de citoyen ne vous fait aucun bien, que vous n'en tirez aucun avantage. Je dirai plus : notre état politique est tout comme notre religion, c'est à chaque individu à se tirer d'affaire comme il pourra, soit l)our les besoins physiques, soit pour son talent. Pour les premiers les secours sont onéreux et pour l'autre on vous dit le mieux qu'on peut ce qu'il faut faire, et voilà tout.

« Mais ce qui m'en plaît de ma patrie, c'est que je suis très sûr qu'en me conformant aux lois, je ne crains rien de la part de qui que ce soit, ni qu'on puisse impunément me faire quelques torts sensibles. Il n'y est point question de pouvoir arbitraire, la haine des particuliers tourmente plus qu'elle fait de mal à qui en est l'objet. Je puis dire en conscience : ici les lions et les loups ont les dents bien émoussées- ».

Rousseau ne discuta j)as ces arguments, mais garda son idée avec Tobstination patiente qui était un des ti'aits de son caractère. On la voit pointer do temps en temps dans ses lettres. 11 l'exprime très nettement dans la lettre à Moultou, du 2 août, que nous avons citée plus haut. 11 lui répèle un mois

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