‹ L'affranchie: comédie en trois actesChapitre 90 sur 97 · ACTE III. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE V

veille de ton départ; je m'imaginais être encore près de toi ; je jouais, tu sais, Tair que nous aimons. (Elle joue depuis Tendroit qui est marqué sur la partition, page 62, 'lenty très calme et contemplatif, jusqu'à Charlotte et Werther paraissant à la porte du jardin. Pendant ce temps-là, Roger la* regarde, puis s'approchant, il lui touche doucement Vépaule en disant :)

ROGER

Arrêtez ! Ne vous fatiguez pas.

ANTONIA

Mais ça ne me fatigue pas. Pourquoi me dis-tu cela, chéri ?

ROGER

Parce que j'ai pitié de vous. Je pourrais vous laisser aller comme ça longtemps, et vous joueriez toute la partition; mais encore une fois j'ai pitié de vous.

ANTONIA, interdite.

Je... je... je ne comprends pas.

ROGER

Vous allez comprendre. Vous n'êtes pas seulement allée au Bois, pendant mon absence, près de notre petit lac mélancolique. N'êtes-vous pas allée aussi, 17, rue de Balzac ?

ANTONIA, se levant.

Oui, en effet, j'y suis allée.

Qu'y veniez-vous faire ?

ANTONIA

Je n'ai pas à répondre, du moment que vous m'avez fait suivre, espionner comme une domestique.

ROGER

Quand une femme telle que vous ment comme une mauvaise domestique, on a le droit, j'imagine, de la faire suivre.

ACTK III, SCÈNE V 205

ANTONIA

C'est un procédé que je ne qualifierai pas.

ROGER

Oui, je sais, je sais. 11 est entendu qu'un homme est une brute quand il agit envers une femme comme celte femme eût agi envers lui, dans des circonstances identiques, réciproques. Mais c'est fini, tout ça, c'est fini, il faut que ça change. D'ailleurs, je ne vous ai pas fait suivre, je répugne à ces moyens-là ; je n'ai pas eu besoin d'aller chercher la preuve de votre trahison : on est venu me l'apporter ; vous savez bien que les mauvaises nouvelles, tôt ou tard, viennent vous trouver sans qu'on se dérange. C'est Juliette, qui sort d'ici à l'instant même, qui a suivi Pierre et qui l'a vu entrer, 17, rue de Balzac, dans un appartement où vous êtes venue le rejoindre. (Un long silence.) Pourquoi avez-vous fait ça? Quand j'ai trouvé chez vous, la veille de mon départ, cette photographie de mon

ami et que vons m'avez raconté que c't^tait Juliette qui vous l'avait prêtée, vous avez fait un des mensonges classiques qu'aurait fait n'importe quelle femme dans cette circonstance. D'ailleurs, le fait d'avoir découvert chez vous uue photographie que vous dissimuliez, me metLait dans mon tort visà-vis de vous. Somme toute je prenais l'offensive, vous vous défendiez comme vous pouviez. Et qu'à ce momenl-là, vous m'ayez déclaré de vous-même que vous aimiez mon ami. on ne peut exiger ça d'une femme; vous étiez déjà trop compromise pour faire un tel aveu. Mais, quand je vous ai demandé de me dire si vous ne m'aimiez plus, pourquoi m'avez-vous fait des protestations passionnées? Pourquoi cette comédie et ce batelage?

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