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RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Dans un pays dont l’activité économique est subordonnée à lessor de l'agriculture, le problème de l’eau revêt une importance capitale, en raison du besoin d’assurer aux cultures, une irrigation pérenne, et de les soustraire aux caprices des conditions atmosphériques. À cet égard, l’étude hydrologique de l’Afrine présente un très vif intérêt, pour la mise en valeur des richesses naturelles du Nord-Ouest de la Syrie.

Au cours de cette étude, nous avons essayé de définir la physiographie du bassin drainé par la rivière, le régime de ses débits et leurs possibilités d’utilisätion.

Le bassin versant (2.850 km?), formé de basaltes, de roches vertes et de calcaires crayeux ou marneux, dessine une bande étroite de 19 km. de largeur moyenne, sur 150 km. de longueur. Son relief accentué, qui atteint 1.500 m. sur les crêtes périphériques, est sculpté par un réseau hydrographique ramifié, qui traduit une imperméabilité relative et la jeunesse de son évolution. Pentes des versants, forte déclivité des thalwegs, faible extension de la végétation, tous ces facteurs prédisposent l’Afrine à de violentes crues, brusques et rapides, dont le déversement dans les marais de l’'Amouk en aggrave l’inondation.

Le bassin de l’Afrine est régi par un climat qui emprunte au régime méditerranéen, ses précipitations discontinues, localisées entre décembre et avril (indice pluviométrique : 500 m/m) et suivies d’une saison sèche prolongée ; et au régime continental, ses écarts notables de température, dont la moyenne, assez élevée en été (29%), provoque une évaporation active. Des règles de prévision à longue échéance de la pluie et de la température moyenne ont pu être envisagées (fractions cumulées), dont la précision est accrue par l'emploi des courbes de reconnaissance de M. Labrouste.

Bien que la durée des observations hydrométriques soit encore assez réduite (1930-1938), dans le bassin de l’Afrine, et nous oblige à formuler Les

réserves les plus expresses, sur la valeur des moyennes obtenues (débit moyen 5,57 m8/s à Midanki, et 8,13 m3/s à Bassout), l'examen des niveaux et des débits enregistrés aux stations observées nous a permis de dégager les caractères généraux de l'écoulement : les variations saisonnières portent l'empreinte du régime pluvial méditerranéen ; les bas niveaux prédominent (292 jours par an) et réduisent, dans une très large mesure, les possibilités d'utilisation directe de l’Afrine (débits d’étiage moyens, en septembre : 0, 55 m$/s à Midanki, et 1,11 m8/s à Bassout) ; les crues, saccadées et de courte durée, se succèdent de décembre en avril, et leur valeur très inégale, suivant l'importance et la répartition des pluies, peut atteindre jusqu'à

400 mÿ}s.

L'analyse harmonique des niveaux, par la méthode de M.et Mme Labrouste, a révélé l'existence de composantes périodiques de 3, 4, 6, 8, 12 et 18 mois, ainsi que de composantes supérieures, en liaison avec les taches solaires ; leur évolution d’aval en amont (régime anaplymyrique) est en rapport avec la propagation de la pluie.

Les débits moyens écoulés varient dans une large mesure, d'année en année (rapport des extrêmes : 15) et leurs fluctuations au cours d’une mème année dénotent un degré d’irrégularité (Coutagne) assez élevé (n = 4, 7 à Midanki et 3, 6 à Bassout). Néanmoins le calcul des probabilités (loi de Gauss) permet d'instaurer une prévision approchée des débits exceptionnels (Q — 725 mê/s, une fois en 100 ans et Q — 1.550 m/s, une fois en 1.000 ans) : et l'étude de la fraction hydrométrique conduit à la prévision des débits mensuels.

L'examen des débits extrêmes de l'Afrine confirme le caractère torrentiel de son régime. Les crues, d’origine pluviale, dessinent un profil dissymétrique, à montée rapide et descente graduelle progressive ; leur vitesse de propagation peut atteindre 10 et 15 km/h, la genèse de leur formation et leur évolution sont en rapport avec la physiographie du bassin, le régime et la répartition des pluies. Leur prévision à brève échéance pourra être obtenue par l'emploi des graphiques udométriques, lorsque le réseau des pluviomètres aura été renforcé dans le bassin de l'Afrine.

L'analyse des courbes de décrue, par la méthode de M. Maillet (coefhicients de tarissement) a conduit à distinguer différentes phases dans le drainage des eaux infiltrées (circulation dans les fissures, évacuation, égouttement) ; elle a permis aussi d'organiser l'annonce des bas débits, en saison sèche, et d'estimer l'importance des réserves souterraines qui contribuent à l’alimentation de la rivière (près de la moitié du débit moyen annuel). Les capacités totales de rétention du bassin paraissent cependant réduites (36 millions de m® à Midanki et 60 millions à Bassout) ; les fluctuations des réserves suivent de près celles de la pluviosité annuelle, et les années de bas étiage en amènent un épuisement sensible.

La corrélation entre la pluie et le ruissellement a pu être précisée par la comparaison des composantes élémentaires des deux phénomènes : un parallélisme constant est observé entre les composantes homologues (retard des niveaux dû au ruissellement et à l’infiltration), avec une amplification des composantes de longue période et une atténuation des périodes courtes (sélectivité du sol).

L'évaporation hydrologique, représentée par une courbe en cloche (Coutagne), permet d'interpréter les variations du coefficient de ruissellement avec la pluviosité, et de fixer le minimum de la pluie annuelle susceptible de produire un écoulement (zéro de la pluie effective).

Le rôle de linfiltration varie dans les différentes formations lithologiques, suivant leur nature, leur degré de porosité ou leur fissuration. L'observation des sources de Katma et de Bassout (mécanisme d’émergence, régime de débit, salinité et température) et des essais de pompage aux puits d’Afrine et d’Azaz (vitesse de filtration), donnent un premier aperçu du comportement des eaux souterraines, dans le bassin de l’Afrine.

Mais la manifestation la plus saillante de la vie hydrologique de la rivière apparaît dans les inondations des marais de l’Amouk et l’influence qu'elle exerce sur l’évolution du relief.

Les débits de L'Afrine contribuent, dans une proportion de 28 à 420/,, aux inondations de lAmouk (22.000 ha); par ailleurs, le régime de remplissage et de vidange du lac et des marais, exerce un rôle modérateur sur l'évolution des débits : la comparaison des composantes de l’Afrine et du Kutchuk-Assi (déversoir du lac) accuse un retard d’un mois dans la propagation des crues, avec une atténuation des pointes ; le bilan du mouvement des eaux fait ressortir le taux de l’évaporation annuelle à 1.150 m/m, ce qui représente un débit moyen de 11 m/s, supérieur au débit propre de l’Afrine. (Dans les marais du Ghab, la présence d’une végétation touffue réduit ce taux à 750 m/m).

Enfin l’Afrine se présente comme un agent actif de la dynamique externe : les débits solides qu’il entraîne en dissolution, en suspension, par roulement ou par saltation, dénotent un coefficient moyen d’ablation du bassin versant de O0 m/m 08 par an. La salinité de ses eaux, mesurée au Pont Leeds, conduit à évaluer les substances dissoutes à 80.000 t. par an : les sédiments en suspension, jaugés par des prélèvements au bathomètre, représentent près de 90.000 mÿ ; enfin les transports de graviers ont été observés par l'installation de «bacs-pièges », et leur volume, caleulé suivant les récentes méthodes du Laboratoire de Zurich porte le charriage annuel de la rivière à 200.009 m3; ce chiffre est confirmé par l’alluvionnement annuel du delta de l'Afrine, et par la mesure de l’engravement de l’ancien barrage de Midanki.

S. Mazroux. 16

L’atterrissement de tous ces matériaux, dans les marais et le lac d'Antioche, en exhausse le fond, d'année en année : la durée du comblement du lac a été estimée à 1.500 ans environ. ;

Quelles sont les possibilités d'utilisation offertes par les débits de l'Afrine?

L'énergie hydraulique totale susceptible d’être produite peut être évaluée, en théorie, à 50.000 C.V. (courbe hydrodynamique) ; en territoire syrien, les secteurs de dérivation optimum s’échelonnent entre les confluents du Saboun Sou, du Yénigé et Bassout.

Mais, c’est à l'irrigation des cultures qu'il faudrait réserver le maximum des débits : la régularisation de leur régime nécessite, au premier abord, la création de barrages-réservoirs qui emmagasinent les crues et renforcent les débits d’étiage. Deux emplacements favorables ont été reconnus à eet effet, au voisinage des stations de Midanki et de Bassout : les volumes retenus atteindraient respectivement 40 et 62 millions de m?,avec des hauteurs de 39 et de 32 m. ; leur durée d’engravement paraît assez longue, de l’ordre de 350 à 500 années. Leur fonctionnement, de 1930 à 1938, eut permis de fournir en étiage, à l’ensemble des canaux de dérivation (évaporation déduite), un débit minimum de 4 m/s en année sèche, de 8 mÿ}s, en année moyenne et de 12 m$/s, en année pluvieuse.

Sur la base des assolements proposés et des besoins en eau des différentes cultures (module : 0,80 1/s par ha), l'irrigation serait étendue à 5.000, 10.000 ou 15.000 ha, suivant les années.

L'avantage d’un tel aménagement est manifeste, dans un programme de « bonification intégrale » de la vallée de l'Oronte : les retenues faites à l'amont, tout en régularisant les débits, réduiraient les inondations des marais de l'Amouk, et faciliteraient, dans une large mesure, le problème de leur assèchement. :

Peut-être même serait-on conduit, pour répondre aux besoin des industries dérivées de l’agriculture, à réserver une partie des débits de l’Afrine à la production de l'énergie (les déclivités offertes par ce bassin se prêtant mieux à la réalisation des chutes que le bassin de l’Oronte) ; ou encore, à créer dans les vallées affluentes, des réservoirs compensateurs, destinés à maintenir un juste équilibre entre les besoins de l’agriculture et de l’industrie.

Mais alors bien des questions d’ordre économique, législatif, démographique ou politique devront être envisagées : à côté des problèmes de géographie physique ou d’hydrologie, l'irrigation soulève des problèmes de géographie humaine, intimement liés à la structure complexe de la vie d’un pays. Il ne rentre pas, dans le cadre de cette étude, de les examiner.

Qu'il nous suflise simplement de rappeler qu’en Syrie, comme en Égypte,

aux Indes ou en Algérie, les crédits qui seraient engagés par l’État, dans les travaux d'irrigation, peuvent être récupérés, dans un avenir peut-être peu éloigné, par l'augmentation de la richesse générale et laccroissement de l’activité économique.

Les Romains nous ont laissé à cet égard, par les nombreux vestiges de leurs installations en Syrie, un exempl® que nous ne saurions trop méditer : aqueducs, barrages, canaux, foggaras, ete... toutes les ressources de leur technique avaient été mises en œuvre, pour accroître la productivité du pays. C’est en reprenant leur œuvre, interrompue au cours des siècles, avec des techniques nouvelles, adaptées à l’hydrologie particulière et aux ressources naturelles de chaque région, que la Syrie pourra renaître à sa prospérité antique.

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