‹ L'Afrine: Étude hydrologiqueChapitre 66 sur 149 · PROFIL ET ÉVOLUTION DES CRUES · texte numérisé non relu

PROFIL ET ÉVOLUTION DES CRUES

L'allure des profils réalisés par les crues, les individualise bien mieux encore que leur puissance ou leur débit. Une forme-aiguë ou aplatie traduit une croissance rapide ou progressive ; leur tracé parfois continu exprime la simplicité de l’averse qui les produit ; tandis que, plus souvent, la répartition capricieuse et saccadée des pluies dentelle l’onde de crue par des maxima adventifs. Ainsi le profil des crues représente «une image caractéristique du tempérament du cours d’eau ».

Les figures 52 et 53 reproduisent les profils de quelques crues de l’Afrine. Leur examen conduit à distinguer en général trois phases caractéristiques de l’écoulement. La première coïncide avec la période d'arrivée de la pluie : le limnimètre reste insensible aux premiers millimètres de pluie qui imbibent-le sol ; la deuxième dessine une montée rapide : c’est la phase du ruissellement, qui amène vers le collecteur les eaux des différents secteurs

1. Nous désignons, par là, la différence entre le niveau maximum atteint par la cruë et la cote initiale.

du bassin ; enfin le niveau décroît graduellement : c’est la phase de la décrue, caractérisée par le ressuyage tardif des secteurs les plus éloignés, et la relâche progressive des eaux infiltrées.

Un caractère commun à tous ces profilsest la raideur de la branche montante, qui accuse la rapidité d’ascension du plan d’eau, et une vitesse importante de ruissellement. Les crues atteignent leur maximum en l’espace d’un jour, ou même de quelques heures seulement. A la suite de grandes averses, l’Afrine se gonfle à vue d’æil, et ses flots impétueux déferlent en une vague écumeuse qui bondit en mugissant à travers la vallée ; en quelques heures le site est transformé : le niveau s’est élevé du bas étiage, aux plus hautes eaux.

Dans cette phase ascensionnelle, la montée est en général uniforme et rapide. La décrue des eaux s’opère d’une façon moins brusque, mais encore assez rapide à son début ; l’étale n’existe pour ainsi dire pas, car, aussitôt après le maximum, le niveau des eaux commence à baisser, aussi vite qu’il était monté, parfois même plus vite encore ; mais cette descente brutale s’adoucit bientôt et elle se prolonge par une décrue graduelle qui dure plusieurs jours.

Cependant, les montées ne se poursuivent pas toujours sur un rythme uniforme aussi simplifié ; l’interférence des flots des différents affluents peut engendrer dans une même crue, plusieurs phases de croissance rapides, alternant avec des mouvements ralentis ; de même, des précipitations saccadées peuvent hérisser le dessin de pointes successives, séparées par des baisses peu profondes.

Ainsi, l’allure des crues permet de reconnaître l'influence des différents facteurs du régime : les montées rapides, dues au ruissellement des eaux, sont favorisées par la déclivité des thalwegs, la dénudation du bassin versant et la configuration ramifiée du réseau hydrographique ; les crêtes pointues des profils sont dues à l’absence de toute retenue superficielle (zone d'épandage ou réservoir régulateur) ; enfin l’allure de la décrue est due au flot retardé des eaux infiltrées dont le cheminement, ralenti par les pertes de charge, entretient un drainage et une alimentation progressive.

La comparaison des profils obtenus à Midanki et à Bassout permet de suivre l’évolution des crues au cours de leur déplacement. Abstraction faite des pointes secondaires constatées à Bassout, et qui sont dues aux apports parfois discordants du Yénigé Sou, les graphiques présentent dans leur ensemble une allure semblable, avec un léger aplatissement à l’aval, une inclinaison moins raide de la branche montante et un arrondissement de la crête. Cette transformation traduit une diminution de la vitesse ascensionnelle ; car les débôrdements étalent sur le lit majeur et retardent, par l'infiltration et l'emmagasinement dans le lit, une fraction du débit ; de plus, la vallée s’élargit à mesure que l’on descend le cours de l’Afrine, et,"

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