VITESSE DE PROPAGATION
La vitesse de propagation des crues résulte de l’intervalle de temps écoulé entre la production du maximum, à deux échelles successives. Cette vitesse est généralement inférieure à celle du courant moyen ; mais elle s'accroît à mesure que la crue augmente, en raison de la valeur plus grande de la pente motrice.
Sur l’Afrine, l'analyse des crues enregistrées de 1930 à 1938 n’a pas permis de déterminer avec précision la loi de leur propagation entre Midanki et Bassout (distance 27 km.). En eflet, la présence du Yénigé Sou, dont les crues sont tantôt concordantes et tantôt décalées par rapport à celles de J’Atrine, provoque des perturbations dont il n’a été guère possible d’éliminer l'influence, à défaut d’observations suivies sur cet affluent.
A titre indicatif, nous avons noté simplement que les crues comprises entre 0 m. 50 et 1 m. à Midanki, présentent une vitesse moyenne de 3,5 km. à l'heure ; celles comprises entre 1 m. et 1 m. 50, une vitesse de 5 km./h.; celles comprises entre 1 m. 50 et 2 m., une vitesse de 9 km./h. ; et enfin les crues supérieures atteignent des vitesses de plus de 15 km./h. ; cette propagation rappelle celle des crues de l’Ardèche (15 km/h) et de la Haute- Garonne (13 km/h).
PRÉVISION DFS CRUES. ,
La comparaison des courbes de hauteur, relatives à des stations échelonnées le long d’un même cours d’eau, permet en général d'établir une courbe de prévision des crues, à brève échéance.
Si l’on met en effet en correspondance les montées de la crue, à deux stations (graphique des niveaux correspondants), on est généralement conduit à une relation permettant de connaître la montée à l’aval, en fonction de celle enregistrée à l’amont. C’est ainsi que Guillemain avait conclu, de l'observation d’un certain nombre de crues sur la Marne, à la Chaussée et à Damery, que la hauteur dans la seconde de ces localités était égale à la hauteur observée dans la première, multipliée par un coefficient compris entre 1 m. 20 et ! m. 25 [62].
Toutetois, en ce qui concerne l’Afrine, les points figuratifs des niveaux correspondants, à Midanki et à Bassont, Æ/,, et Hi se trouvent dispersés dans une zone dont la courbure est dirigée vers l’axe des /2,, pour les points
en crue, et vers l’axe des /1,, pour les points en décrue. Cette dispersion des points doit être attribuée à la présence du Yénigé Sou, et aussi à la transformation continuelle du lit aux deux stations ; car les phénomènes d'affouillement ou de comblement qui modifient la courbure du lit et la section du profil, exercent une influence sensible sur les niveaux. Cependant, avec la création du poste de Court Coulac sur le Yénigé Sou, il sera possible à l'avenir d'obtenir plus de précisions à ce sujet, et d’organiser une prévision rationnelle des crues, suivant la méthode graphique de M. Mazoyer ! ou en utilisant les réglettes transparentes de M. Bachet [1].
ReLarTioNs ENTRE LES PRÉCIPITATIONS ET LES CRUES.
Les crues de l’Afrine étant directement tribulaires des chutes pluviales, il serait utile de chercher à déterminer le débit maximum que peut engendrer une averse donnée, supposée uniformément répartie sur le bassin versant. L'intérêt de cette recherche est d’anticiper les prévisions de crues, de pouvoir les faire le plus longtemps à l’avance, d’abord en se basant sur les quantités d’eau tombées, puis, avec les progrès de la météorologie, lorsqu'on saura prévoir, les quantités d’eau susceptibles de tomber dans les jours suivants, en essayant de rattacher la prévision des crues aux prévisions pluviométrigques elles-mêmes.
Le problème qui se pose est de connaître, après la chute d’une quantité H de pluie, quelle portion va se rendre au cours d’eau et quelle crue maximum elle pourra y provoquer.
Or, la fraction ruisselante des averses varie sous l’influence de différents facteurs : la densité et la durée de la pluie, la nature, la pente, et l’état préalable du sol, la température et l’évaporation ; leur effet se manifeste par les variations du coefficient de ruissellement.
a) Coefficient de ruissellement :
Le coefficient de ruissellement À, que nous avons déjà défini (p. 68)
désigne le rapport de la masse d’eau débitée par la rivière à celle reçue par le bassin versant.
Toutes choses égales d’ailleurs, ce rapport augmente avec la hauteur totale et l'intensité de la pluie ; car, au delà d’une certaine limite de saturation, pour l'air et le sol, la perte par évaporation ou par infiltration ne s'accroît plus ou presque plus. Il est aussi d'autant plus élevé que la saturation préalable du sol est plus effective. Ainsi le coefficient d'écoulement de l’Afrine à Midanki a atteint 63 %, pour des pluies de 89 mm. reçues en saison pluvieuse (du 10 au 15 décembre 1935) par un sol déjà fortement imbibé ; tandis qu’une averse de 34 mm., enregistrée à Azaz, le 9 avril 1937, après une période de ressuyage prolongée, a donné lieu à un écoulement de 5 %, seulement.
Dans les bassins accidentés, ce coefficient est plus fort qu’en plaine, tant à cause du ruissellement plus rapide que de la température plus basse qui réduit
1. Annales des Ponts et Chaussées, 1890, 22 semestre, p. 441 ; et 1934, III, p. 409. S. Mazroux, 8
A4 — l’évaporation. Enfin une forte couverture végétale, et surtout boisée, peut atténuer le coefficient d'écoulement des petites crues, mais cet effet bienfaisant
s’amoindrit à mesure que les averses augmentent et il disparaît presque, lorsque le sol est préalablement saturé.