Précipitations et Évaporation
Le problème de l’évaporation peut être examiné à des points de vue multiples : au point de vue physique et physiologique, 1 aurait pour objet de déterminer les quantités d’eau évaporées, à la surface des lacs ou des marais, ou celles rendues par la transpiration des terres et la sudation des végétaux, en fonction de la température, de l'altitude, de l’état hygrométrique, ete. Au point de vue hydrologique, le problème consiste à rechercher les relations qui existent entre l’eau tombée et l’eau évaporée, en vue de déterminer, avec plus de précision, la part des précipitations qui profitent
à l’écoulement. Ainsi considéré, ce problème constitue le centre de gravité de toute l’hydrologie ; et ces dernières années, il a fait l’objet de remarquables études de A. Coutagne [9, 10. 12, 15] et J. Lugeon [53], dont nous
allons essayer d'appliquer les résultats au bassin de lAfrine.
Deux facteurs antagonistes exercent leur influence sur l’évaporation
a) la quantité d’eau qui tombe : plus il tombe d’eau, plus il s’en évapore, parce que plus grande est la quantité d’eau susceptible d’être évaporée :
b) les conditions qui favorisent lévaporation, qui sont d'autant moins favorables qu'il pleut davantage : plus 1l tombe d’eau, moins il s’en évapore, parce que l’évaporation est d’autant moins intense que l’airet le sol sont saturés d’eau.
ui [es Les |A Q |.
E > u) Pluviosite FiG. 68 a. — Figure de Coutagne.
Ces considérations ont amené Coutagne à représenter l’évaporation par une courbe en eloche asymptotique à l’axe des pluies, dont l’équation serait de E = Eoe-?? (P — Po)?
formule où E désigne l’évaporation totale au cours d’une année présentant une pluviosité P,
E,, le maximum que peut atteindre la quantité non ruisselante,
P,, la valeur de la pluviosité correspondante,
2, Un paramètre variable avec le bassin considéré.
Ainsi les coefficients E,, 7? et P, permettent de caractériser Févapora- Uion hydrologique d’un bassin et correspondent à ses conditions physiques géologiques et climatiques.
Coutagne a vérifié l'application de cette formule à de nombreux bassins,
ainsi qu'aux courbes d'écoulement établies par Keller, pour l'Europe Centrale, et par Baulig, pour l'Amérique du Nord :
Dans le Massif Central 1,000 En Europe Centrale | 0,725 au Nord 40€ parallèle! 1,125 Jj au Sud dul 40€ parallèle | 1,500 |
| Aux États-Unis
Dans le bassin de l’Afrine, si nous portons en abscisses, les précipitations annuelles, et en ordonnées, les déficits d'écoulement observés durant les différentes années, les points obtenus sont assez rapprochés de ceux d’ une courbe en cloche dont les paramètres seraient :
Courbes de levsporetion bycrologt
/ Afrire © Mobrki
um S —
Evaporation E enm/m
El Ni \ \
Precpitation Pen mim
lAfrire à Psssout
ci LA
Evaporalion Een mm
741 À — tation Pen EN 100 20 50 200 FETE 600 700 800 900
Le Aars Sou
F1G. 67. — Courbes de l’'évaporation hydrologique.
3 Du idanki, E, = 0,503 Pi 079 4 =1,88 à Bassout, E, — 0,538 P5—'0;729 À = 2,12
Les écarts présentés par les points figuratifs des années 1935-36 et 1937-38 (fig. 67) semblent provenir de la généralisation faite à tout le bassin de l’Afrine, du module pluviométrique observé à Azaz, car à en juger par la distribution des courbes isohyètes (fig. 14), les précipitations
moyennes reçues par le bassin, durant ces années, auraient été beaucoup plus importantes.
En revanche, dans le bassin du Kara Sou, dont les précipitations moyennes sont mieux enregistrées par le pluviomètre de Kirik-Khan, les points obtenus se trouvent mieux alignés sur une courbe en cloche dont les paramètres seraient
L'intérêt de cette formule est de traduire sous une forme algébrique, le
rapport entre l'indice d'écoulement fluvial H et les précipitations P :
abstraction taite de l'influence des eaux infiltrées d’année en année.
Le coeflicient de ruissellement étant défini par le rapport r — = , s'écrit
P alors :
On reconnaît que pour une certaine valeur P° de P définie par l'égalité :
P? — + FE, e-2P'-P,)?
(point de rencontre de la courbe en cloche avec la bissectrice P — E), on
aurait r — 0. Cette valeur correspondrait au zéro de la courbe d’écoule- Le
ment.
Dans le bassin de l’Afrine, cette égalité fournit :
P'— 0 m. 165 à Midanki, et P' — 0 m. 085 à Bassout,
et dans le bassin du Kara Sou,
Ce sont les valeurs limites de la pluviosité annuelle, en dessous desquelles le ruissellement serait nul.
Remarquons cependant, avec J. Lugeon, que si la formule de Coutagne exprime assez fidèlement l'allure des variations du déficit d'écoulement en fonction de la pluviosité, elle ne tient compte ni de l'indice d’évapora-
1. D'après Em. De MarTonwE [59, t. 1, p. 251], l'écoulement commencerait :
avec 0 m,.20 — 0 m.25 de pluie, dans la zone tempérée, avec 0 m. 40 — 0 m. 50, dans la zone tropicale, et avec 1 m. environ, dans la zone équatoriale.
Les résultats que nous avons obtenus indiquent qu'en Syrie l'écoulement se produirait avec des précipitations bien plus réduites. S. Maziouw. 10
tion physique et des maxima de température qui agissent sur l’'évaporation hydrologique, ni des variations de cette évaporation avec l'altitude : de plus, l'importance des réserves souterraines emmagasinées varie d'année en année et peut exercer une influence notable sur les débits.
Lugeon a établi une formule générale pour les bassins alpins [53|, reliant l'évaporation aux précipitations et à l'altitude, avec une formule auxiliaire de transposition, destinée à en étendre l'application aux autres régions.
Altitudes |A
vaporalion
RC on [mn
Permeabilite |
pr
F1G. 68 b. — Figure de Lugeon.
Mais, à défaut d'observations sur le régime des températures et la réparütion des pluies, aux différentes altitudes, dans le bassin de l’Afrine, nous ne pouvons encore en aborder l'application ici; et nous exprimons le vœu que le développement des observations météorologiques nous permette de le faire à l'avenir.
A titre d'exemple, rappelons la valeur moyenne du déficit d'écoulement calculé par Coutagne [14] pour un bassin du Midi de la France, celui de l'Argens au Muy. Nous en relaterons les caractéristiques en regard de celles de l'Afrine à Bassout
L'ARGENS L’AFRINE Surface du bassin versant.......... 2.081 km? 2178 1km BRDTE DIO VERS. D, metre eu ee à 20 m°}/s 8 m°/s Température moyenne: ............ 1496 1797 Indice ‘pluviométrique. .… :...°7" 2. .:: 904 m/m. 500 m/m. indicetd'éconlement: ..:) 219700. 304 m/m. 118 m/m. Méfieits d'écoulement. .:.1 1744.11 600 m/m. 382 m/m.
Sous réserve de certains éléments de comparaison (régime des précipitations, pentes, altitudes, extension forestière, etc.), la température accroît le déficit d'écoulement : dans le bassin de l’Argens, ce déficit correspond aux 2/5 de l'indice pluviométrique, tandis que celui de l’Afrine en représenteles 3/4 environ.
Dans les pays chauds, l'intensité de l’évaporation conduit naturellement à des déficits d'écoulement bien plus élevés ; ainsi, dans le bassin du Niger [27], où la température moyenne atteint 25° environ, le déficit d'écoulement est de l'ordre de 1000 m/m.
Surface du bassin versant
(des sources 2 KoulikOro).6" mA 40... 121.380 km? Indice pluviométrique moyen. .. ......... 1.500 m/m. Indice d’écoulement (1909-1932)......... 465 m/m. Hafcithd'écoulement. mem ue 1.035 m/m.