CONTRIBUTION DE L'AFRINE AUX INONDATIONS DE L'AMOUK
L'Amouk constitue une vaste dépression marécageuse et lacustre, située en 40'40 de latitude Nord, 40:40 de longitude Est et à 80 m. d’altitude. Sa formation géologique se rattache au mouvement tectonique qui a creusé le fossé syrien, jalonné par la Mer Morte, le lac de Tibériade, la Béka‘a, le Ghab et la vallée du Kara Sou.
Cette dépression reçoit les eaux de l’Afrine, du Kara Sou, du Mourad Pacha et d’autres sources ou torrents, issus des flancs de l’Amanus, qui sont ensuite évacuées par le Kutchuk Assi, vers l'Oronte et la mer.
l. — Origine des marais.
L'accumulation des eaux y est due à un resserrement entre les derniers contreforts du Djébel Kosseir (Mont Silpius) et les basses collines orientales de la chaîne de lAmanus. Ce resserrement forme un véritable barrage naturel, seuil de gabbros et de serpentines, à travers lequel le déversoir du lac a dû affouiller son cours, pour atteindre l’Oronte (la longueur du déversoir est de 13 km. et sa pente moyenne de 0 m. 06 au km.). Le mème resserrement se mamifeste, d’ailleurs, par les hauts fonds du lit de l'Oronte, en aval du confluent ; ces seuils maintiennent les eaux du fleuve en crue, à une cotesupérieure à celle dela plaine de lAmouk, et provoquent un emmagasinement périodique dans le lac et les marais.
A ces diflicultés naturelles, s'ajoutent celles créées par les hommes qui ont construit, d’une part sur l’émissaire, des barrages-pêcheries (Dalian Keuv, enfra planche ITE, 3 et 4), et d’autre part sur l'Oronte lui-même, des barrages-norias qui encombrent son lit.
Ainsi, ni l'émissaire du lac, mi lOronte ne peuvent offrir immédiatement aux eaux de crues déversées dans le lac, un débouché suflisant pour assurer leur évacuation ; celles-ci refluent vers le Nord et vers l'Est, et forment
les marais. La superficie inondée s'élève à 31.000 ha environ dont 9.000 couverts par le lac d’Antioche et 22.000 par les marais environnants.
Quelle est l'importance de la contribution de l’Afrine à ces inondations ?
Pour la définir, nous rappellerons succinetement les débits des différents affluents qui alimentent le lac et les marais, et nous essayerons de reconnaître le régime de remplissage et de vidange de ces derniers. Cette analyse nous permettra de mieux juger les perturbations produites par les irrégularités de la rivière ou l'allure torrentielle de ses crues et de mieux apprécier, par la suite, les avantages qui résulteraient de sa régularisation pour l’assèchement et la mise en valeur des plaines de l'Amouk [84 et 103].
2. — Débits des sources et rivières qui alimentent le lac et les marais.
Le bassin drainé par l'Amouk mesure une superficie de 6.600 km?, répartie comme suit :
E' A frtne SRE 2.850 km° Le, Kara SOUTERERRE 2195 Autres affluents :
le Mourad Pacha. . ... 195
les ruisseaux de Kirik- Khan, de Top Boghaz, et leflancorien-
tal del’Amanus.... 315 les ravins de Baglidja et de Kizil Kaya... 329 les ruisseaux de Harim et de Rihanié. . .... 410 le lac et les marais... 310 1,599 OL 6.600 km?
En dehors de l’Afrine et du Kara Sou, dont. les débits moyens ont été l’objet de jaugeages suivis, durant ces dernières années, ceux des autres affluents peuvent être relatés, d’une manière approchée, suivant les valeurs observées par C. Duraffourd, d'octobre 1926 à mai 1928 [84].
en éliage en crue m/s. m*/s.
Ee Mourad Pacha 72.8. 4.200 10 environ Ruisseau de Kirik-Khan. . ....... 0,300 Il Top Boghaz:,"..:..1.: 0,120 l SAOUR SOUPE Le LR. 0,180 Î Bedri HEURES" 0.120 5 BAMTAS SE RME ER 0,080 Î RIANNE RP CE 0,800 3 HAT IS ME NS | 0,400 3
Potalsi TT. Ser 6.200 95
A ces débits. il y aurait lieu éventuellement d’ajouter ceux des sources invisibles pouvant jaillir dans le lac ou les marais, ainsi que les précipitations reçues par le bassin recouvert par les eaux.
Tous ces affluents présentent un régime torrentiel, semblable à celui de V'Afrine ou du Kara Sou, et leurs débits peuvent atteindre des proportions considérables, au cours des périodes de grandes pluies. Aussi pouvons-nous admettre qu'en raison de la similitude de leurs bassins versants et des conditions météorologiques qui les régissent, les volumes d’eau mensuels fournis par eux correspondent à ceux de l’Afrine et du Kara Sou réunis, dans la mesure du rapport de leurs bassins respectifs. Le tableau XX XV et les graphiques ci-contre (fig. 79) relatent les volumes d’eau mensuels et annuels écoulés par les affluents de l’Amouk : leur examen fait ressortir que l'apport annuel de PAfrine, de 1932 à 1938 représente en moyenne, les 35 9%, de l’apport total de tous les affluents réunis.
MABLEAU XX XV.
Apport annuel des affluents de l’Amouk
(volumes exprimés en milliers de m°).
| RAPPORT APPORT TOTAL RAPPORT | ANNÉES | DE L'AFRINE DES AFFLUENTS v | | y Ÿ v | | 1932-33 57.858 198.559 0,292 | | 1933-34 222.235 750.335 0,296 | 1934-35 514.501 1.320.039 | 0,390 1935-36 944.720 1.229.811 0,420 1936-37 169.723 610.787 | 0,278 1937-38 791.340 | 1.890.385 | 0,418 | Moyenne | 383.396 | 1.011.586 | 0,349 | RE UE us. ae [0
Note : Les volumes d’eau écoulés par l’Afrine ont été calculés en étendant à tout le bassin versant, les indices d'écoulement observés à Bassout ; pour le Kara Sou, les volumes adoptés sont ceux observés à la station du pont d'Alexandrette. Cette manière d'estimer l’apport des affluents ne tient pas compte, il est vrai, du débit d’étiage élevé du Mourad Pacha (4,200 m/s.) soutenu par le bassin sourcier du Geul Bach ; mais la différence est compensée par les prélèvements abondants, faits aux autres sources ou rivières, en période d'irrigation.
3. — Régime de remplissage et de vidange du lac et des marais.
Les observations hydrométriques dans la plaine de l’'Amouk, méthodiquement organisées durant ces dernières années, permettent déjà de définir le régime de remplissage et de vidange du lac et des marais ?.
D] La] E = "È 1300 1300 # PA 150 £ #1 1 SN: :
1200 1200 3 <! 1200 S = j = 1100 100 3 e ne = SJ é £ 1000 1000 1 1000 900 00 l mm À 800 800 : al 2 = 700 700 700 m © 600 600 600 : 62% 500 500 $0o 5% 400 400 400 7 ao 300 300 300 Eu 200 200 200 | || 200 og 100 100 /} 100 / ;
Ê ) J/) RE TE CEE RTE EE ONDJFMAMJJASIONDIFUMAMJJAS E 1932. à 1933. 34 [1984-35 [1958.58 | 1936 57 EX
FiG. 79. — Débits cumulés, par année hydrologique, des affluents et de l’émissaire du lac d'Antioche.
Trois limnigraphes sont installés à l’amont des marais, au débouché des principaux affluents : sur l’Afrine à Tehatal Heuvuk, sur le Mourad Pacha et le Kara Sou, près de la route d’Alexandrette ; deux autres sont établis à l'aval, l’un en bordure du lac à Arab Khan, non loin de l’émissaire, et l'autre, au confluent de ce dernier avec l'Oronte. Entre ces cinq limmigraphes, sont réparties trente trois échelles himnimétriques, dont :
1. Les renseignements relatifs à ces observations nous ont été communiqués par M. A. Sénorr, chef du Service Hydraulique d'Alexandrette.
23, dans le lac et les marais (lectures par quinzaine), 3, sur le Kutchuk Assi, en amont du barrage de Dalian, 2, en amont et en aval de la pêcherie (lectures journalières), et 5, à l'aval, entre la pêcherie et le confluent (lectures hebdomadaires).
Ce réseau est complété par d’autres échelles installées sur le cours même de l’Oronte, soient
un limnigraphe à Dijisr-el-Hadid,
deux échelles, jusqu’au confluent,
huit, entre le confluent et le pont d’Antioche,
et deux autres, en aval du pont (lectures journalières).
Tous ces hydromètres sont d’ailleurs reliés au nivellement général de la plaine de l'Amouk.
Les observations effectuées de 1935 à 1938, ont permis d'interpréter, à chaque décade, les profils du plan d’eau suivant les sections principales de la plaine, et de calculer ainsi la variation des volumes emmagasinés dans le lac et les marais.
L'allure générale de ces profils est celle d’un plan incliné de l’amont vers l'aval, avant une pente variable avec l’état de la crue ; c’est ainsi qu’en 1936, l'amplitude des niveaux atteint 1 m. environ à l’extrémité nord des marais, près du Mourad Pacha (entre les cotes 82,50 et 83,50), 2 m. à Arab Khan (entre les cotes 81,50 et 83,50) et 3 m. près du confluent (entre les cotes 80,00 et 83,00).
La pente plus forte observée à l’étiage provient des difficultés éprouvées par les eaux à s’écouler à travers la végétation qui encombre les marais : elles se divisent alors en une multitude de ramifications, se répandent et se faufilent en détours capricieux, à travers les innombrables obstacles de roseaux, de jones, de lianes et de nénuphars. Tandis qu’en crue, l’étranglement du déversoir et l'élévation simultanée du plan d’eau de lOronte créent un remous presque horizontal.
Les volumes emmagasinés dans le lae et les marais ont été reliés aux lectures effectuées à l’échelle d’Arab Khan, par une courbe de correspondance (fig. 80) ; le niveau de base adopté (origine des volumes) est celui de l’étiage de 1936 (cote 81,47).
Ces volumes subissent une variation annuelle d’une assez grande amplitude : durant l'hiver 1935-36, la réserve a atteint 493 millions de mètres cubes, contre 227 millions en 1936-37, et elle s’est élevée à 518 millions en février 1938.
La courbe représentative de ces variations (fig. 81) démontre que le remplissage se fait en général d’une façon assez irrégulière, consécutivement aux chutes pluviales et aux crues intermittentes des différents affluents ; la vidange par contre est continue : elle débute en mars et se prolonge jusqu’en fin septembre.
IXFLUENCE DE L'ÉVAPORATION.
En comparant mois par mois, les volumes fournis par les différents affluents, à ceux évacués par l’émissaire, d’une part, et à ceux emmagasinés dans le lac, de l’autre, on obtient par différence, les volumes enlevés par l’évaporation (évaporation apparente : E — P) ou apportés par les précipitations. Cette comparaison permet de reconnaître que l’évaporation enlève en movenne à la surface du bassin noyé une tranche d’eau de
2,0 mm. par jour, en mars,
3,0 mm. —- en avril,
4,0 mm. — en mai,
6,0 mm. — en juin,
7,0 mm. — en juillet,
7,5 mm. — en août,
5,0 mm. —» en septembre, et 3,0 mm. — en octobre.
Craphique__des Volumes desu
emmesoosires dors LLec d'fntioche et les Moraus de Mrrout survert le Mveou à Arab Khor É
Altitudes du plan deau à Arab-Khan “a 2 ab KR
rene CE - | | ; | | ‘ se | Volume lemmagasne Len Mibons !de m° »
9 s 100 150 200 250 300 350 400 2% 520 F1G. SO. — Graphique de correspondance des volumes emmagasinés dans les marais de l'Amouk
avec le niveau d’eau à Arab-Khan.
De novembre à mars, l'apport des précipitations dépasse le taux de l'évaporation).
Par année, l’évaporation enlèverait ainsi au bassin de l'Amouk, une tranche d’eau de 1150 m/m, soit 350 millions de m° environ, ce qui représente un débit moven de 11 m/s 1
1. Ce résultat concorde avec celui obtenu par une voie différente par M. Durnarrounrp [84] qui s'est inspiré des conclusions formulées par Wirzzcoks, sur l'évaporation dans la