LE DÉBIT SOLIDE
Aussi bien que les variations de ses débits, le transport par l'Afrine de matériaux solides manifeste, à première vue, le caractère torrentiel de son régime ; la turbidité de ses eaux en crue est connue et lui valut son nom d'Afrine (en arménien, boue). L'étude du débit solide permet de caractériser le rôle joué par la rivière, dans l’évolution actuelle du relief. Substances dissoutes, limons en suspension, sables ou graviers roulés sur le fond, tous ces charriages dénotent une érosion active du bassin et déterminent une modification constante du lit, dont la forme, peut-on dire, est « l’état instantané du débit solide ».
Le processus de cette érosion est assez complexe : sous Paction des agents atmosphériques, Les roches tendres (marnes, argiles, certains calcaires, ete.) se désagrègent en surface et s’effritent ; l’eau ruisselante en arrache les débris aux flancs de la montagne et les entraîne vers les thalwegs. Les éléments les plus fins restent en suspension ; les galets roulent sur le fond, srâce à la puissance d'entraînement de l’eau et à la composante de la pesanteur parallèle au lit. Leur déplacement ne procède pas de mouvements d'ensemble ou de roulements réguliers ; 1l se fait par bonds successifs, à « la facon de soldats qui avancent sous le feu, en se réfugiant à chaque bond, dans une dépression favorable » ; sitôt pris par un mouvement tourbillonnaire ascendant, ils montent au-dessus du fond, en se déplaçant horizontalement, redescendent, sont repris soit avant, soit après leur retour au fond, par un autre tourbillon, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la diminution de la vitesse ne permette plus leur entraînement (phénomène de saturation de Scipion Gras). Brassés alors plus ou moins sur place, ils s’usent par frottement entre eux ou par abrasion ; les matériaux fins en résultant sont entraînés à nouveau, Jusqu'au jour où les galets eux-mêmes seront réduits à des dimensions suffisantes, pour pouvoir être entraînés plus loin, et céderont la place à des matériaux venant de l’amont.
Ainsi le lit de la rivière se trouve être le siège d’une incessante transformation par des affouillements et des dépôts successifs : le courant affouille les parties à forte pente et dépose les matériaux entraînés dans les secteurs où la pente est moins déclive ; les matériaux charriés proviennent d’ail-
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leurs, aussi bien des apports des affluents (ablation du bassin versant) que de la corrosion même du lit.
L'étude de ces phénomènes présenterait un intérêt théorique certain pour la dynamique fluviale et la géologie ; mais l’objet particulier du présent chapitre se limite à déterminer le débit solide total charrié par l’Afrine. Cette étude offrira un double avantage pratique : celui d'apprécier Pim-
, . . , , S portance de l’alluvionnement dans les marais de l'Amouk et d'expliquer leur extension progressive ; et celui d'évaluer la durée d’engravement des réservoirs, qui seraient créés dans la vallée de l’Afrine.