GOUVERNEMENT, FINANCES
I. AGRICULTURE. Il II. CEREALES; FRUITS; VIGNES. Il ELEVAGE, MERI- NOS, LAINES, AUTRUCHES. Il IV. RICHESSES DU SOUS-SOL : LES DIAMANTS; LE cuivre; MINES DIVERSES. Il V. INDUSTRIE ET CO.MMERCE. Il VI. CHEMINS DE FER. Il VII. INSTRUCTION PUBLIQUE. Il VIII. GOUVERNEMENT. Il IX. FINANCES.
A colonie du Cap est donc bien peu habitée encore, surtout dans son intérieur, en propor- ^ tion de Fimmense étendue du territoire utilisable.
AGRICULTURE L'Afrique australe, du moins dans toute sa région côtière, jouit d'un climat qui permet la culture du sol, et chaque fermier tient à honneur de produire à la fois dans son enclos, « grain et vin, viande et laine ». Les terrains ne sont pas encore très coûteux, si ce n'est dans le voisinage des villes et dans les fonds bien arrosés, où prévalent des prix de spéculation. Ainsi dans les environs d'Oudtshoorn, dans la vallée de l'Olifant, tributaire du fleuve Gaurits, l'hectare vaut jusqu'à 8 400 francs; il est vrai qu'on y récolte le meilleur tabac de la colonie. Le prix des terres dépend surtout, comme en tout pays sec et chaud, de l'humidité du climat ou des facultés d'irrigation : on peut trouver dans les régions arides de l'intérieur, dans l'ouest, sur le Karroo et ailleurs, des terrains à raison de deux francs l'hectare. La valeur marchande des bonnes tenues varie entre 30 et 100 francs : on peut donc s'offrir, pour o 000 francs « l'un dans
V Afrique Australe. chapitre
l'autre », un domaine d'un kilomètre carré dans les régions passables, et pour 50 francs seulement dans les régions mauvaises.
Déjà la plus grande partie des terrains arables a ses propriétaires; cependant il y a toujours de vastes maquis, des terrains sans maître que la Couronne vend après délimitation par le cadastre. L'acheteur doit s'engager à payer annuellement la vingtième partie du prix d'évaluation, à moins qu'il ne préfère se libérer d'un seul coup. Dans les districts orientaux, anciens territoires de parcours des pasteurs cafres, de grands espaces de terrain confisqués sur l'ennemi ont été découpés en lots de contenance variable, entre 320 ares et 200 hectares, mais pour la plupart de petites dimensions ; ces terres ne sont vendues qu'à des acquéreurs n'étant pas déjà propriétaires de domaines dépassant 200 hectares. On a voulu constituer ainsi la petite propriété, et en effet le sol est relativement très divisé dans cette région où Anglais, Allemands, Hottentots et Cafres vivent à côté les uns des autres en agriculteurs paisibles. Plus à l'ouest, surtout dans les contrées de pâturages, prévaut le régime des latifundia., des vastes domaines : là les concessionnaires se sont emparés d'une surface quadruple en moyenne de celle qui leur avait été octroyée par le gouvernement. Même dans le voisinage du Cap les domaines d'un millier d'hectares ou davantage ne sont pas rares : l'Afrique australe a son aristocratie terrienne comme la Grande-Bretagne.
A la date du 31 décembre 1898, près de 32 millions d'hectares avaient leurs possesseurs, plus de 20 attendaient encore des maîtres. Près de 1 400 000 hectares étaient classés comme forêts. Durant cette même année 1898, on avait délivré 1 928 titres de propriété comprenant ensemble environ 140 000 hectares.
En général, la culture du blé, qui est ici la
II céréale favorite, répond à peu près à l'exigence
CÉRÉALES: annuelle de la colonie; mais, en telle et telle
FRUITS; année, la sécheresse, ce terrible fléau de l'Afrique
VIGNES du Sud, réduit à tel point la récolte qu'il faut
avoir recours à l'étranger, souvent pour une
forte importation de grains, alors qu'on voit parfois une
moisson favorable permettre une exportation minime. C'est à
l'occident, dans les comtés du voisinage du Cap, que la culture
du blé occupe le plus d'espace, qu'elle s'étend, se perfectionne
et produit au mieux en comparaison de la semence; tandis
qu'elle perd, au contraire, dans les comtés orientaux, en
étendue comme en rendement proportionnel, par suite des
ravages de la rouille; mais, en revanche, dans ces mêmes
QUATRIÈME Cultures, Mines, Industries, Commerce.
comtés, plus humides, le maïs (mealies) et le millet ou blé cafre prospèrent.
Dans l'année agricole finissant au 31 mai 1898 — ne pas oublier le renversement des saisons : mai, en Afrique australe, répond à la fin de l'automne — la production des grains a été comme suit : blé, 709 000 hectolitres; avoine, 527 000; orge, 330 000; seigle, 105 000; maïs 749 000; millet, 414 000.
Après les céréales, les arbres fruitiers. Ils viennent à merveille dans la colonie, où l'on en compte environ 4 200 000, tant espèces de l'Europe tempérée ou de l'Europe méridionale que de l'Afrique du Sud, telles qu'ananas, bananiers, goyaviers. Les colons espèrent que dans un prochain avenir ils exporteront au loin des fruits, avec d'autant plus d'avantage que la discordance des saisons les en pourvoit quand les pays de la zone boréale en sont dépourvus.
Le fruit de la vigne est le plus précieux de tous, et le vin du Cap a eu une célébrité qu'il a perdue. La vigne fut l'une des premières plantes européennes introduites par les colons dans les campagnes du Cap; les huguenots fugitifs la retirèrent des jardins pour en constituer de véritables vignobles et les districts où ils s'établirent sont encore aujourd'hui les plus fameux de la colonie pour la qualité des crus. Le climat de l'extrémité sud-occidentale du continent convient d'une manière merveilleuse à la production de la vigne; il est probable qu'à cet égard il n'existe pas une autre partie de la superficie terrestre plus favorablement située : aux pluies du printemps qui développent les bourgeons et les grappes succèdent les chaleurs estivales qui donnent au fruit la maturité, sans le dessécher pourtant, grâce à l'humidité normale de l'atmosphère. Aussi, la production annuelle des vignobles est-elle relativement supérieure à celle de tous les autres pays du monde; elle pourrait même paraître « incroyable » à la plupart des viticulteurs, tant l'écart est considérable. Tandis que dans les diverses contrées viticoles la production varie de 14 à 40 hectolitres par hectare, elle s'élève à 86 hectolitres dans le district côtier du Cap; et dans les districts de l'intérieur, de Worcester à Oudtshoorn, la quantité de liquide fournie par un hectare atteint le prodigieux total de 173 hectolitres. Mais il faut envisager ceci : la culture de la vigne ne s'étendant encore que sur un espace très restreint, quelques milliers d'hectares seulement, on ne doit pas considérer ce chiffre de 86 hectolitres comme une moyenne déduite d'un nombre de cas suffisant. En effet, la moyenne de la France, par exemple, est prise sur 2 millions d'hectares dont bien des centaines de milliers dans des régions défavorables au noble « cep » par leur humidité, leurs gelées, le cou-
L'Afrique Au s t?- aie. chapitre
lage et mille autres circonstances. Si, au lieu de prendre la moyenne de la France, on se borne, par exemple, à celle de certaines communes de l'Hérault, on arrive à des nombres bien plus incroyables que ceux de l'Afrique australe, à des 200 ou 300 hectolitres à l'hectare ; et même, dans un cas très exceptionnel, à 427.
Quoi qu'il en soit, et malgré cet admirable rendement, on ne cultive encore que bien peu des terrains propices à la vigne, et l'on ne plante guère le cep « divin » que dans l'ouest de la colonie, dans la région du Cap. Le vignoble entier ne couvre peut-être pas 20 000 hectares (?) avec environ 85 millions de pieds ayant donné, en 1898, un peu plus de 2 200 000 hectolitres. Il lutte maintenant, tout comme les vignes européennes, contre les attaques du phylloxéra, depuis 1886 : il lui faut aussi recourir à la vigne américaine. Constantia, Bottelary, Moddergat, Jonkers Hoek, Riebecks Kasteel, Paarl, Grœnberg, ainsi se nomment les crus les plus fameux, tous dans les environs de la ville du Cap. Celui de Constance, dont la célébrité s'était répandue jusqu'en Europe, est à peu près tombé dans l'oubli, depuis qu'il ne se boit plus à la cour d'Angleterre, et que n'en usent plus les grands seigneurs et notables personnages qui s'en délectaient béatement par esprit de courtisanerie.
Une culture rémunératrice, celle du tabac, a pour champ principal cette vallée de l'Olifant où se trouvent les terres les plus chères de toute la colonie. On en a récolté, en 1898, environ 1800 000 kilogrammes, qui tous ont été consommés dans les divers États de l'Afrique australe.
On évalue au tiers de la population le nombre ni des habitants de la colonie qui s'occupent de
ÉLEVAGE, l'élève des animaux ou des industries qui s'y MÉRINOS, rattachent. La race chevaline, issue d'ancêtres LAINES, importés de Java, puis de la Plata, embellie AUTRUCHES ensuitc par le sang arabe et anglais, n'est pas de grande taille, pas plus que de formes parfaites, mais elle a de rares qualités de force, d'élan, de résistance, et les éleveurs ont déjà un « livre d'or » pour leurs fameux coureurs. Actuellement le nombre des chevaux de la colonie approche de 400 000; il n'augmente que lentement, par suite des terribles dîmes que prélève sur eux une épizootie dont les causes profondes sont encore à découvrir. Les mulets et les ânes n'arrivent pas à 100 000; ceux-là servent au travail des champs dans les comtés occidentaux.
Les bêtes à cornes, au nombre de plus de 1200 000, des-
QUATRIÈME CiiltiiTes^ MinGs, Industries^ Commerce.
cendent en partie des animaux à longues cornes que possédaient les Hottentots à l'arrivée des premiers colons, mais la race a été depuis longtemps modifiée par des croisements avec les variétés introduites d'Angleterre et de Hollande. Des bœufs par centaines de mille sont employés uniquement au transport des gens et des marchandises dans les districts de la colonie et dans les pays voisins non encore traversés par des voies ferrées; des fermiers s'occupent spécialement de l'élève de ces bœufs porteurs et coureurs. L'Afrique australe est le seul pays du monde qui possède cette industrie, héritage des Hottentots et des Cafres. Récemment encore, il y a douze ou quinze ans, les vaches laitières étaient très peu noml^reuses, mais depuis 1888 les fermiers les ont multipliées pour en tirer, en quantités toujours croissantes, du beurre et du fromage qu'ils envoient en Angleterre, par milliers de tonnes chaque année.
Les chèvres, dont il y a plus de o millions, paissent et broutent principalement dans l'aride Karroo : chèvres ordinaires et chèvres d'Angora importées dans la colonie par les éleveurs à partir du milieu du xix'= siècle. On prétend que la toison de ces chèvres d'Angora, le « mohair » de l'Afrique australe, dépasse celui de l'Asie Mineure en finesse et en moelleux, sans toutefois l'égaler en éclat. Dans ces derniers temps, les ports du Cap ont exporté, suivant les années, de 10 millions passés à un peu moins de 18 millions de laine ou poil de chèvre par an. Dans les parcs de la colonie paissent aussi par milliers des antilopes domestiques de diverses espèces, principalement celles qu'on appelle boute-boks.
Actuellement la principale richesse de la colonie consiste en troupeaux de brebis. Lorsque les Hollandais s'établirent dans la contrée, ils y trouvèrent la brebis à queue grasse et à poil rude qu'on rencontre dans la plus grande partie du continent africain. On évalue à deux ou trois millions de tètes les animaux de cette espèce que possèdent les fermiers blancs, bronzés ou jaunâtres de la colonie; la chair en étant fort appréciée, les colons des régions côtières du sud-ouest les élèvent à grands troupeaux pour les abattoirs du Cap et les boucheries de province.
C'est l'est au contraire, le nord-est, et aussi l'intérieur, le Karroo, qui se livrent à l'élevage du mérinos dans des fermes de très grande étendue, de petits royaumes où pâturent des armées de moutons à fine toison, par 12 000, 10 000, 8 000, 5 000, 3 000 bètes, et à l'ordinaire 1 oOO seulement. Les premières brebis à laine fine ne furent amenées d'Europe qu'en 1790, et en 1830 l'exportation des laines du Cap ne s'élevait encore qu'à une quinzaine de tonnes; le tissage de la laine était inconnu dans le
h' Afrique Australe. chapitre
pays et maintenant même on ne trouverait pas dans les anciennes familles des Boers hollandais une seule femme qui sût tenir une quenouille et tricoter une paire de bas. La production ne prit d'importance que vers le milieu du siècle; mais à partir de cette époque elle s'accrut rapidement. En 1830, la colonie exporta pour plus de 7 millions de laine; en 1860, pour plus de 36 millions; en 1870, pour près de 42 millions, et en 1872, pour près de 82 millions ; mais en cette année-là les prix furent très favorables, la tonte extrêmement avantageuse. Heureuse coïncidence qui fît défaut dans la période suivante pendant laquelle le pays souffrit de sécheresses prolongées, ce qui est trop souvent son cas. Les mérinos en pâtirent considérablement, ils diminuèrent de nombre, l'exportation de laine diminua parallèlement; d'ailleurs en apparence plus qu'en réalité, parce que les laines de l'État libre d'Orange, déclarées jadis à la sortie dans les ports d'embarquement de la colonie, le sont maintenant à Port -Durban en Natal, depuis l'ouverture du chemin de fer qui relie cette ville maritime au plateau de l'intérieur. L'année 1880 s'est résumée par une exportation de plus de 60 millions; 1890 par 55 millions; 1895 par plus de 42 millions; 1898 par plus de 44. Les moutons du Cap, au nombre de 12 600 000 en 1898, contre 16 706 000 en 1891, ont été, grâce à leur toison, les principaux agents de dissémination des espèces végétales; partout où ils pénètrent, ils apportent avec eux des semences des pays parcourus; en maints endroits des contrées situées au nord de TOrange l'aspect de la végétation a complètement changé depuis qu'on s'y est occupé d'oviculture.
Après l'oviculture, l'aviculture. Jusqu'en l'année 1864, l'autruche n'était pour les colons du Cap qu'un gibier, et cet animal était si vivement pourchassé, que Ton prévoyait le temps oîi il aurait complètement disparu de l'Afrique australe. Mais, dans deux endroits différents de la colonie, deux fermiers s'occupaient déjà de domestiquer ces oiseaux et de l'emplacer la chasse par l'élève. En 1883, le recensement agricole compta 80 autruches ayant fourni 30 kilogrammes de plumes, d'ailleurs moins belles que celles des autruches libres de la Berbérie. La domestication de l'espèce changea peu à peu le caractère de l'animal sauvage, à la fois si peureux et si emporté, et l'on put sans grand danger soigner les jeunes couvées; mais l'industrie ne prit un essor considérable qu'après l'introduction des incubateurs artificiels.
Le nombre des oiseaux augmenta rapidement, et en 1882 il s'élevait à 130 000 environ; la quantité de plumes exportées fut de 114 000 kilogrammes, d'une valeur totale de 27 350 000 francs.
QUATRIÈME Cultures, Mines, Industries, Commerce.
On payait volontiers 250 francs pour le moindre autruchon au sortir de l'œuf, et c'est par milliers et milliers de francs que s'évaluaient les oiseaux adultes de plumage élégant. D'aucuns poussèrent la folie jusqu'à payer les reproducteurs 200, 500, et même mille livres sterling ou 25 000 francs.
Ce fut un vertige : on ne rêvait qu'autruches et pierres précieuses, car c'était alors aussi la grande ruée vers les champs diamantifères. Les parcs à autruches menaçaient de couvrir l'Afrique australe, et surtout les financiers s'en mêlaient, échafaudant compagnies sur compagnies. Comme toujours, la débâcle arriva, vers 188G,et, avec la débâcle, des maladies nouvelles de l'oiseau aux belles plumes; et surtout, tant par suite de l'inconstance de la mode que de l'excès de production, une extraordinaire diminution du prix de ces plumes : 466 francs le kilogramme en 1860; 150 en 1880; 60 ou même 50 seulement aujourd'hui. Ces magnifiques parures ne sont plus réputées inestimables depuis qu'elles ne sont plus rares. De 1894 à 1898 l'exportation a varié entre 12 millions (1894) et 18 à 19 millions (1898).
La colonie du Cap a gardé jusqu'à maintenant le monopole de ce commerce : les tentatives de domestication de l'autruche en Algérie, dans la Tripolitaine, en Australie, sur les bords de la Plata, en Californie, n'ont guère eu de succès, et, pour empêcher l'exportation de l'animal, le gouvernement du Cap a fixé les droits de sortie à 2500 francs par autruche et à 125 francs par œuf.
Pour l'élève de leurs animaux aussi bien que pour l'agriculture proprement dite les colons du Cap ont besoin d'une grande abondance d'eau; or, les riches fontaines, les ruisseaux permanents sont rares. Des canaux d'irrigation distribuent dans les campagnes riveraines le flot fertilisant de la plupart des rivières; ailleurs des pompes et des norias le puisent directement.
Là où ne jaillissent point de fontaines, où ne coulent pas de rivières, il faut évoquer les eaux cachées, creuser des puits dans les ravins où passent les veines profondes, le long des barrages de rochers qui arrêtent les courants dans leur marche souterraine. Les pâtres du Karroo sont fort habiles à reconnaître, par la végétation de la surface, les « lieux d'eau » qui se sont formés dans les profondeurs. La plupart des propriétaires dont les domaines ont pente suffisante ou ravine bien creusée (et c'est ce qui manque à beaucoup sur l'uniforme plateau) en ont profité pour barrer le bas-fond, retenir les eaux de passage dans des réservoirs. Tels de ces lacs artificiels, bien
( gi )
L'Afrique Austrafe. chapitre
petits lacs d'ailleurs, contiennent après les pluies un million de mètres cubes. Grâce à eux mainte région du Karroo s'est transformée; on voit de grands arbres, des vergers, des prairies vertes là où s'étendaient auparavant des terres arides, parsemées de broussailles épineuses.
Ainsi s'est atténué quelque peu le fléau de la sécheresse. Un autre fléau de l'agriculture australe, les sauterelles, s'abat sur les champs, par bonheur à de longs intervalles : tous les quinze ou vingt ans à peu près.
Connue autrefois en Europe par son vin de
IV Constance et sa laine de mérinos, l'Afrique aus-
HiciiESSES traie, maintenant bien plus célèbre, est surtout
DU vantée pour son or et ses diamants.
SOUS-SOL : L'or, le territoire du Cap n'en donne guère,
LES le renommé Witwatersrand appartenant à la
DiAMASTS; « République sud-africainc » du Transvaal; mais LE CUIVRE; le pays des diamants, enlevé à l'État libre MINES d'Orange, appartient en propre à la colonie. DIVERSES Commencée en 18G7, la « chasse aux dia-
mants », déjà si passionnée, devint une véritable frénésie après que, vers la lin de 1870, on eut appris tout à coup que des poches de diamants avaient été trouvées sur le plateau, loin des alluvions fluviales, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Pniel. Une nouvelle ruée se fit aussitôt vers ce pays de trésors ; les fermiers hollandais vendirent leurs terres et, comme par enchantement, s'élevèrent des centaines de tentes et de cabanes, humbles commencements de la ville qui, par ordre d'importance, n'est dépassée dans l'Afrique australe que par Johannesburg, le Cap et Durban.
Les recherches des géologues ont établi que dans cette région du plateau le sol, recouvert uniformément d'une couche de sable rouge reposant sur une strate de tuf calcaire, cache dans ses profondeurs des roches mélaphyriques percées depipe.s ou puits non encore explorés à 380 mètres au-dessous de la surface. On pense que ces puits, entourés d'un mur de basalte, ne sont autre chose que d'anciens cratères; la terre qui les emplit est précisément la formation diamantifère, que la pression des gaz a poussée à la surface; et qui est devenue jaune et friable dans les parties supérieures, tandis qu'elle est restée bleue et compacte dans les fonds où n"a pas pénétré Taction de l'atmosphère. On y trouve encore, surtout dans le voisinage des parois rocheuses, des poches de gaz explosifs assez dangereuses quand l'exploitation se fait par galeries souterraines. Des schistes charbonneux reposent sur les basaltes, et des géologues se
< iji >
QUATRIÈME Cultuves, Mïiies, Industries, Commerce.
demandent si ces schistes n'ont pas fourni le carbone nécessaire à la formation du diamant. Dans un espace d'environ 18 kilomètres de circonférence s'entr'ouvrent quatre de ces bouches de cratères souterrains, pleines d'une terre où les diamants sont distribués suivant un certain ordre, connu des habiles mineurs. Ces quatre puits diamantifères sont Bultfontein, de Béer, Du Toit's Pan et Kimberley. Ce dernier, à côté duquel s'élève la cité de même nom, est le plus riche du Cap et de la Terre entière. Le géologue Moulle émet l'hypothèse que les ;ja?)s ont la môme origine que ces quatre cratères de diamants; mais on ne les a point encore étudiés dans les profondeurs pour y rechercher des coulées diamantifères. Un autre géologue, Chapman, déci'it une de ces mares, Saul's kuil, comme une coupe parfaitement régulière, emplie d'un conglomérat où brillent d'innombrables agates.
Dans les premiers temps de l'exploitation des mines, l'espace utilisable à Kindierlcy formait un damier régulier de lots séparés les uns des autres par des chemins de dégagement; environ cinq cents cavités où grouillaient dix mille travailleurs donnaient à la mine l'aspect d'une immense fourmilière. Mais de part et d'autre les mineurs s'attaquaient aux chemins euxmêmes pour en extraire les diamants; ces voies s'éboulèrent en maints endroits, et il fallut les remplacer par des ponts. Les effondrements succédant aux effondrements, on prit le parti de déblayer tout l'intérieur de la cavité, qui s'approfondissait de jour en jour en forme de cratère. Pour enlever les terres, on éleva sur tout le pourtour du gouffre (plus de 600 mètres) des échafauds à plusieurs étages, communiquant avec chaque lot de mine par une courroie sans fin, en cuir ou en fil de fer ou d'acier; des cabestans mus à bras d'hommes, et plus tard par la vapeur, transportèrent dans les airs les ouvriers et les seaux de terre du fond de l'abîme aux planchers de triage. Parmi les grands travaux humains nul n'offrait de spectacle plus étrange que celui de l'immense creux entouré de tout ce réseau de fils brillants où se balançaient des fardeaux, et toujours résonnant des cris de l'homme et des grincements de la machine.
Bientôt l'aspect de la mine changea de nouveau. Les éboulis de l'enceinte entraînant les déblais et la roche désagrégée, recouvrirent plus ou moins le fond des puits; souvent la mine se remplissait d'eau pendant les pluies, et souvent aussi les frais d'entretien égalaient presque les bénéfices. Il fallut modifier encore le mode d'exploitation, creuser des puits à travers les roches éboulées, atteindre la terre « bleue » au-dessous des amas qui la recouvrent, et pousser des galeries souterraines
L'Afrique Australe. chapitre
dans l'intérieur de la masse diamantifère : de carrière à ciel ouvert, le trou de Kimberley se transforma en mine proprement dite. L'année la plus prospère, 1881, fournit au commerce des diamants un rendement de 104 millions de francs; depuis lors l'industrie a quelque peu diminué d'importance à cause de la réduction de valeur qu'ont subie les diamants par suite de leur moindre rareté.
On a calculé que du jour de la découverte jusqu'à la fin de 1893, et contrebande comprise (autant qu'on peut la calculer), la colonie avait exporté plus de dix tonnes de diamants (au delà de 50 millions de carats), soit en valeur 1730 millions de francs, quelque chose comme près de deux fois ce qu'a donné le Brésil en cent cinquante ans. Et l'on approchera bientôt de trois milliards, la production annuelle dépassant un peu 100 millions : 107 250 000 francs pour la moyenne des cinq années 1894-1898. Là-dessus plus des neuf dixièmes fournis par les quatre mines de Kimberley, de Béer, Du Toit's pan, Bultfontein.
Pour empêcher les vols de pierres précieuses, on a eu recours aux mesures rigoureuses et les prisons de Kimberley ont été souvent remplies; des grèves se sont soulevées comme dans les mines de l'Europe et la répression en a été violente. D'ailleurs la grande propriété a fini là aussi par l'emporter. Dans les premières années, personne ne pouvait posséder plus de deux lots; puis des sociétés anonymes accaparèrent les terrains, et depuis 1887 un « syndicat » siégeant à Londres et à Paris et disposant d'un capital de 375 millions de francs est devenu propriétaire des deux principaux cratères de diamants, Kimberley, de Béer, ainsi que de la majeure partie des deux autres. C'est la compagnie « De Béer consoliclated iVines », si célèbre financièrement, et politiquement aussi par suite des actes audacieux de son directeur Cecil Rhodes. A côté de cette puissance colossale, trois autres sociétés font assez piètre figure. Ces quatre associations, qui en réalité se réduisent presque à une seule, ont pris la place des 42 compagnies et des 56 propriétaires de mines de 1885, année qui précéda de peu la « grande concentration ».
Comparées à l'extraction du diamant, les autres industries minérales du Cap ne comptent guère. La houille des Stormbergen, peu exploitée, d'ailleurs pauvre en dégagement de chaleur ; les lignites du val de l'Olifant dans le comté d'Oudtshoorn ; ceux du cap Fiat, avoisinant des gisements de soul're ; des matériaux de construction, ici granitiques, là calcaires; des pierres meulières; des marbres divers : ce serait tout s'il n'y avait aussi les mines du désert des Petits Nama-Koua, dont quelques-unes attirent des mineurs de la Cornouaille chassés
QUATRIÈME Cultures, Mïnes ^ Industries, Commei'ce.
de la mère patrie par l'appauvrissement des gisements anglais. Ces mines de cuivre donnent lieu à une exportation annuelle oscillant ordinairement entre 5 500 000 et 7 500 000 francs. La principale, celle d'Ookiep, est reliée au littoral de FAtlantique par les 145 kilomètres du chemin de fer de Port-Nolloth; arrivée déjà à près de 250 mètres de profondeur, elle produit environ le quart de ce que la colonie fournit d'un cuivre qui ne vaut pas celui du Chili. Autres gîtes cuprifères en divers lieux, notamment dans le Pondo-Land; galène argentifère en nombreux endroits; minerai de fer un peu partout; mmerai de manganèse; mercure dans le pays des Gri-Koua occidentaux, et en général plus de promesses que de réalités. Le sel, excellent pour les salaisons, est employé dans quelques pêcheries qui travaillent pour la consommation locale et même pour l'exportation en Angleterre; on le tire des baies exhaussées du littoral, ainsi que des dépressions du Karroo et du bassin de l'Orange, et aussi de grands dépôts de sel gemme : la principale mine. à Uitenhage, donne annuellement 4000 tonnes.
Une des medleures richesses des colonies du Cap leur vient également du sol : les sources, thermales ou non, soit sulfureuses, soit ferrugineuses, soit imprégnées d'autres éléments que le fer et le soufre. Il y en a de très fréquentées déjà, dont plusieurs en des sites élevés, dans un air élastique et tonique : d'où, pour les malades, un double espoir de guérison.
Naguère les Anglais et les Hollandais du Cap V se bornaient à l'exploitation du sol et à l'ex-
INDUSTRIE pédition des matières premières en Europe; ET leurs industries locales, peu nombreuses, ne
COMMERCE se rapportaient qu'aux objets de consommation usuelle. 11 n'en est plus ainsi, la colonie apprend à se passer des produits de la Grande-Bretagne, et, pour aider au développement de l'industrie africaine, elle a même commencé de prendre contre eux des mesures prohibitives. Le Cap a distilleries, brasseries et minoteries, tanneries, mégisseries et savonneries, ateliers pour la fabrication de meubles en bois du pays et de chariots et vagons de Boers, scieries, selleries, ateliers de cordonnerie et autres objets en cuir, manufactures de tabac, fonderies de fer, ateliers de chemins de fer, lavages de laine, fabriques de biscuits, bonbons, conserves, confitures de toute espèce, dont récemment encore les ménagères hollandaises avaient le secret.
Le commerce consiste surtout, quant à l'exportation, en produits du sol ; plusieurs de ces produits, dépendant de la mode comme les plumes d'autruche, et de l'année sèche ou pluvieuse
L'Afrique Australe. chapitre
comme la laine, il s'ensuit que le trafic varie fort d'un an à l'autre, comme vente de la colonie à l'étranger, et aussi comme achat, puisqu'on ne fait d'emplettes qu'avec l'argent gagné. Mais, dans l'ensemble, de décade en décade, par exemple, le progrès ne s'arrête pas, et ne peut pas s'arrêter puisque tout ou presque tout se développe constamment, et avant tout la population, soit blanche, soit foncée, soit noire.
Un exemple de ces oscillations du trafic nous est fourni par les années 1882 et 188G : 1882 s'étant résumé par un commerce de 446 975 475 francs, 1886 n'arriva qu'à 273 115 425. Mais le tassement s'est fait et presque toujours une année quelconque l'emporte maintenant sur la précédente. 189U a donné 480 100 050 francs, importations et exportations réunies; 1895 s'est totalisé par 900 millions, dont 477 à l'importation et 423 à l'exportation; 1896 par 893 538 825 francs; 1897 par 991450 000 francs; 1898 par plus de 1078 millions, dont 417 à l'importation et 661 à l'exportation. On voit que l'importation a baissé de 60 millions depuis 1 895, et que l'exportation a haussé de 238 millions : croît énorme qui a sa cause dans les envois en Europe de l'or brut du Transvaal — envois qui ont été de 200 millions en 1895, de 385 millions en 1898.
Ici nous constatons un trompe-l'œil : l'or du Transvaal compte au commerce de la colonie comme exporté par les ports du Cap. Il n'y a pas que l'or porté de la sorte indûment sur la liste des échanges du Cap, il y a aussi d'autres produits du Transvaal non embarqués à Lourenço .Marques, et ceux de l'État libre qui ne partent pas d'Afrique par le port de Durban : bref, tout ce que les républiques hollandaises de l'intérieur envoient outre mer, principalement les laines et les peaux, par les divers ports de la colonie.
A l'importation comme à l'exportation presque tout le commerce des colonies du Cap (et des états de l'intérieur) est dans les mains des Anglais; mais le Royaume-Uni laisse quelque part à ses diverses possessions d'Asie, d'Afrique, d'Amérique et d'Océanie; le reste, peu de chose, est pour l'étranger. Ainsi, en 1898, l'Angleterre a contribué à l'importation pour 70 centièmes, ses colonies pour 5 ou G centièmes, les pays non anglais pour 24 ou 25 centièmes; à l'exportation, l'Angleterre a prélevé plus de 90 centièmes! Le commerce direct avec la France est à peu près nul.
Les principales exportations consistent en or, diamants, laines, poils de chèvre angora, peaux, plumes d'autruche, minerai de cuivre; les principales importations, en une infinité d'objets fabriqués, vêtements de toute espèce, lainages, cotonnades, mercerie, cuirs, selles, harnachements et chaussures, fers
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QCATRiÈMB Cultures, Mines, Indusù'ies, Conuiierce.
et quincaillerie, machines de toute sorte et de toute grandeur.
Ce sont des navires anglais qui servent au transport de
presque toutes les marchandises à l'entrée et à la sortie; bien
DIAGRAMME DU COMMERCE DANS l'AFRIQUE AUSTRALE.
D'cmrés G. Gunou.
IMPORTATIONS
EXPORTATIONS
0 50 100 300 500 Millions.
2 millimètres dans le sens horizontal représentent 25 millions de francs.
que le percement de l'isthme de Suez ait déplacé le Cap, pour ainsi dire, et Tait écarté de la route maîtresse entre l'Europe occidentale et les Indes, les ports de la colonie voient maintenant passer tout près ou au loin plus de navires qu'à l'époque où la mer Rouge était encore séparée de la mer d'Alexandrie. Les
L'Afrique Australe. chapitrb
progrès de la mécanique ont permis aux paquebots voyageant d'Angleterre en Australie de voguer au large du Cap sans y faire escale pour renouveler leur provision de charbon. La part du commerce britannique desservi par les navires qui doublent le cap de Bonne-Espérance sans y faire escale était évaluée, vers 1890, à 1 250 millions par an, somme que la décade écoulée depuis lors ne peut qu'avoir fort augmentée.
En 1898, les ports de la colonie ont reçu 1 045 navires et 2 812 966 tonnes; ils en ont expédié 1 065 avec 2 789 989 tonnes : en tout, 2 HO navires et 5 002 965 tonnes. Là-dessus, la part des Anglais est de 4 847 000 tonnes, sur 1 446 vaisseaux. Tout cela pour la navigation d'outremer; le cabotage a porté, en cette même année, sur 2 581 navires et 7 824 399 tonnes. Le port du Cap arrivait en tête avec une valeur d'échanges plus que double et presque triple de celle de Port-Elisabeth (à cause de l'exportation d'or et de diamants, ses importations étant inférieures à celles de la place rivale) ; au troisième rang East-London, avec importation également fort notable; au quatrième rang, Port- Nolloth, qui n'envoie que du cuivre; au cinquième, Mossel Bay. N'étaient les diamants et l'or, Port-Elisabeth équilibrerait le Cap, et East-London arriverait à la moitié du trafic de Cape Town ou même la dépasserait.
Les vagons des Boers ne sont pas encore V « périmés » dans l'intérieur, sur le plateau des
CHEMINS républiques néerlandaises, chez les Be-Chuana, DE dans le Kalahari, sur les routes de la Rhodesia,
FER sur les chemins du Zambeze. Mais là aussi leurs
jours sont comptés.
Aujourd'hui, dans la colonie du Cap, les charrettes ne servent plus qu'au roulage et au transport des marchandises dans les campagnes écartées. Un réseau de grandes routes carrossables sillonne le territoire dans tous les sens, escaladant les montagnes par des courbes hardies ; des travaux d'art tels que les routes du Montague-pass et du Southey's-pass, dans la région sud-occidentale de la colonie, et du Catberg, entre l'Orange et Graham's Town, sont la gloire des ingénieurs du Cap, et les colons les montrent avec orgueil aux étrangers. Mais surtout le « cheval de fer » a remplacé les paires de bœufs attelés, i au pas tranquille et lent ». Un réseau de voies ferrées se développe, auquel chaque année ajoute de nouvelles mailles. Ces voies partent de Cape Town, de Port-Elisabeth, de Port-Alfred, d'East-London et pénètrent au loin dans l'intérieur, franchissant les remparts successifs des monts à plusieurs centaines et même à plusieurs milliers de mètres d'altitude,
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QUATRIÈME Cullui'es, Mlues, Industries, Commerce
pour atteindre le fleuve, puis le dépasser bien loin, dans la direction du Zambeze.
Déjà richement dotée de voies rapides, la colonie n'avait encore, en 1858, que ses routes et sentiers pour vagons à bœufs.
Aujourd'hui, des villes maritimes de la colonie, du Cap, de Port-Elisabeth, de Port-Alfred, d'East-London, et, hors de la colonie, de Durban ou Port-Natal, et enfin dans l'Afrique australe portugaise, de Lourenço Marqués et de Beira partent des voies ferrées qui, du sud au nord, de l'est à l'ouest, gravissent tous les degrés des montagnes et déjà sillonnent au loin les grands plateaux de l'intérieur.
Le premier coup de pioche fut donné, en 18o9, pour le chemin de fer du Cap à Wellington, long de 93 kilomètres. Il n'y eut aucune hâte dans l'établissement du réseau, jusqu'à la découverte des champs diamantifères ; mais dès lors on rattrapa le temps perdu. Entre 1873 et 1880, on passa de 101 à 1 419 kilomètres de lignes livrées aux voyageurs; en 1894, il y en avait 2 162; près de 4 000 à la fin de décembre 1898, dont 3 203 propriété de l'État. Elles sont à voie étroite (1 m. 00 à 1 m. 07).
La colonie n'a qu'à se féliciter de son réseau d' * État ». En' 1886, par exemple, il lui a rapporté plus de dix millions; en 1894, plus de trente; en 1898, plus de vingt-trois, différence entre une recette de 73 837 250 francs et une dépense de 50309 750; cette année-là, il a transporté 10 013 432 voyageurs et 1 374 000 tonnes de marchandises, contre 2 428 586 voyageurs et 375 103 tonnes en 1885. Le coût entier du réseau gouvernemental, au 31 décembre 1898, se montait à 505 millions de francs, soit à un peu plus de 150 000 francs le kilomètre. Aux 4 000 kilomètres environ de chemins de fer, il y a lieu d'ajouter près de 14 000 kilomètres de routes de terre.
De même que les voies ferrées, les lignes télégraphiques appartiennent au gouvernement ; leur longueur est de 1 1 626 kilomètres, avec 35 030 kilomètres de fils; leurs 470 bureaux ont expédié 2 321 082 dépèches en 1898.
En ce même 1898, le nombre des bureaux de poste était de 942; ils ont distribué 23 339 379 lettres, 750 568 cartes postales, 9862080 journaux, 2303000 livres et échantillons, 525 660 paquets.
A ce nombre de lettres échangées, de jourvii naux, de livres expédiés, on voit que la popula-
INSTRUCTION tiou de la colonie du Cap est en moyenne une PUBLIQUE société cultivée, sans que pourtant la fréquentation de l'école y soit obligatoire pour les enfants. Quoique les institutions scolaires dépendent surtout des municipes et qu'elles soient entretenues en grande
L'Afrique Australe. chapitre
partie par des cotisations volontaires, le gouvernementcontribue au développement des écoles au moyen de bourses pour les élèves indigents, de fournitures de livres, cartes et instruments, et de salaires pour les professeurs.
Les écoles primaires se divisent en trois groupes, suivant Torigine des élèves. Les préjugés de race qui prévalent dans l'Église distribuent les fidèles en des édifices différents, suivant la couleur de leur peau ; ils l'ont également emporté dans le système scolaire, et les législateurs ont pris soin que des fils de Malais ou de Hottentots ne s'asseyent pas à côté des enfants blancs et ne participent point aux mêmes jeux. Les écoles publiques des « Européens » établies dans les villes et les villages sont dirigées par des commissions locales; celles des enfants métis des villes et des districts industriels fonctionnent sous la surveillance des communautés religieuses ; enfin, les écoles des aborigènes sont restées aux soins des sociétés des missions qui les ont fondées : ce sont pour la plupart des écoles de métiers, où l'on enseigne surtout la charpenterie, la menuiserie, la charronnerie, la reliure et l'imprimerie. Un grand nombre des instituteurs sont recrutés parmi les indigènes.
Au recensement de 1891, on constata que les enfants ayant l'âge scolaire, considéré comme commençant à 5 ans et finissant à 14, se trouvaient au nombre de 415 432, dont 99 280 blancs et 316152 de couleur. Parmi les 99 280 de race européenne, 39 280, soit presque exactement les deux cinquièmes, ne fréquentaient pas l'école, et 60 000 la fréquentaient, dont 20 223 n'allaient qu'à Técole du dimanche, laquelle est avant tout religieuse, ou étaient élevés chez eux par leurs parents ou par des professeurs; il y en avait 20080 dans les écoles du gouvernement et 17 697 dans les établissements particuliers. Parmi les 316 152 enfants indigènes, 272 437 ou plus des 86 centièmes restant dans une ignorance entière, 34133 allaient dans les écoles du gouvernement, 5 021 aux écoles du dimanche et 4 561 aux écoles privées. Quant aux adultes, près de 29 pour cent des hommes et 28 pour cent des femmes ne savaient ni lire ni écrire. Le 31 décembre 1898, il y avait 2 588 écoles assistées (autrement dit subventionnées par l'État), avec 135 805 inscrits et 105 051 présents, et la subvention gouvernementale fut, dans l'année, de 5 875 500 francs.
En fait d'enseignement supérieur, l'université du Cap, fondée en 1873, a interrogé 339 étudiants en 1893-1894, et 558 en 1897-1898. Sept collèges de lettres, de sciences mathématiques, physiques, naturelles, lui sont affiliés. L'université n'enseigne pas, elle se borne à examiner des candidats, à conférer
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QUATRIÈME Cultures, Mines, Industries, Commerce.
des diplômes; et c'est à ces sept collèges que se rattachent les 558 étudiants signalés ci-dessus. En somme, en dépit des facilités offertes à l'éducation dans la colonie du Cap, la proportion des élèves y est très inférieure à la moyenne qu'offrent les nations civilisées.
L'instruction primaire se donne dans les deux langues, qui ont théoriquement des droits égaux, suivant que dominent Hollandais ou Anglais, ou suivant qu'ils se « pénètrent »; elle est ici hollandaise, là anglaise, ailleurs dans les deux idiomes. L'éducation supérieure a pour organe unique l'anglais, et celuici, bien que beaucoup moins parlé que son rival dans l'ensemble du pays, et surtout à la campagne, l'emporte décidément comme langue des affaires, du commerce, de l'administration, des chemins de fer, des postes, des salons. « Dutch and english equal » — le hollandais et l'anglais égaux — , c'est une formule légale que ne respecte pas la réalité.
L'inégalité de fait entre les deux langages ne se manifeste pas moins dans la littérature et la presse. Tout ou presque tout ce qui se publie d'important a pour verbe l'anglais et, sur plus d'une centaine de journaux et de revues, on n'en compte que 22 en hollandais, plus 10 écrits dans les deux idiomes, contre 70 et plus en anglais : soit, pour la presse néerlandaise, une proportion de trois sur dix seulement, même en comptant comme hollandais les organes bilingues. La grande presse surtout, les grands journaux sont « english ».
En 1897, la colonie comptait 116 bibliothèques, ayant ensemble 376 000 volumes.
Pendant toute la première moitié du xix'' siècle, vm la colonie du Cap était une simple dépendance
GOUVERNE- de la « Couronne » ; les gouverneurs exerçaient MENT le pouvoir au nom du souverain, seuls dans les premières années, puis avec l'appui d'un Conseil exécutif et d'un Conseil législatif, nommés directement par le gouvernement anglais. Le parlement colonial n'existe que depuis 1853, mais la nomination du gouverneur et du lieutenant-gouverneur appartient toujours à la Couronne, et celle-ci a gardé le droit de veto, dont on peut dire qu'elle n'use guère, ou qu'elle n'use pas.
En vertu de la constitution, copiée en grande partie sur le modèle britannique, la législature comprend deux chambres, la « Chambre basse », ou l'Assemblée {house of Assembly), et la « Chambre haute », ou Conseil législatif. La première est composée de 95 membres, élus pour une période de cinq années et rétribués au taux de 25 francs par jour de séance; plus une
L'Afrique Australe. chapitre
indemnité de 18 francs par jour, pendant une période qui ne peut dépasser trois mois, pour ceux qui habitent à 24 kilomètres au moins du Cap. La seconde n'a que 23 membres, désignés par le titre d' « honorables » et choisis pour sept années parmi les riches ayant au moins 50 000 francs d'immeubles ou 100 000 francs de propriétés mobilières. Ces 23 membres sont élus à raison de trois pour chacune des sept provinces électorales (elles-mêmes partagées en 77 divisions envoyant chacune un membre à la Chambre basse) ; plus deux membres pour les territoires annexés en temps * moderne » à la colonie : un pour le Griqua-Land Occidental, l'autre pour le Be-Chuana- Land.
Sont électeurs pour les deux chambres tous les sujets britanniques, blancs ou noirs, propriétaires d'un domaine d'une valeur d'au moins 1 875 francs ou touchant un salaire d'au moins 1 250 francs sans nourriture ou 625 francs avec vivres et couvert ; mais, il y a une douzaine d'années, une délibération du gouvernement colonial a privé du droit de vote les noirs qui sont propriétaires en commun avec d'autres natifs. D'ailleurs, comme on ne peut mettre de bulletin dans l'urne qu'à condition de savoir écrire au moins son nom, sa profession, son adresse, la plupart des noirs ou « colorés » et un certain nombre de blancs se trouvent par cela même exclus des scrutins. Puis, à dire vrai, les électeurs ne tiennent guère à voter; les seuls noirs qui s'approchent des bureaux de vote sont ceux que les divers partis enrôlent (et paient). L'Assemblée ou « Chambre des députés » élit son président et son bureau, tandis que la Chambre haute a pour président de droit un des fonctionnaires qui sont à la nomination du gouvernement central, le chief justice.
Le gouverneur ouvre les sessions par un discours du trône, au nom de Sa Très Gracieuse Majesté la Reine. Comme gouverneur il touche 125 000 francs par an, et comme « Haut Commissaire de Sa Majesté » 75 000. Il choisit les ministres parmi les mandataires du corps électoral, ministres responsables devant les chambres : le trésorier général, qui est en même temps premier ministre, le secrétaire de la colonie, l'avocat général {attorney gênerai) ou ministre de la justice, le commissaire des terres et des travaux publics et le secrétaire des affaires indigènes. Sous la présidence d'un des leurs ils constituent le cabinet. Les débats se font dans l'une ou l'autre langue, anglais ou hollandais, au choix de l'orateur.
L'exercice de la justice dépend encore du gouvernement anglais : c'est lui qui nomme les fteld-cornets (veld-kornets), ou magistrats de campagne, et les juges de paix; il choisit aussi
QUATRIÈME Culùires, Mines, Industries, Commerce.
les membres des cours de circuit, de la cour d'appel et de la cour suprême. L'on peut même, dans les circonstances graves, porter les affaires hors de la colonie du Cap à la reine elle-même, en son Conseil privé. Le nombre des circonscrip tions judiciaires monte à 77, plus 29 districts dans les « dépendances », en pays cafre, en Ba-Suto-Land, en Be-Chuana-Land. € La cour suprême, devenue depuis 1889 également la cour d'appel, réside (naturellement) à Cape Town; elle se compose de neuf juges, dont le juge supérieur. Trois parmi ces juges forment la cour des districts orientaux, résidant à Graham's Town; trois autres constituent la haute-cour du Griqua-Land, résidant à Kimberley. La cour du Cap et des districts occidentaux comprend le juge supérieur et deux assesseurs. Des cours de circuit se tiennent périodiquement dans les villes de la colonie; au-dessous de ces cours, chaque comté a son magistrat-résident... Des cours de justice périodiques se tiennent aussi dans les villages; enfin les juges de paix exercent leur ministère dans les affaires de moindre importance... Le droit romain, tel qu'interprété en Hollande et modifié par les statuts de la colonie, est la base de la justice au Cap ».
A la tète des circonscriptions judiciaires, qui sont en même temps des divisions électorales, en un mot à la tète des comtés, se trouve un commissaire civil, qui presque toujours est aussi magistrat-résident. A l'exception de trois comtés, chacun d'eux possède un conseil d'au moins six membres (quatorze pour le comté du Cap), nommé tous les trois ans par les mêmes électeurs que ceux qui choisissent les membres de la Chambre des députés ; ce conseil s'occupe des routes, des questions diverses, des intérêts locaux. Il y avait, en 1898, près de cent municipalités de villes (exactement : 94) et 77 villages « constitués », les villes ayant leur maire et leur conseil municipal, et les villages leur « management board » ou comité d'administration.
Le gouvernement anglais, qui préside ainsi à la justice, est aussi le directeur des forces militaires de la colonie. Avant que la guerre dite du Transvaal ne vînt tout bouleverser, il n'entretenait qu'un petit nombre d'hommes au Cap et à Simon's Town, dans la péninsule de' Bonne-Espérance défendue contre les attaques par un système de forts et de batteries : toute l'armée « impériale » se bornait aux 1 003 officiers et soldats du régiment des fusiliers à cheval du Cap {Cape mounted riflemen).
Depuis une loi de 1878, tout homme de 18 à 50 ans né dans la colonie est astreint au service militaire en dehors du territoire; mais cette obligation est « contemplative », théorique,
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réservée pour les cas de guerre, invasion, révolution. Il y a tout de même un corps de volontaires, plus ou moins organisé, qui comprenait, en 1898, tout près de 7 000 hommes (6 933). La police montée du Cap consistait, cette année-là, en 1922 hommes et 1572 chevaux; elle est aussi considérée comme devant contribuer, en cas d'urgence, à la défense du pays.
Comme défense maritime la Colonie a, suivant l'occurrence, sa part plus ou moins grande de l'escadre de treize vaisseaux de guerre chargée de la protection du Cap et de l'Afrique occidentale anglaise (Cape and West-African Station).
Le gouvernement anglais et le gouvernement local ont abandonné tout pouvoir sur l'Église, qui était naguère inféodée à l'État (mais alors toutes les différentes sectes ne participaient pas aux faveurs du budget). Depuis 1875, le principe de la séparation est voté : les fidèles doivent s'occuper de l'entretien de leurs églises; les traitements sont maintenus pour les seuls membres du clergé nommés avant que le vote eût force de loi. Le budget ecclésiastique diminue d'année en année par voie d'extinction : en 1898, il n'était plus que de 150600 francs.
Les communautés religieuses de blancs les plus considérables sont celles qui avaient autrefois un caractère privilégié : l'église réformée hollandaise et Téghse anglicane. Mais les wesleyens font une propagande beaucoup plus active parmi les indigènes, et c'est à leur confession que se rattachent la plupart des Hottentots et des Cafres de la colonie. Les Malais sont restés mahométans et même ils ont fait des prosélytes : Cape Town et Port-Elisabeth ont des mosquées.
Les droits de douane, d'accise, de mutation, d'héritage, de timbre et quelques autres IX taxes fournissent plus de la moitié du budget; le
FINANCES reste provient des bénéfices que donnent au gouvernement les chemins de fer, postes, télégraphes, etc., etc., ainsi que la vente des terres et des gisements miniers.
L'ascension des revenus de la colonie est régulière : 78 979 775 francs dans l'année fiscale 1886-1887, — 135 715 300 en 1894-1895,— 190 305 500 en 1897-1898.
Régulière aussi l'augmentation annuelle des dépenses : 79869 150 francs en 1886-1887, — 135410000 en 1894-1895, — 210 784 950 en 1897-1898.
La dette publique, elle aussi, croît et prospère : en 1887, elle se montait à 561 332 325 francs y compris les emprunts locaux garantis par la colonie; au 1" janvier 1899, elle atteignait
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QUATRIÈME Cultuves, Mifies, Industries, Commerce.
709 598 500 francs, dont 77 661900 pour les sommes empruntées par les villes, corporations, commissions maritimes des ports, etc. Près de la moitié des emprunts a été consacrée aux grands travaux d'utilité publique, et là-dessus 462 500000 aux seuls chemins de fer. A ajouter à la dette coloniale, ou nationale, celle des comtés, qui est peu de chose, et celle des municipalités, qui se chiffre par 46 485 650 francs.
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