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VILLES ET BOURGADES

Le long de la frontière de l'État libre, la zone méridionale du territoire appartient au bassin du Vaal, rivière dont la source la plus lointaine jaillit près de la ville d'Ermelo, sur un plateau lacustre, et qui se nomme d'abord Krom Kapok ou « Kapok Sinueux ». C'est là le haut pays qui s'est appelé quelque temps New-Scotland ou « Nouvelle-Ecosse », d'après ses premiers colons. Le plus vaste de ses lacs, dit lac Chrissie, semble être le reste de la mer intérieure qui recouvrait jadis une partie de la contrée. Le Vaal porte encore ce nom de Krom Kapok quand il passe devant la petite ville de Standerton, qui a des gîtes de houille dans son voisinage. Standerton et, au nordouest de celle-ci, Heidelberg, située au pied du pic Jeannette (1 911 mètres), dans un pays accidenté, à 1 490 mètres d'altitude.

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ne participent pas au climat semi-tropical des plateaux du nord : on n'y cultive point l'oranger comme dans les autres parties du Transvaal.

Potchefstroom, à 150 kilomètres plus à l'ouest et à 1 190 mètres d'altitude, sur la Mooi ou « Belle Rivière >, petit affluent du Vaal, est déjà dans une région beaucoup moins froide où l'on cultive surtout maïs et tabac. Potchefstroom, qui fut dans les premiers temps le chef-lieu du Transvaal et qui garda longtemps la prééminence pour le nombre des habitants quand Pretoria fut devenue capitale à sa place, est une ville fort agréable; des saules pleureurs, que l'on dit avoir été introduits de Sainte-Hélène, ombragent les rues, et tous les jardins sont entourés de haies vives où fleurissent les roses. La rivière Mooi, qui sort d'un calcaire à cavernes, paraît et reparaît en maints endroits au fond des grottes, et les merveilles de la « Fontaine Prodige » — Wonder-fontein — rappellent l'étonnant spectacle des grottes du Karst ou de celles de nos Causses de Languedoc et de Guyenne.

Le chef-lieu de la république, nommé Pretoria en l'honneur du fugitif dont les Anglais avaient mis la tête à prix, est situé à 1 3o6 mètres, dans une plaine doucement inclinée que des collines entourent, si ce n'est au nord, où les monts de Magalies ou du a Rhinocéros noir » sont percés par une brèche qu'emprunte un haut affluent du Limpopo. Des ruisselets arrosent les rues de Pretoria, parcourent les jardins et versent ce qui leur reste d'eau dans le lit étroit de la rivière. Construite sur un très vaste plan de rues et de boulevards qui se croisent à angle droit, Pretoria resta longtemps dans la période de transition entre la campagne et la ville; elle offrait l'aspect d'un grand jardin où s'élevaient çà et là quelques maisons basses, le long de rues très larges, d'avenues plutôt, bordées de rosiers, ombragées d'eucalyptus, de saules pleureurs. Depuis qu'elle est devenue un lieu de passage pour les mineurs qui se dirigent au nord vers les champs aurifères, elle a pris l'apparence d'une ville animée; les maisons se pressent dans le quartier central, les marchés y attirent des foules considérables, et il se peut qu'elle ait atteint son dixième millier d'habitants, même les gens de couleur non comptés. On y remarque, plus qu'on n'y admire le Raad-zaal, mot à mot : salle du Conseil, autrement dit palais gouvernemental, véritable édifice « national » comprenant le premier et le second Volks-raad, les ministères et la plupart des bureaux. Quelques restes de forêts se montrent encore sur les montagnes environnantes; un des arbres, à l'immense branchage étalé, est dit : « Arbre Prodige ». De même que Potchefstroom a sa Wonder-fontein, Pretoria possède son

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Wonder-boom, énorme patriarche, dont il ne reste plus que la peau, disons : l'écorce, entourant une sorte de salle si vaste que, prétend-on, les Boers s'y réunissaient autrefois pour discuter de leurs affaires. « Autour de cette salle de verdure intérieure, il y en a une autre, de plus de cent pieds de diamètre, formée par une dizaine d'arbres immenses, qui ne sont que les rejetons des anciens. »

Si la capitale compte 10 000 âmes, il y en a 100 000 à Johannesburg, qui, dans ce pays neuf où Pretoria est presque une ville antique, est une cité neuve encore : elle ne date que de 1886. A une cinquantaine de kilomètres au S.-S.-O. de la « ville de Pretorius », à 1 710 mètres d'altitude, sur un mince tributaire du Vaal, elle a son site entre des coteaux du Witwatersrand, ou du Rand tout court, comme on dit populairement. Malgré son éclosion rapide, presque foudroyante, que par cela même on pourrait croire naturelle, Johannesburg ne doit pas compter sur un avenir digne de son présent. Née des mines d'or, dans une région sans beauté, sans charmes, sans fécondité, sous un climat très clair et très sain, mais très brusque par l'effet de l'altitude, dans une poussière rouge, parmi des vents désagréables, parfois effrénés, elle diminuera sans doute en même temps que se videront ses filons auxquels on présage de vingt à trente ou quarante ans au plus de durée. D'ailleurs ville dans la « normale », avec larges boulevards, grands édifices, hôtels vastes comme des caravansérails, magasins luxueux, tramways, télégraphes, téléphones, éclairage électrique, et, à côté, de même qu'en toute « cité-champignon », des espaces vides, des rues « vagues », des maisons basses, des baraques en planches ou « en tôle de fer galvanisée, à larges ondulations, qu'on fixe rapidement par quelques clous sur une charpente » ; puis, des cabanes de nègres faites à la diable, d'un assemblage de matières quelconques, pierre, fer, tôle, bois. En somme, la misère mêlée au luxe, la sauvagerie à l'extrême civilisation et, cela va sans dire, tout ce que les Anglais amènent partout avec eux de « confort », de « sports », d'agréments, de commodité, d'hygiène bien comprise; et partout des saules pleureurs et une sorte de peuplier de taille élancée.

A l'ouest de Pretoria, la petite ville de Rustenburg (i 0o5 mètres) et celle de Zeerust, dans la province de Marico, « Jardin du Transvaal », bordent aussi de hauts affluents du Limpopo, de même que Nylstroom, à 1 300 mètres, ainsi nommée « fleuve du Nil » de ce que son fondateur boer crut avoir trouvé en cet endroit les sources du Nil. Le ruisseau, qui va se jeter dans le

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Limpopo en amont de la grande cataracte, garde ce nom de « Nil », qui rappelle les hautes ambitions des Boers voortrekkers, c'est-à-dire « pionniers d'avant-garde », en marche, croyaient-ils, vers la Palestine. Entre ce mince Nil et la rivière Olifant, à l'est, est le bourg minier d'Eersteling, à côté de gisements d'or et des gîtes de Tljzer-bergou « Mont de Fer », que les naturels ont exploités et dont ils tirent encore du minerai, mais beaucoup moins. Puis vient, terme actuel de la ligne de Pretoria au Limpopo, la jeune ville de Pietersburg, sur le Zand ou « rivière au Sable », sous-affluent du fleuve par la rivière aux Crocodiles. Le pays s'abaisse assez rapidement, et par cela même il devient moins favorable aux Blancs, qui y contractent la fièvre intermittente; c'est ainsi qu'en 1883, environ 80 Boers moururent par ici de cette fièvre, dans le Waters-berg et le Zoutpans-berg.

Aussi les Boers sont-ils fort clairsemés à partir de Pietersburg; on n'en voit pour ainsi dire plus, sinon de passage, en chasse, par hasard, au delà de Zoutpansberg, « Mont des Lacs Salés », bourgade fondée en 1884 auprès de mares salines exploitées. Des marchands, des missionnaires s'y hasardent aussi, mais rarement, et dès qu'on entre, en approchant du fleuve, dans le domaine de la tsétsé, plus un seul Européen, et les bords mêmes du Limpopo restent à peu près inexplorés. Craignant l'horrible mouche, dont ce n'est plus d'ailleurs le véritable climat, car la température devient peu à peu tropicale, la population blanche naime pas à descendre du plateau que découpent en promontoires allongés les tributaires et soustributaires de droite du Limpopo. Vers les origines d'un de ces affluents, à distance à peu près égale de Pietersburg au fleuve, la station de Valdesia, fondée, comme le nom le dit, par des missionnaires vaudois, se trouve dans le pays que les Boers ont nommé « les Cavernes » (Spelonken), bien qu'il n'y ait pas ici plus de grottes qu'ailleurs. Déjà des prospecteurs y rôdent; il y a de l'or dans ces roches et, dans les vallées, un peu torrides, un admirable luxe de végétation dès que septembre ouvre la saison des pluies; sauf ces chercheurs d'or et le personnel blanc de quelques missions, les habitants, estimés à dix milliers, plus ou moins, sont des Ma-Gouamba.

Leydsdorp, sur un tributaire gauche de l'Olifant, le Silati, est séparé de ce même Olifant par des masses de quartz, « gigantesques vagues, ondulations sans nombre appelées par les natifs du nom très significatif de Makwarrrrrrrrrrrra ! Et le geste qui l'accompagne en dit encore plus que le mot ! » La région d'alentour s'appelle Bokaha ; c'est le Murchison Range des Anglais.

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Ce nom est dû aux monts Murchison, qui ne surgissent que de 200 à 300 mètres au-dessus d'un plateau de 600 mètres seulement ; ce qui est la raison d'une autre appellation anglaise : Low Country, « Pays-Bas »; un troisième nom,c"est Silati-goldfîelds, € champs d'or du Silati », des mines d'or qu'on y a reconnues, de celles qu'on espère y déterrer. C'est ici même, on l'a noté plus haut, que Mauch découvrit les premiers filons aurifères constatés dans l'Afrique australe. On compte beaucoup sur ces placers dès que sera terminé le chemin de fer de Leydsdorp, embranché sur celui de Lourenço Marques à côté de la frontière de la colonie portugaise. Mais, en ce moment, et sans préjudice de la guerre, qui a tout remis en question, cette richesse latente est peu exploitée; elle commençait à l'être, après les trouvailles d'un Français, en 1889, quand le grandissime « épanouissement » du Witwatersrand arrêta presque toute autre exploitation aurifère. Le Bokaha se prête peu à la colonisation blanche, du fait de sa basse altitude, de son climat étouffant, de la mouche tsétsé qui en fréquente les vallées basses. Comme les Spelonken, des Ma-Gouamba l'habitent, qui sont ici des Bantou peu vêtus, assez amis de la culture et de l'élevage.

A l'est de Pretoria, sur le chemin de fer de la baie Delagoa, la ville de Middelburg, sur un affluent droit de l'Olifant supérieur, est en plein pays de Boers; Lijdenburg également, à 123 kilomètres au nord-est, à l'occident du mont Mauch, dans un pittoresque renflement de montagnes, à 1 775 mètres au-dessus des mers; à la droite, c'est-à-dire au midi de la ligne de Lourenço Marques, les champs aurifères du Kaap ont d'abord amené une vie exubérante, qu'a tout à coup amortie le succès extraordinaire du » Rand », mais il y a peu à peu un retour d'animation sur les placers de Barberton et d'Eureka.

Au sud de Barberton, dans le bassin de deux fleuves qui finissent à la baie Delagoa, le N'Komati et le Maputa, on ne voit pas encore de villes qui soient autre chose que des villages.

Le pays des Souazi, le Souazi-Land comprend 25 000 kilomètres carrés arrachés aux Bantou, spécialement aux Cafres, plus spécialement aux Zoulou;il renferme une cinquantaine de milliers de cuivrés, à côté d'environ 1 200 Blancs, des Boers, augmentés en nombre chaque année, quand les Transvaaliens du plateau descendent en hiver avec leurs troupeaux. D'après la convention anglo-transvaalienne qui a remis ce pays à la république Sud-Africaine, le Souazi-Land est annexé au Transvaal sans lui être formellement incorporé. Son indépendance avait été garantie par les deux puissances contractantes en 1884;

HumÈME République Sud-Africaine ou Transi'aal.

en 1890, on créa un « comité gouvernemental du Souazi-Land » ; en 1894, on mit la contrée « sous la protection, l'administration, la législation de la république Sud-Africaine >, mais avec certaines restrictions. Les indigènes s'y gouvernent eux-mêmes suivant leurs us et coutumes, sous leurs propres chefs; ils gardent leurs terres, leurs pâturages; la taxe des huttes et autres légers impôts ont été abolis en 1898; la vente des liqueurs fortes aux indigènes est interdite absolument. N'empêche que ces Cafres sont bien menacés : ils ont le malheur de se trouver sur les routes les plus courtes entre le plateau et la mer; il y a de l'or chez eux, de la houille, exploitée déjà, de l'étain, d'autres minéraux, des sources thermales dans la vallée d'Usutu; grands avantages sans doute, mais qui pourront leur être aussi funestes que les diamants de Kimberley et le métal du Rand l'ont été pour les Boers.

Les Souazi, tout au long Ama-Souazi ou « Fils de la Verge i, ont reçu ce nom d'après un de leurs chefs, qui s'assit en 1843 sur la peau de lion ; autrefois la nation s'appelait les Ba-Rapousa, d'après un autre chef. La marque distinctive des Souazi est une entaille au cartilage de l'oreille. En théorie la fortune de leur « roi » dépend, monétairement parlant, de l'exploitation des mines d'or, chaque compagnie « aurifère •» étant tenue de lui verser à tout le moins 7 500 francs par an pour sa part.

Au-dessous de la république protégeante, le grand chef des Souazi est assisté d'un conseil de 44 membres, et surtout attentif aux « indications » du commissaire spécial du Transvaal, et, en général, aux conseils (qui sont des ordres) que veulent bien lui faire entendre les Blancs importants du Souazi- Land, tant les Anglais que les Boers Une police à cheval de 110 hommes maintient la tranquillité. — Revenus en 1898, environ 875 000 francs; dépenses, 1 200 000 francs; le budget de la république Sud-Africaine parfait la différence.

La capitale du territoire des Souazi se nomme Bremersdorp, près de l'ancien kraal du roi Embelekouéni; cette bourgade borde un sous-affluent gauche delà Maputa; elle est t remarquablement » insignifiante.

Au midi des Souazi, l'on entre dans ce qui fut la Nieuwe Republik, dont l'existence éphémère s'est résorbée dans celle du Transvaal. Elle fut établie en 1884 par 118 Boers du Transvaal et de l'État d'Orange, sous le commandement de Lukas Meyer. On divisa le pays en 800 fermes de 3 000 à 5 000 hectares, desquelles 250 revinrent aux Anglais, autour de Melmoth, quand la Nouvelle République devint transvaalienne; mais les fermiers de ces fermes, enclavées maintenant dans le Zoulouland britannique, sont restés Boers comme devant. A l'orient des

V Afrique Australe. chapitre huitième

Draken-bergen, ce petit recoin est un lambeau détaché de la région de la Natalie, un pays de terrasses inclinées vers l'océan des Indes qui est proche, une forêt, une pâture où sautent en cascades les torrents qui courent vers la plage d"entre Durban et la baie Santa-Lucia par TUm-Folosi et la charmante Tugela. Wakkerstroom, à 1 616 mètres d'altitude, Utrecht, Vrijheid en sont les trois principales bourgades.

De douze, puis de dix-sept, le Transvaal est passé à vingt districts : division qui sans doute ne survivra pas à la présente guerre.

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