CHAMPS DE BATAILLE AU TR,\NSVAAL EN
Est de Greenwich
D'après Bartholomew ei lelVar Office,,
>- Marche des Anglais. Date (A) victoire anglaise.
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souvent inécoutés. Plus que toute autre cause c'était l'effroyable anéantissement de chevaux par le climat de l'Afrique méridionale qui forçait lord Roberts à lïnaction, cependant que les Boers le harcelaient de tous côtés. « Lutter avec eux, a dit le
L'Afrique Australe. chapitre
généralissime Wolseley, c'est se débattre contre un essaim d'abeilles ».
En mai, l'Anglais, qui rongeait son frein et piétinait sur place, put mettre à profit son énorme supériorité d'hommes, de munitions, de canons, et la richesse extraordinaire du peuple de la Grande-Bretagne. Tous les calculs de probabilités déduits des faits précédents furent trompés du tout au tout. L'armée de Roberts, pensait-on, ne pourrait s'avancer que péniblement, assaut de kopje après assaut de kopje, à travers les monts ou dans la brousse inhospitalière, et voici que, soudain, elle a tout inondé, parce que l'Angleterre a mis en ligne, elle l'avoue officiellement elle-même, 221 000 soldats et qu'elle est assez opulente pour consacrer à cette guerre 50 millions par semaine. Les Boers, de moins en moins nombreux, de plus en plus diminués par la mort, la désertion, le découragement inévitable dès qu'on se dit : « Ils sont trop! », les Burghers ne tiennent nulle part, et ils ne peuvent tenir, toujours tournés, à droite et à gauche. De Ladybrand, près du Caledon, à Brandfort, au nord de Bloemfontein, leur ligne de défense est crevée, submergée plutôt. La mise en mouvement de l'énorme engrenage datant du 30 avril, Lord Roberts occupa Brandfort dès le 3 mai; le 5 il passa le Vet, affluent gauche du Vaal; le 10 il traversa de vive force le Zand, tributaire droit du Vet; le 12 il entra à Kroonstad, qui cessa d'être la capitale temporaire de l'État d'Orange. Cette capitale fut transportée ensuite, provisoirement encore, à Heilbron, cité du nord-est du Vrij Staat. Le 18, Mafeking, que le colonel Baden Powell avait magnifiquement défendue, vit s'ouvrir l'horizon devant elle, et sa délivrance remplit l'Angleterre de joie et d'orgueil. Ainsi les Boers n'avaient pris aucune des villes assiégées par eux, et maintenant, trop faibles, ils ne pouvaient en défendre aucune contre leurs ennemis; ils cédaient sans combat leurs dernières positions en pays d'Orange, le long du Rhenoster, affluent gauche du Vaal, et le long du Vaal lui-même; tout l'État libre était occupé, et le général anglais, ayant repris toutes les villes de la haute Natalie, s'approchait des passes de la montagne. En vain Botha, de Wet, terribles chefs de partisans, multipliaient les petits coups d'audace, les surprises, les retraites heureuses : la guerre était décidément « perdue » pour les Hollandais austraux.
Le 5 juin, Roberts entrait à Pretoria après avoir bousculé les quelques milliers d'hommes de Botha qui avaient opiniâtrement défendu, en trois rencontres, les approches de cette capitale pour conquérir aux Burghers le temps d'évacuer les canons et les munitions de guerre. Menacés d'être tournés à
TREIZIÈME Guerre d" indépendance des Boers.
l'ouest par les Anglais maintenant maîtres de l'État libre, les Boers, au nombre d'environ 12 000, abandonnèrent les cols de la Natalie par lesquels ils avaient envahi si triomphalement les régions de la Tugela supérieure au début même de la guerre, et ils battirent en retraite vers le nord. Mais, si les envahisseurs étaient devenus les maîtres du Vrij Staat, dont ils avaient officiellement changé le nom en celui de Colonie du (Icuve Orange, les Burghers contestèrent avec ténacité cette domination. Partout leurs commandos coururent la campagne « à la barbe » des généraux de l'invasion; de Wet, le plus déterminé, le plus rapide, le plus heureux, le plus insaisissable de leurs chefs, battit à deux reprises les ennemis près de Kroonstad; en dix, en vingt endroits les troupes anglaises furent surprises, les chemins de fer coupés, cependant que Botha, serré de près par Lord Boberts, sauvait ses 8 000 hommes par une lente et vigoureuse retraite accidentée par trois jours de bataille. Mais malgré tout, Orangiens et Transvaaliens ne peuvent plus rien contre la « foison » de leurs adversaires; dès qu'ils avancent il faut reculer, et aussitôt les dégâts qu'ils ont faits se réparent; pourtant le climat combat peureux: l'été de l'Afrique australe, qui répond à l'hiver européen et qui est la saison des pluies et des boues, fatigue énormément l'armée anglaise dont les soldats passent par milliers du camp à l'hôpital.
Le mois de juillet se consuma en mouvements enveloppants du côté des Anglais, en subites apparitions et coups d'audace des burghers là où on ne les attendait pas. Un de ces mouvements à longue portée réussit, et le général boer Prinslow^, cerné par cinq petites armées, renouvela le désastre de Paardeberg : pris dans la souricière, au nord-est du Vrij Staat, il se rendit avec 1 000 hommes. Quant à de Wet, il multiplia ses fugues, ses fantaisies, ses exploits, toujours passant à travers les mailles du filet tendu par Lord Boberts. « Que de Wet succède à notre généralissime, disait un grand journal anglais, qu'il prenne le commandement en chef de nos troupes, et du coup la guerre est finie! » Tout de même l'invasion fait tache d'huile , peu à peu les Anglais s'affermissent dans l'État d'Orange; Boberts s'empare de Middelburg en Transvaal, sur le chemin de fer de Pretoria à Lourenço Marques, mais il ne peut mettre la main sur Botha, qui lui échappe avec autant de maestria que de Wet et les autres capitaines de commandos.
En août, l'insaisissable de Wet s'illustre par une retraite extraordinaire. Traqué en même temps que Prinslow par cinq colonnes anglaises dans le nord-est du Vrij Staat, à l'ouest des monts du Natal, il prend le chemin du nord-ouest, laisse
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Kroonstad à gauche, et, toujours poursuivi, franchit le Vaal dans la région de Potchefstroom. Arrivé de la sorte en Transvaal, après 300 kilomètres en terre ennemie , avec canons et bagages, il passe par Ventersdorp, coupe le malencontreux Witwatersrand dont est sortie la guerre « australe », réunit sa troupe à celle d'un autre grand chef boer, Delarey, dans le pays de Rustenburg, et s'avance jusqu'à 25 kilomètres à l'ouest de Pretoria. En somme, la guérilla continue, les « Africains » réussissent mainte surprise; le nord et l'est du Transvaal sont encore intacts, le vieux Kruger a pour capitale Barberton, ville peu distante de la frontière portugaise, et chaque semaine l'hôpital recrute deux mille hommes sur l'armée de la Vieille Angleterre.
Le l^"" septembre. Lord Roberts annonce urhi et orbi l'annexion du Transvaal à l'Empire britannique; le 6, les Anglais entrent à Lijdenburg, en plein dans la région la plus montagneuse de l'ex-république Sud-Africaine. Ils entrent également à Barberton, dont a fui Kruger, et, poussant vivement en avant, ils arrivent, au début d'octobre, à N'Komati ou Komatipoort, là où le fleuve N'Komati quitte le Transvaal pour le pays lusitanien de Lourenço Marques. Ils n'ont plus de Boers devant eux, et le président du Transvaal a quitté le sol de sa République.
Il s'est embarqué pour l'Europe et a débarqué, le 22 novembre 1900, à Marseille, où il a été reçu avec le respect que mérite la sainteté de sa cause, et avec une ivresse d'enthousiasme qui prouve que, cette fois encore, la France est pour le persécuté contre le persécuteur. Aux paroles de bienvenue qui l'ont accueilli, le vieux lutteur à répondu par de dures accusations contre les Anglais; non pas en français, car il ignore notre langue, mais dans son idiome bref, dur, guttural :
» Je crois que l'Angleterre, si elle avait été bien renseignée, n'aurait jamais recherché cette guerre. Depuis l'expédition Jameson, qui avait voulu s'emparer de nos Républiques..., je n'ai cessé de réclamer un tribunal d'arbitrage, qui jusqu'ici m'a toujours été refusé.
« La guerre qu'on nous fait dans les deux Républiques a atteint les dernières limites de la barbarie. Dans ma vie, j'ai eu souvent à combattre des tribus barbares d'Afrique, mais les barbares contre lesquels nous luttons maintenant sont bien pires que les autres.
« Ils vont jusqu'à armer contre nous les Cafres. Ils brûlent nos fermes, que nous avons eu tant de peine à construire; ils chassent les femmes et les enfants, dont les maris et les pères
TREIZIÈME Guerre d'indépendance des Boers.
ont été tués ou emmenés prisonniers, et ils les laissent sans protection, souvent sans pain.
« Mais, quoi qu'ils fassent, nous ne nous rendrons jamais. Nous lutterons jusqu'aux bout. Notre grande et inébranlable confiance est dans l'Éternel, dans notre Dieu. Notre cause est juste, et si la justice des hommes venait à nous manquer, l'Éternel, qui est le maître des peuples, et à qui appartient l'avenir, ne nous abandonnera pas.
« Je puis vous assurer que si le Transvaal et l'État libre d'Orange devaient perdre leur indépendance, c'est que les deux peuples boers auraient été détruits, avec leurs femmes et leurs enfants. »
Paris aussi l'a fêté comme le champion de la justice immanente.
Kruger n'a pas fui sa patrie, en lâche, comme ont dit ses ennemis, mais pour tenter l'impossible, pour intéresser à son peuple mourant l'Europe lasse, inattentive, endormie.
Les Anglais, a-t-on dit plus haut, n'ont plus de Boers devant eux, mais ils les ont derrière, à droite, à gauche, en travers. Autant que jamais les commandos surgissent en Transvaal et même dans l'État libre; et la guerre a déjà coûté à l'Angleterre quelque trois milliards et 40000 hommes, sinon 50 000; sans préjudice de ceux que ne rendra pas l'hôpital, ou qu'il ne rendra que fourbus désormais.
Que la guerre soit finie, nul n'en doute; quand finira la guérilla, nul ne le sait!
D'après les hommes entendus aux choses militaires, ce n'est pas seulement à l'extrême infériorité de leur nombre que les Boers doivent attribuer leur défaite, mais aussi, et peut-être surtout à leur manque de cohésion ; ces patriotes, ces croyants, ces fanatiques, ces dévoués et déterminés n'ont jamais, paraîtil, mérité le nom d'armée au sens strict du mot; leurs quarante, leurs cinquante mille hommes n'étaient qu'un assemblage trop désarticulé de commandos, en réalité très inégaux en force, très indépendants les uns des autres, et dont beaucoup menés c à la diable i. Admirables pour la résistance, ils ne se sont jamais cristallisés aux moments opportuns en une grande force agissante pour attaquer à fond ou pour poursuivre et détruire, et de nombreux témoins nous ont confessé que leur indiscipline a causé des désastres, stérilisé des victoires.
Ces mêmes experts en stratégie s'accordent à dire que l'armée anglaise, lourde machine, a lourdement évolué, que beaucoup de ses chefs ont péché par ignorance, par étourderie,
U Afrique Australe. chapitre treizième
par faiblesse d'esprit, et que nombre d'officiers se sont fait tuer inutilement, très bravement, mais avec ostentation de bravoure. Ils croient qu'avec 220 000 hommes contre 40 000, voire 50 000, cest-à-dire plus de quatre contre un, l'Angleterre aurait dû vaincre les deux républiques en moins d'une année. Tous conviennent d'ailleurs que dans un pays en réalité très difficile et très pauvre, et sur de telles distances entre les ports de mer et les capitales de l'intérieur, le maintien des communications, les manœuvres de dislocation et de concentration ne vont pas sans d'extraordinaires difficultés.
Enfin, il semble que, comme presque toujours depuis qu'on écrit l'histoire des hommes, la gloire militaire est du côté des vaincus. V'œuiciis.' puisque c'est l'usage, mais aussi Lausvictis! pour le double honneur de la cause juste et de la défense héroïque !