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DES BOERS

LES CAUSES ORIGINELLES. Il LES ANGLAIS s'eM- PARENT DE LA COLONIE DU CAP FONDÉE PAR LES HOLLANDAIS. Il RÉPRESSION PAR LES ANGLAIS d'uN SOULÈVEMENT AFRIKANDER (1815). Il FONDATION D'UNE RÉPUBLIQUE BOER EN NATALIE. Il l'ANGLETERRE REVENDIQUE CE TERRITOIRE. Il LES BOERS FONDENT l'ÉTAT LIBRE d'ORANGE ET LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE, il DIFFICULTÉS SOULEVÉES. Il l'ANNEXION DE 1877 AU PROFIT DE l'aNGLETERRE. Il l'autonomie des RÉPUBLIQUES RECONNUE. Il LE RAID JAMESON. Il LA NATU- RALISATION DES UITLANDERS REFUSÉE PAR LE TRANSVAAL. Il l'ULTIMATUM LANCÉ

A l'Angleterre (octobre 1899). il le commencement des nosTiLiiÉs. ii premiers SUCCÈS BOERS. Il l'ARRIVÉE DES RENFORTS ANGLAIS. Il LA PRISE DE BLOEMFONTEIN. Il l'entrée DES ANGLAIS A PRETORIA. M LES BOERS SE RETIRENT DEVANT l'invasion. Il LA GUERRE DES GUERILLAS.

ON ne sait jamais à quoi l'on s'engage : si, par exemple, la France avait su que de 1830 à 1900 l'Algérie lui coûterait vingt-sept ans de guerre, puis de nombreuses révoltes, et des soldats, des colons à ne pas les compter, avec une dépense de 4 milliards 800 millions, elle aurait sans doute retenu dans les rades de Toulon la flotte de la conquête prête à partir toutes voiles au vent.

De même, si l'Angleterre avait su de quel prix elle paierait la destruction des deux républiques des Hollandais austraux; si elle avait pu mettre en regard l'envoi en Afrique de 240 000 hommes, soit neuf fois ce qu'elle déploya sur le champ de bataille de Waterloo; si elle avait eu la prescience de tant de défaites ; si quelque devin infaillible lui avait prédit son honneur souillé, et la perte de la foi qu'avait l'univers , non dans la générosité, mais dans la raison pratique du peuple

anglais, et les trois milliards, certainement plus, jetés dans le gouffre, sans doute eût-elle hésité, comme nous en 1830, et finalement elle aurait dit au vieux Kruger : « Tu redoutes la guerre, nous ne la cherchons pas ; tu nous as cédé sur les points essentiels; restons en paix, nous deux! »

En quoi l'on peut dire que les autres peuples conquérants et coloniaux leur ressemblent. Car les Russes, par exemple, ne se sont guère montrés tolérants au Caucase, ni les Français au Soudan, ni les Allemands en Cameroun, ni, comme nul n'en ignore, les Espagnols au Mexique, au Pérou, les Portugais et Mamalucos au Brésil. On doit seulement s'étonner que cet excès d'impérialisme et d'injustice de l'Angleterre vise à l'anéantissement du peuple dont Gladstone avait reconnu le bon droit, lorsqu'il dicta sa fameuse dépêche au gouverneur du Cap : « We are wrong ! » ce qui signifie en bon français : « Nous avons tort! »

Or, elle a devant elle en Afrique un peuple d'une rare énergie qui, lui non plus, n'aime pas qu'on le gène; encore moins qu'on le commande : d'où conflit. Et l'on peut dire qu'en vertu de cette incompatibilité d'humeur, la lutte entre ces deux éléments date du jour même où le léopard a planté sa griffe dans l'Afrique australe.

Dès que ces deux races exceptionnellement vigoureuses et prodigieusement entêtées cohabitèrent, même quand les Anglais n'étaient encore que quelques milliers, voire seulement quelques centaines, elles entrèrent en procès intellectuel et moral : non pas uniquement en vertu de leur commune raideur de caractère et de la différence de leurs intérêts, mais aussi parce qu'elles n'avaient pas atteint le môme degré de civilisation, les Anglais étant en moyenne incontestablement plus civilisés, plus policés, plus instruits, plus riches que les Boers ignorants, rustiques, routiniers et pauvres.

A peine quelques années s'étaient-elles écoulées depuis la prise de possession du pays, quatorze ans à partir de la première conquête (179o), trois seulement à partir de la seconde (1806), que déjà les Anglais manifestèrent, en 1809, quelques velléités de restreindre l'usage de la langue hollandaise. Six ans après, première rébellion des Afrikanders, premiers sévices des Anglais, qui n'étaient encore que des administrateurs et des soldats mêlés de quelques commerçants.

Quand l'immigration de 1820 et années suivantes eut installé dans l'Afrique australe un commencement de nation anglaise à l'est d'une nation néerlandaise, les froissements devinrent naturellement plus rudes, et cependant il y avait place, et large place pour deux peuples.

TREIZIÈME Guerre d'indépendance des Boers.

C'est avec le Grand Trek, l'exode hors de la Colonie vers le nord-est et le nord en 1836 et 1837, que commença l'irréconciliable hostilité. Les milliers d'Afrikanders qui quittaient sans esprit de retour le territoire du Cap pour fonder la Natalie, l'État libre d'Orange, et plus tard le Transvaal, croyaient de bonne foi s'être émancipés. Mais l'Angleterre ne l'entendait pas ainsi : elle trouva bon de conserver aux exilés la qualité de sujets britanniques à laquelle ils avaient renoncé de ferme propos, à leurs risques et périls; et, en les revendiquant partout, elle réclamait en même temps les terres qu'ils avaient conquises sur les belliqueuses nations des Cafres.

Ainsi s'empara-t-elle de la Natalie dès que les trekkers en eurent fait une république hollandaise ; de l'Etat libre d'Orange, dès que le plateau qu'il occupe fut devenu propriété des Boers ; et du Transvaal, quand elle crut sonnée l'heure de l'annexer à son magnifique empire. La Natalie, les Anglais ne l'ont jamais rétrocédée à ses premiers colons blancs; l'État libre, ils lui ont rendu toute liberté, ou toute apparence de liberté en 1854; et le Transvaal, subrepticement annexé en 1877, a recouvré son autonomie en 1881, et plus complètement en 1884. Mais, en reconnaissant de la sorte l'indépendance politique des deux républiques néo-hollandaises, ils se réservaient, dans leur conscience intime, d'abord de les isoler à toujours de la mer, puis de les tourner par l'ouest et le nord; ensuite, une fois bloquées, de les amalgamer de gvé, de force, dans leur British South Africa; et ce triple but, ils ne l'ont jamais perdu de vue : ils ont dû renoncer provisoirement à la possession de la baie Delagoa, mais ils ont interdit au Transvaal tout contact immédiat avec l'océan des Indes; ils ont enfermé les républiques entre des frontières anglaises par l'annexion du Be-Chuana-Land et de la Rhodesia méridionale; ils sont intervenus en Transvaal dès que le moment leur a paru favorable.

Le Transvaal se croyait réellement indépendant en droit, et absolument maître de lui depuis la convention de 1884, signée à Londres et authentiquement promulguée.

Mais, en allant au fond, ou même visiblement, cette convention cachait des embûches et des chausse-trappes. On le vit bien lorsque le gouvernement britannique eut résolu de profiter de l'accroissement rapide, inespéré, de l'élément anglais à la suite de la mise en valeur des mines d'or du Witwatersrand. La naissance brusque, l'éclosion rapide, le succès triomphal de Johannesburg introduisirent tant de milliers d'étrangers en plein Transvaal, à quelques lieues de sa capitale, Pretoria, que les hommes d'Etat de Londres et les spéculateurs plus ou

V Afrique Australe. chapitre

moins cosmopolites intéressés à la ruine de la république Sud-Africaine, ou qui croyaient 1 être, imaginèrent de dissocier la jeune nation hollandaise en enfonçant, comme un coin dans la chair, les Uitlanders dans la vie politique, législative et executive de la Zuid-Afrikaanscke Republick. On avait brusqué la ruine des Boers par la « flibusterie» deJamesonet Ton avait échoué piteusement, mais on réussirait par la diplomatie, la discussion du texte de la convention de 1884, la revendication des droits méconnus de la population non-néerlandaise des champs d'or.

Uitlanders, c'est le mot hollandais, qui signifie « les gens nés hors du pays », les forains. De ces forains se servit l'Angleterre pour faire éclater leTransvaal comme par un coup de mine.

En 1899 la machination commença, au mois de juin. Sir Alfred Milner, haut-commissaire britannique pour l'Afrique australe, venu à Bloemfontein pour conférer avec le président Kruger, émit le désir de voir au plus vite le Transvaal accorder la naturalisation pleine et entière à tous les Uitlanders ayant vécu pendant cinq ans sur le territoire de la République. Par surcroît il demandait que dès l'abord on mît le cinquième des sièges de la première Chambre à la disposition de l'élément nouveau et « civilisateur »; et que la naturalisation eût un effet rétroactif : plus encore, qu'elle n'empêchât aucunement les naturalisés anglais de conserver leur nationalité britannique.

C'était un ultimatum,ce désir du haut-commissaire, et Kruger ne s'y trompa point; il négocia pourtant du mieux qu'il put : il invoqua l'impossibilité, de tout temps et partout reconnue, d'appartenir à deux nationalités, et savant comme il est des textes de la Bible, il dut insister sur ce que « Nul ne peut servir à la fois deux maîtres, Dieu et Mammon » ! Enfin, poussé à bout, voyant bien qu'il fallait céder, il conclut à la naturalisation au bout de sept ans de séjour et fit même voter une loi conforme par son Parlement de Pretoria.

Sur quoi le gouvernement anglais « fit semblant de se contenter de cette concession, mais exigea la nomination d'une commission mixte, composée d'Anglais et de Boers, et chargée d'examiner la nouvelle loi avec le droit de « suggérer des amendements ». 'Voyant, et non sans raison, dans cette réclamation , l'intention de l'Angleterre de créer un antécédent d'intervention dans les affaires intérieures du Transvaal, le président Kruger déclara consentir aux demandes du gouvernement anglais, mais à condition que la question des Uitlanders une fois réglée, l'Angleterre s'engagerait à ne plus intervenir dans les affaires intérieures de la République et renoncerait à sa prétendue suzeraineté sur le Transvaal. La réponse du

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cabinet anglais fut l'acceptation de ces concessions, mais le rejet des conditions auxquelles elles étaient subordonnées . Le gouvernement de la République riposta en retirant les concessions qu'il avait faites et en acceptant Tenquète par une commission mixte. L'Angleterre répondit aussitôt que, du moment que le Transvaal retirait ses concessions, elle était obligée de poser de nouvelles conditions, et, en attendant, elle «poussa ses armements ».

Les négociations avaient duré dix mois, et à chaque concession du président Kruger, qui représentait vis-à-vis des Anglais le droit des Transvaaliens à l'existence, et l'on peut dire celui de tous les Hollandais austraux, le ministre des Colonies anglaises, Chamberlain, répondait invariablement par de nouvelles exigences.

Cependant, Anglais comme Transvaaliens, on se préparait à la guerre. Certes, le Transvaal désirait ardemment la paix, mais il savait à n'en pas douter que l'Angleterre voulait en découdre.

Or, au commencement de l'automne de 4899, les Anglais n'avaient encore qu'une dizaine de milliers de soldats en Afrique australe; ils cherchaient donc à gagner du temps. Le vieux Kruger, homme très avisé, les prévint.

De débarquement de troupes en débarquement de troupes il voyait les Anglais incessamment renforcés au Cap et en Natalie; il savait comme tout le monde que l'Angleterre allait rappeler ses réserves à la date du 19 octobre 1899. Alors il n'hésita plus, après avoir longtemps hésité; il tenta brusquement la fortune, et sans doute il ne jeta les dés que dans sa croyance naïve au secours de son grand ami l'empereur d'Allemagne, que suivrait infailliblement l'appui de l'Europe enfin coalisée; mais il se trompait amèrement.

Le 9 octobre, il lançait son ultimatum, avec date du 11 octobre, à 5 heures du soir, pour le rejet ou l'acceptation. C'était la guerre, nul n'ignorant que l'Angleterre n'accepterait pas de dilemme comminatoire. Et dès le soir du il, les Boers s'ébranlèrent : ils allaient à la bataille avec un enthousiasme à la fois patriotique et religieux. Les Anglais partaient d'un cœur léger, confiants dans la parole que leurs hommes d'État et leurs capitaines avaient proférée :

« Nous fêterons la Noël de 1899 à Pretoria ».

Le généralissime de l'armée anglaise était Sir Redvers Buller, l'ami du général Wolseley, qui commandait alors en chef toutes les forces britanniques dans le monde. Il n'allait pas mener au feu des troupes anglaises seulement, car l'Australie envoyait contre les Boers un petit contingent, ainsi que le

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Canada; et, parmi les Canadiens tout court, nombre de Canadiens-Français qui créaient ainsi un terrible précédent contre leur nation : qu'auront-ils à dire, si quelque jour ils se soulèvent, quand tout le monde les abandonnera à leur malheureux sort et qu'il y aura des bataillons de volontaires boers parmi leurs ennemis?

Les Boers, entrés en campagne le 11 octobre, s'emparèrent aussitôt des cols menant du plateau du Transvaal et de l'État libre aux vallées de la Natalie, notamment de la fameuse passe de Laing's Nek; le 13, ils occupèrent Newcastle, ville située sur le chemin de fer de Pretoria à Durban, et Dundee le 15. Puis ayant pris contact avec les Anglais, ils furent repoussés le 20 octobre au combat de Glencoe, le 21 au combat d'Elandslaagte : actions d'avant-garde que les Anglais prirent pour de grandes victoires et qui furent célébrées à Londres comme des triomphes éclatants. Mais l'illusion fut courte : le général Joubert, le héros hollandais de la précédente guerre du Transvaal, écrasa, dès le 24, à ce même Glencoe, le général Yule, et les vaincus n'eurent que le temps de se sauver par une marche de nuit. De retraite en retraite, les divers détachements anglais, fuyant devant les commandos boers, se concentrèrent, au nombre d'environ 10 000 hommes, dans la ville de Ladysmith, dont le siège commença le 30 octobre.

En même temps qu'ils attaquaient l'armée d'invasion, à l'est, en Natalie, les Transvaaliens et leurs fidèles alliés du Vrij Staat envahissaient, au sud, la région septentrionale de la colonie du Cap; et à l'ouest, ils coupaient le grand chemin de fer du Cap à la Rhodesia. Là, sous les ordres de Kronje, ils investissaient Mafeking, défendue par le colonel Baden Powell derrière de simples fossés avec levées de terre; ils entouraient aussi brusquement la ville des pierres précieuses, Kimberley, mieux protégée contre une attaque de vive force par 3 500 soldats de l'armée régulière, par des volontaires et des pièces de canon. En cernant cette dernière cité, les Boers avaient chance de s'emparer du financier, Cecil Rhodes, l'homme qui, plus que tout autre peut-être, était le véritable auteur de la guerre. Malheureusement, ce n'était là que trois villes assiégées (qui n'ont point été prises), et le flot anglais montait toujours par des arrivées d'outre-mer; déjà les tenants de la Grande-Bretagne faisaient plus que réparer leurs pertes, alors que chaque Transvaalien ou Orangien tué était un dommage irréparable.

Le mois de novembre fut employé par les Boers au siège des trois villes bloquées, moins à s'emparer de Kimberley, de Mafeking, assez négligemment attaquées, qu'à entrer de force dans Ladysmith, qui leur vaudrait la capture de 10 000 ennemis.

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TREIZIÈME Guerre cC indépendance des Boers.

Mais, à leur artillerie, qui était bonne, le général White répondait par des canons de marine dont il avait eu le rare bonheur de pourvoir la place, la veille même du jour où elle avait été définitivement cernée. Ils tentèrent aussi de gagner du terrain dans la colonie du Cap et de réparer ainsi, s'il se pouvait, une erreur peut-être capitale dans la conduite de leur guerre d'indépendance. On doit croire en effet que s'ils n'avaient pas porté le gros de leurs commandos sur le haut de la Tugela, s'ils s'étaient bornés à garnir d'une force suffisante les cols de la montagne, très faciles à défendre efficacement avec peu de monde, et s'ils étaient entrés en avalanche dans les comtés du nord de la colonie mère, ils y auraient probablement balayé les Anglais, confisqué les grandes bifurcations de chemin de fer et révolté la masse compacte des Afrikanders ; or, souvent, ce qui est différé est perdu. Quoi qu'il en soit, à la fin du mois de novembre, les Transvaaliens avaient envoyé une avant-garde jusqu'à Howick, dans la banlieue même de Pietermaritzburg, et occupé un moment presque une moitié du Natal. Mais déjà 70 000 hommes de renfort étaient arrivés par navires, ce qui faisait 105 000 Anglais en trois armées : Clery manoeuvrait autour de Ladysmith, Gatacre devait envahir l'État libre, Methuen, soutenu par Gatacre, délivrer Kimberley et surtout Cecil Rhodes.

Methuen partit de De Aar, l'une de ces gares de bifurcation dont les Boers auraient dû s'emparer dès l'abord coûte que coûte, sur la grande ligne du Cap en Rhodesia par Kimberley et Mafeking; le 25 octobre, il chassait Cronje de Belmont, le 27 de Grass Pan, et le 28 il lui livrait, sur les bords de la Modder, à 38 kilomètres en avant de Kimberley, un combat sanglant que, dit ce général avec une emphase extraordinaire, il regarde comme « une des plus grandes batailles qu'ait livrées l'armée britannique ». Ce combat fut indécis en réalité, et les Anglais ne franchirent pas la Modder; Methuen resta dix jours sur place, jusqu'au 7 décembre; et le général Gatacre, chargé d'appuyer sa marche en avant, subit un désastre à Stormberg. Methuen lui-même, fut battu le M, au « tombeau des Highlanders », à Maggersfontein, à quelque distance de la rive droite de la Modder. Ce fut une déroute complète que Cronje infligea aux envahisseurs de l'État libre; moindre toutefois que celle dont l'armée de 20 000 à 22 000 hommes de Redvers Buller fut victime, le 15 décembre, dans sa marche sur Ladysmith, près de Colenso, au passage avorté de la Tugela. Ainsi vaincus partout, à la veille de cette « christmas » qu'ils devaient fêter à Pretoria, et à plus forte raison à Bloemfontein, les Anglais comptaient sur de prochaines revanches : patiemment, ils attendaient la venue de nouveaux frères

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d'armes. La fin de l'année les porta au nombre de 120 000, et on annonçait l'arrivée de deux autres divisions, sans compter des volontaires d'Angleterre et les corps d'infanterie montée qu'on recrutait en Afrique australe parmi les colons d'origine britannique : tout l'empire universel anglais levé comme un seul homme contre un peuple de 200 000 hommes ! Enfin les Anglais appelaient à la rescousse leurs deux plus célèbres guerriers : Lord Roberts, le vainqueur des Afghans, en qualité de général en chef, et Kilchener, le vainqueur des derviches, en qualité de chef d'état-major.

Le mois de janvier 1900 fut encore moins favorable aux Anglais que le mois de décembre 1899. Les Boers prirent Kuruman, la ville du Be-Chuana-Land, célèbre par sa petite rivière sortant toute faite d'une caverne. Combats et surprises autour de Colesberg, le général French essayant de conquérir les ponts du fleuve Orange, qui sépare ici le territoire du Cap de ceux de l'État libre. Mais les Néo-Hollandais maintinrent leurs positions, d'ailleurs sans gagner de terrain et sans entrer en possession des gares stratégiques grâce auxquelles ils auraient pu s'engager à fond dans le «vieux pays », dans la colonie mère, et soulever leurs frères par dizaines de milliers.

C'est surtout près des frontières orientales du Vrij Staat, non loin de Ladysmith, le funèbre enjeu de la partie sanglante, que l'Angleterre fut déplorablement humiliée, sur la rive gauche de la fatale Tugela, à la montagne de Spion Kopje, prise et reprise et finalement gardée par les Boers. Après plusieurs jours de bataille, le général Warren repassa le fleuve «t en désastre », mais il ne fut pas anéanti, ainsi qu'il semble qu'il eût pu letre, ni même poursuivi : comme Annibal, les Boers savent vaincre, ils ne savent pas profiter de la victoire. En Angleterre, à Londres surtout, autant la joie avait été exubérante de la prise de Spion Kopje par Warren, autant le furent la douleur et la colère quand on apprit le désastre et la retraite. Mais, et c'est toujours le même mais, il y avait déjà 150 000 Anglais, réguliers, miliciens et volontaires contre les 30 000 à 40 000 Boers, d'autres disent oO 000, diminués à chaque rencontre de quelques dizaines, très rarement de quelques centaines d'hommes. Le pot de terre n'est pas encore cassé, mais on voit qu'il ne brisera pas le pot de fer.

Le nombre aidant, les envahisseurs pansaient rapidement les plaies de leurs armées, qui se seraient vite épuisées, sans tant de renforts, dans les combats, les marches et contre-marches, les maladies, par une extraordinaire consommation de chevaux,

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et les mille et mille misères sous un climat si dissemblable de celui de la terre natale. Trois fois plus forts que les défenseurs de l'Afrique, ils pouvaient commencer à combiner les grands mouvements tournants avec les attaques de front.

C'en est fini des triomphes des paysans de la Hollande australe, et le sort se décide pour les gros bataillons; dès maintenant, partout et toujours, devant des forces écrasantes, les Transvaaliens passent de l'offensive à la défensive; ils perdent en quelques jours le terrain conquis par eux en quelques semaines. Si l'armée de Buller, habituée aux défaites, échoue encore une fois, le 5 février, devant les retranchements de la rive gauche de la Tugela, bien qu'elle ait 72 canons au service de 25 000 Anglais contre 13 000 Boers, ce même début de février marque pour les Africains le commencement de la débâcle. Les Anglais s'ébranlent après une conférence au Cap entre le généralissime, le chef d'état-major et le général French; le 10, sonne l'heure de l'attaque en nombre, à deux, à trois contre un, et souvent plus; l'armée de Roberts franchit l'Orange, puis la Modder, si longtemps funeste aux soldats d'Albion. Le 15, Kimberley est délivrée après 122 jours de blocus, et les « libérateurs t> se lancent à la poursuite de Cronje : ils sont 40 000 contre 4 000. Ils le tournent, le débordent de tous côtés, ils l'acculent à Paardeberg dans le lit de la Modder et l'on se mitraille du 18 au 26; le 27, Cronje capitule, et le vainqueur l'exile à Sainte-Hélène. C'est le premier sourire de la fortune pour les enrahisseurs, le premier son du glas pour les défenseurs de la Hollande africaine. En même temps, deux jours après, une autre défaite : Buller dépasse enfin la Tugela, et Ladysmith est débloquée après 121 jours de résistance.

La délivrance de Kimberley, de Ladysmith, l'apparition des Anglais, relativement innombrables, sur les plateaux de l'État libre, ne pouvaient manquer d'amener la chute de Bloemfontein : le 14 mars. Lord Roberts y fit son entrée triomphale après avoir délogé, à Rietlontein, des patriotes qui lui barraient le chemin. La capitale de l'Orange émigra à Kroonstad, à 200 kilomètres au nord-est, sur le chemin de fer de Pretoria. Le corps d'armée du général Gatacre franchit à son tour l'Orange et tout le sud de l'État libre se trouva occupé par les Anglais, sauf çà et là l'arrivée soudaine, l'attaque, la disparition brusque d'un commando. Tout va bien pour les envahisseurs, excepté qu'ils perdent beaucoup de monde par les fatigues de la campagne, les intempéries du climat et que, harcelés par la guérilla, il leur faut des dizaines de milliers d'hommes en arrière de leurs

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troupes de combat pour assurer leurs lignes de ravitaillement, souvent coupées, toujours menacées. Sur plus de 160 000 combattants venus de la Gi'ande-Bretagne et de l'Inde, plus de 40 000, 50 000 peut-être, gardent les communications de la c grande armée » avec les ports du Cap et du Natal; 17 000 sont couchés sur des grabats, dans les hôpitaux; 16 000 manquent à Fappel, morts, prisonniers, disparus : soit au moins la moitié des combattants; d'où 80 000 hommes seulement pour le front d'attaque. Mais des renforts ne cessent d'arriver. Mars finit très mal pour les Transvaaliens; le 28, ils perdent leur généralissime Joubert, vieillard mort d'épuisement dans une tâche impossible ; Botha lui succède.

Avril vit l'armée d'investissement portée à 200 000 hommes au moins. Investissement, c'est bien le mot, puisque les républiques encore indépendantes, déjà bloquées au sud et qu'on s'apprêtait à bloquer à l'ouest, quand après Kimberley l'on aurait délivré Mafeking, et à l'est quand on aurait forcé les cols de la Natalie, allaient aussi l'être au nord, chose que nul n'aurait cru possible. Le Portugal, décidément indigne, ayant eu la lâcheté d'autoriser l'Angleterre à débarquer un petit corps d'armée à Beira et à lui faire gravir les pentes du plateau de la Rhodesia par le chemin de fer de Salisbury. Mais cette indignité ne vient pas du Portugal, si cruellement bafoué, lésé par les Anglais en cette même Afrique australe après un brutal ultimatum; son gouvernement seul est responsable. En attendant, le mois se passe sans grands mouvements stratégiques : la guérilla et ses guérilleros; « des commandos qui semblent sortir de terre et disparaissent mystérieusement » ; des Anglais surpris et presque détruits dans la banlieue de Bloemfontein, là où cette « métropole », au climat parfois éminemment aride, puise des eaux à boire au courant delà haute Modder; si bien que jusqu'à la reprise de ce château d'eau la garnison de la ville dut se pourvoir à la rivière du Vaal, à 180 kilomètres de distance. Une autre tentative des Burghers avorta en ce même avril. Par les mouvements concertés de 40 000 hommes, ils furent contraints d'abandonner le siège de Wepener, ville très peu éloignée de Bloemfontein, près de la rive gauche du Caledon, tout à côté du Ba-Souto-Land dont les Cafres en armes surveillaient la frontière, avec des intentions hostiles, sous les ordres d'officiers anglais : donc, attaque très audacieuse, d'autant que les sièges n'ont pas une seule fois réussi aux Boers. En résumé le mois d'avril s'acheva sur une situation peu différente de celle de la fin de mars; il avait pourtant bien mal commencé, par la mort, à Boshof près Kimberley, de Yillebois-Mareuil, l'un des

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officiers européens accourus au secours des Boers, qui les avait servis avec une rare vaillance, et surtout aidés de conseils trop

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