CHAPITRE PREMIER
l'armée d'occupation et l'âdmimstration militaire
En même temps que Justinien rétablissait Tadministration civile dans l'Afrique reconquise, il s'occupait — et avec un soin plus attentif encore — de régler l'organisation militaire du pays. Deux questions s'imposaient à la sollicitude du prince : il fallait défendre efficacement contre les incursions des Berbères les portions déjà soumises de la province ; il fallait d*autre part achever la conquête et rendre à l'Afrique les limites qu'elle avait atteintes sous la domination de Rome ^ L^empereur confia cette double tâche au général qui« en quelques semaines, venait de renverser le royaume vandale. Bélisaire fut chargé de prendre toutes les mesures nécessaires pour la protection de la frontière, de fixer remplacement des garnisons et le nombre des troupes qui les occuperaient, de créer les corps spéciaux particulièrement affectés à la garde des confins militaires, de construire ou de remettre en état les places fortes indispensables pour défendre le limes africain ; il dut en outre n'épargner aucun effort pour réoccuper
1. Cod. Jusl,, I, 27, 2, 4, 4 a. Cf, praef. : a ut recte gubernetur et firme custodiatur. *>
au plus tôt dans son intégrité Tancienne province romaine'. Mais quelque confiance qu'eût Justinien en son victorieux lieutenant, il sentait trop vivement Pimportance de l'œuvre entreprise pour n'en point vouloir par lui-même contrôler l'exécution : et, avec une remarquable sollicitude, avec un soin du détail presque excessif, il surveilla et dirigea à distance toutes les dispositions adoptées par le magislermilittim. Il voulut qu'on lui rendît compte du choix des garnisons, du chiffre et de la qualité des troupes qui y seraient cantonnées, se réservant, s'il était besoin, d'en augmenter le nombre; luimême, il traça et fit tenir à Bélisaire un pian déterminant le système d'occupation des confins militaires; sur toutes les questions relatives à la défense, il voulut recevoir directement les rapports des officiers' ; bref, rien ne se fit en Afrique sans l'approbation expresse du prince, et si l'œuvre réalisée a eu quelques résultats, il faut en reporter l'honneur autant à Justinien qu'à son général. D'ailleurs la mission confiée à Bélisaire ne devait être que transitoire : le patrice ne fut point officiellement nommé au commandement militaire de la province ; il garda le titre de magister militum per Orientem^ sous lequel il avait dirigé l'expédition; bien plus, aussitôt la réorganisation achevée, il devait revenir à Constantinople * ; pour l'avenir, le prince se réservait de prendre lui-même, sur le rapport du préfet et des gouverneurs militaires, les mesures que pourrait réclamer la situation *. Est-ce que l'esprit soupçonneux de l'empereur prenait ombrage des succès de son lieutenant"? est-ce qu'il songeait déjà à employer ses talents à la conquête de l'Italie? On ne sait : mais en tout cas il importait, avant d'exposer les principes qui présidèrent à la réorganisation militaire de l'Afrique, de noter la part prépondérante que Justinien prit à cette grande œuvre.