CHAPITRE II
Dans son livre des Édifices^ Procope a longuement énuméré les nombreuses constructions militaires par lesquelles Justinien couvrit, du fond de l'Orient jusqu'à l'extrémité de l'Occident, les frontières de l'empire, et par lesquelles il a véritablement « sauvé la monarchie » \ Et en face de cette œuvre gigantesque, de cette masse de villes fortes et de citadelles, l'historien ne peut retenir un sentiment d'admiration qui confine à l'étonnement: « Si nous dressions, dit-il, la liste des forteresses élevées par Justinien devant des hommes habitant un pays éloigné, et incapables de faire de leurs yeux la preuve de nos assertions, assurément la multitude de ces constructions ferait paraître notre récit fabuleux et incroyable » ' ; et il se demande si la postérité, considérant le nombre et la grandeur de ces édifices, pourra vraiment admettre « qu'ils soient tous l'œuvre d'un seul homme » '. Au vrai, c'est l'impression que produit, aujourd'hui encore, la vue des innombrables forteresses byzantines dont les ruines couvrent le sol de l'Afrique : partout, sur les rivages de la mer comme au pied des montagnes, dans les solitudes du Hodna, au milieu des plaines désertes du haut plateau numide, dans les steppes de la Tunisie, les restes de puissantes citatelles attestent la merveilleuse activité que déploya le grand empereur ; et en face des rescrits qui organisèrent la défense des frontières africaines, les monuments viennent, par un vivant commentaire, prouver le soin qu'on