‹ L'Afrique byzantine;Chapitre 188 sur 539 · Gsell et Graillot, /. c, p · texte numérisé non relu

Gsell et Graillot, /. c, p

de la forteresse; il en est ainsi à Teboursouk, à Zarai, à Aîn- Hedja. Aussi bien, roccupation des points d'eau avait, surtout dans le sud, une double importance pour la défense : <c ces points sont en effet des endroits de passage obligés pour ceux qui tiennent la campagne, et, lorsqu^on en est maître, on Test aussi de tout le pays ^ »

Ceci nous amène à dire un mot des positions habituellement choisies pour rétablissement des forteresses byzantines. La première préoccupation des officiers impériaux semble avoir été d'assurer la surveillance des grandes plaines, où venait se croiser un important réseau de routes et de ménager à leurs citadelles des vues extrêmement étendues. Dans ce but ils ont quelquefois choisi, à Textrémité de quelque plaine, une hauteur dominant au loin le pays et surveillant les passages d'alenlour : Tifech^ assis au-dessus de la plaine de Dréa, Tigisis commandant au loin le Bahiret-et-Touila, Béja dominant le fertile bassin du Blad Béja, sont des exemples intéressants de cette disposition. En général pourtant, les Byzantins ont jugé préférable encore d'établir leurs grandes places de guerre au centre même de la plaine, occupant là, s*il était possible, quelque mamelon légèrement relevé, sinon s'installant en terrain plat, sans se soucier beaucoup, à ce qu'il semble, d'être dominés par les crêtes environnantes. Confiants dans la solidité de leurs murailles pour repousser les attaques, ils ont mieux aimé s'assurer solidement les routes en les barrant ditectement. Autour de ces vastes forteresses centrales, sur tout le pourtour de la plaine, s'élevaient au pied même des montagnes, au débouché des principaux passages, des redoutes de moindre importance qui s'appuyaient sur la citadelle et en protégeaient les approches ; d'autres fortins jalonnaient les voies qui mettaient en communication les grands châteaux forts; pour ceux-là on choisissait habituellement des positions

1. CagDat, Armée, p 677. Sur l'habitude des Byzantins d^occuper les points d'eau, cf Maaqueray, Ruines ancienneu de KtienvMa à Besseriani {Hev. afr,^

LES PRINCIPES DU SYSTÈME DÉFENSiF DANS L'AFRIQUE BYZANTINE 223

qui parfois nous surprennent, et pour lesquelles on se laissait sans doute guider par des considérations autres que les motifs purement stratégiques ^ La place de Tébessa avec les redoutes qui complètent son système de défense. Bagai, avec les fortins qui Taident à défendre le vaste plateau du Tarf/ le Ksar-Bellezma, avec sa ceinture de forts avancés sont des exemples remarquables de ce système défensif.

Il va sans dire qu'en dépit de ces règles générales, le barrage des défilés, l'isolement des massifs montagneux au moyen d*une chaîne serrée d'ouvrages fortifiés obligèrent plus d'une fois à modifier sérieusement ces dispositions : elles subsistent pourtant, du moins pour les grandes forteresses de l'Afrique byzantine, et les vastes horizons qu'on découvre de la plupart de ces ruines attestent suffisamment les intentions des généraux impériaux.

Une quantité si considérable d'enceintes fortifiées, grandes et petites, pouvait, on le conçoit de reste, être difficilement occupées d'une manière permanente : l'armée assez peu nombreuse que Justinien entretenait en Afrique eût été absolument incapable de suffire à une pareille lâche. Assurément, de même que jadis dans la Maurétanie romaine', toutes ces places pouvaient, en cas d'invasion, « servir aux troupes de point d'appui dans leurs opérations ou de refuge en cas d'échec » ; mais en temps ordinaire, beaucoup d'entre elles étaient simplement laissées à la garde des habitants. C*est là, pour qui veut étudier le système défensif de l'Afrique byzantine, une distinction essentielle à retenir. A côté des constructions proprement militaires, élevées par les généraux de Justinien, et que j'appellerai volontiers les forteresses impériales, un grand nombre de points ont dû leurs fortifications à l'initiative privée des habitants. De bonne heure, l'absence de sécurité, si fréquente dans certaines parties de l'Afrique, avait poussé les po-

1. Le même système se rencontre à Pépoquc rom&iue (Gagnât, Atntiée p. 677).

2* Cannai, Armée romainet p. 682.

pulations à se protéger elles-mêmes. Dès le m* siècle, pour se défendre contre les .pillards, les colons de Maurétanie bâtissaient des fortins sur les terres qu'ils cultivaient, et à leurs frais entouraient leurs villes ouvertes de solides remparts *. Quand à lautorité romaine se fut substilué le faible gouvernement vandale, bien vite ces pratiques se généralisèrent dans toute l'Afrique, et pour se mettre à Tabri des incursions des pillards, les populations remplacèrent leurs murailles détruites par des fortifications improvisées*; il en fut de même à Tépoque byzantine. Sur bien des points, les habitants des villages, insuffisamment protégés par Tannée régulière, élevèrent contre les attaques incessantes des indigènes des redoutes fortifiées. Les inscriptions l'attestent d'une manière péremptoire ' ; et à leur défaut, les partis fort sommaires adoptés dans ces constructions, la simplicité souvent rudimentaire de leurs dispositions suffiraient à prouver que jamais on ne songea à y appliquer les règles de Tarchitecture militaire. Les fortins d'Aïn-el-Ksar ^, d'El-Mader, de Seriana peuvent donner entre mille une idée de ces édifices. Toutefois, on remarquera que beaucoup de ces kasr sont d'une époque postérieure au règne de Justinien, qu'ils datent de la fin du vi* siècle*, et surtout du vu*, c'est-àdire de Tépoque où le péril berbère grandissant et bientôt Tinvasion arabe emportant les grandes forteresses de la frontière ont fait plus impérieusement sentir la nécessité de ces moyens de défense. Il importe donc assurément de faire à ces constructions leur place dans l'histoire de TAfrique byzantine : mais il faut soigneusement les distinguer — tant pour la date que pour le rôle auquel elles sont destinées — des citadelles construites par l'autorité impériale, occupées par les troupes

i. C. I. L,, Vm, 8426, 8701,8710,8777. Cf. Cagoat, /. c.,p. 606,614 615,625.

2. Aed., p. 340 (Hadrumète) ; Bell. Vand., p. 379 (Sullcctum); Rec. de OmsL, 1860, p. 215-216 (Tébessa).

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