PRÉFACE
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L'Académie des inscriptions et belles-lettres avait mis au concours pour 1894 le sujet suivant: « Étudier, d'après les textes historiques, les inscriptions et les monuments, l'histoire de la domination byzantine en Afrique. » Le présent livre reproduit, à peu de chose près, le mémoire couronné par l'Institut. Toutefois, si Ton a conservé les lignes maîtresses du plan et l'ordonnance générale de l'ouvrage, on n'a point cru devoir s'interdire de remanier, parfois profondément, le détail de tel ou tel chapitre et de procéder à une attentive et minutieuse révision de l'ensemble. On tenait d'une part à mettre à t '^- profit les conseils que le savant rapporteur du concours, M. G. Schlumberger, a bien voulu donner à l'auteur de de ce travail ; et d'autre part, dans l'Afrique du Nord, les découvertes vont si vite que, depuis l'achèvement même du mémoire original, plus d'un fait a été acquis, qui méritait d'être mis en valeur. Tel qu'il est, ce livre offre donc, je n'ose dire l'histoire définitive de l'Afrique
II mSTOJKE DE LA DOMINATION BYZANTINE EN AFRIQUE
byzauUue, du moins cette histoire, aussi exacte, aussi complète qu'il est à cette heure possible de l'écrire.
Au vrai, l'histoire de la domination byzantine en Afrique est assez malaisée à raconter. A côté de périodes largeraeût éclairéns, on y rencontre de grands espaces sombres, où le chercheur risque fort de perdre pied. On sait admirablement, par exemple, grâce aux renseignements amplement fournis par Procope et par Corippus, grâce aux inscriptions nombreuses, grâce aux monuments qui aujourd'hui encore couvrent la terre africaine, quelles furent rorganisation et les destinées de ce pays durant le lorjg règne de J ustinien. Les informations ne sont guère moins nombreuses sur les derniers jours de la domination grecque, encore qu'il faille ici se défier des fantaisies des écrivains arabes et que la critique ait parfois quelque peine à démêler, parmi les exagérations des chroniqueurs, les faits authentiques et sûrement établis. Mais entre ces deux périodes lumineuses, quelle vaste zone intermiHliaîre rempUe d'obscurité ! Sans doute la correspondance do Grégoire le Grand éclaire d'un jour inattendu Tétat politique et religieux de l'Afrique vers la fin du Yi' siècle : mais entre la mort de Justinien et l'avènement de l'empereur Maurice, surtout entre l'avènement et la mort d'Héraclius, que de difficultés, que d'incertitudes, que de lacunes ! C'est à grand'peine, en recueillant les rai'es témoignages épai's dans l'aridité des chroniques, en rassemblant les lambeaux des textes législatifs^ en interprétant les débris d'inscriptions et
PREFACE ne
les fragments de mouuments, qu'on arrive à reconstruire l'histoire de ces obscures et difficiles époques : encore faut-il se résigner le plus souvent à n'entrevoir que les lignes générales des choses, sans prétendre reconstituer dans le détail ce que fut, sous l'autorité de Byzance, la vie africaine.
De cet état des sources historiques, il résulte forcément quelque disproportion dans la composition de ce livre. Juslinien et son règne y tiennent une très grande place : et au vrai, si l'on songe que l'œuvre conçue par le grand empereur a longuement influé sur les destinées ultérieures de l'Afrique et y a laissé jusqu'à nos jours des traces indestructibles, peut-être cette place, si considérable soit-elle, ne semblera point imméritée. Par ailleurs, il a fallu, au contraire, se contenter de renseignements très rapides et très sobres. Malgré cet inévitable défaut, ce livre, je l'espère, ne sera point inutile ni à l'histoire générale de Byzance, ni à l'histoire particulière de l'Afrique du Nord. On y verra quelle activité prodigieuse les empereurs d'Orient déployèrent pour conserver à la monarchie, pendant près de deux siècles, cette province de l'Occident lointain, quel soin ils prirent d'y organiser une sérieuse défense militaire, quelle sollicitude ils apportèrent pour en assurer la prospérité. On y saisira sur le vif un nouvel et instructif épisode, assez semblable à celui que jadis j ai étudié en Italie, de cette lente transformation qui, entre l'époque de Justinien et le vnf siècle, modifia si pro-
fondement Vemjiire grec. Surtout, on y verra comment, en Afrique comme partout, les Byzantins surent se montrer les dignes héritiers de Home, avec quelle ténacité merveilleuse ils surent reprendre les traditions et continuer Tœuvre militaire des empereurs du if et du m® siècle, et comment enfin, par leur énergie et leur souple habilité, ces basileis^ grands constructeurs de forteresses et grands diplomates, ont bien mérité en somme Thommage qu'aujourd'hui encore leur rend involontairement rimagination des indigènes d'Afrique, lorsque, à l'exemple des Arabes do moyen âge, elle confond sous le nom commun de Roiim et identifie en quelque sorte les Byzantius du vi"" et du vu" siècles et les Romains, leurs grands devanciers.
Il me reste, en terminant ce livre, à remplir un agréable devoir : celui de remercier tous ceux qui m'ont aidé de leurs bons offices ou de leurs conseils. Je dois en particulier exprimer ma reconnaissance à M. G. Schlumberger, membre de l'Institut, qui a été le rapporteur du concours où ce travail a été couronné; à M, Xavier Charmes, directeur du Secrétariat au Ministère de rinstruction publique, àMM. Perrot, président, et Gagnât, secrétaire de la Commission de l'Afrique du Nord, qui se sont obligeamment employés pour hâter la publication de cette étude ; à M. Gsell, professeur à rÉcûle des lettres d'Alger, <{ui m'a communiqué avec