‹ L'Afrique byzantine;Chapitre 324 sur 539 · Beél. Vand., p · texte numérisé non relu

Beél. Vand., p

avec quelque ténacité un but réfléchi et certain. Incapables de tenir longtemps la campagne, elles se contentèrent en général d'entreprendre chaque année des courses de pillage plus ou moins désastreuses : mais aussitôt le butin fait, elles n'eurent plus qu'un souci, celui de mettre en sûreté l'argent obtenu, les captifs ramassés, toutes les dépouilles de la campagne, et évacuant le territoire, elles laissèrent aux Byzantins le temps de reprendre haleine \ De plus, durant toute la guerre, presque jamais les grands chefs ne parvinrent à s'entendre pour un efTort commun. labdas, le puissant roi de l'Aurès^ s'abstint pendant deux années de prendre part à la lutte; d'autres, comme Coutsina, n'hésitèrent pas même à combattre, sous les ordresdes généraux de Justinien, leurs frères révoltés. Lorsque enfin, les circonstances finirent par les réunir tous dans un soulèvement général, leur entente dura quelques jours à peine : divisés par d'anciennes et persistantes inimitiés, se jalousant et se détestant à l'envi, tous ces princes se surveillent, s'observent, se défient l'un de l'autre. Parmi les chefs de l'armée indigène, il y en a toujours au moins un sur le point de trahir ses confédérés : Coutsina négocie sous main avec Aréobinde et promet de se jeter, au jour du combat, sur les tribus de la Byzacène*; Antalas traite avec Guntarith à l'insu de ses alliés et se préoccupe uniquement d'assurer ses intérêts particuliers^; et c'est, de la part des deux adversaires, une succession constante et presque fastidieuse de volte-faces et de trahisons. Bref, aucune politique suivie ne dirige les résolutions des grands chefs. On chercherait à tort dans leurs insurrections quelque trace d'un sentiment national, quelque désir de sauvegarder l'indépendance de leur peuple \ Ils vont où leur avantage les mène, sans scrupules, sans hésitations; et si leur instabilité d'humeur fait d'eux des

4. Voir la lettre très caractéristique d'Antalas à Justinien, Bell. Vand.^ p. 506-

alliés singuliëremeiit incertains et perfides^ pourtant c*est à cette mobilité d'impressions même que TAfrique byzantine dut son salut. Aux moments les plus désespérés, la diplomatie grecque sut^ par des intrigues habiles, semer la division parmi ses adversaires, et par là brider tous leurs efforts : c'est par ces pratiques, autant que par les victoires de ses généraux^ qu'elle devait finalement conjurer le péril et rétablir la domination impériale.

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