Mon. Germ. hisL, Epist
7. Amari, I, p. 157. Pourtant des Ilots chrétiens subsistèrent : auziv« siècle, dans les villages des Nefzaoua, on rencontrait quelques communautés clirétiennes, qui s'étaient maintenues depuis la conquête (Ibn Kbaldoun, I, p. 231).
d'Afrique, jadis si illustre, était pour ainsi dire réduite à rien. Pendant près de deux siècles Tempire byzantin avait, dans ces contrées, recueilli, non sans gloire, le lourd héritage de Rome ; pendant près de deux siècles, il avait, à Tabri de ses forteresses, assuré au pays une grande et incontestable prospérité ; pendant près de deux siècles, il avait, dans une partie de l'Afrique du nord, maintenu les traditions de la civilisation antique et initié par sa propagande religieuse les Berbères à une culture plus haute : en cinquante ans la conquête arabe ruina tous ces résultats.
Parmi les écrivains qui ont raconté l'histoire de l'empire grec d'Orient, plus d'un s'est demandé si la reprise de l'Afrique par Justinien n'a point été, malgré le glorieux succès de cette expédition audacieuse, une cause de faiblesse pour la monarchie. Et en effet il faut avouer que le souci, si intermittent qu'il ait été, des affaires d'Occident a plus d'une fois amené les basileis à négliger les périls plus pressants qui les menaçaient, et que l'orgueilleuse prétention de recueillir tout entier l'héritage de la vieille Rome a eu pour conséquence une dispersion excessive des forces vitales de l'empire. L'histoire de la domination byzantine en Afrique mérite cependant, malgré cette réserve fondamentale, un sérieux intérêt : pendant les deux siècles que les Grecs ont possédé cette province, de curieux événements s'y sont accomplis, également importants pour l'étude générale des institutions de l'empire et pour celle des destinées particulières de l'Afrique du Nord.
Au moment où Justinien rentra en possession de Carthage, tout en Afrique était à reconstituer. Malgré les difficultés de cette tâche prodigieuse, l'empereur et ses lieutenants suffirent à tout : et dans la manière dont ils organisèrent leur conquête, ils se montrèrent les dignes successeurs de cette Rome dont ils retrouvaient à chaque pas le souvenir et les traditions. Ils surent en particulier créer en Afrique un vaste système de défense, dont les citadelles démantelées excitent aujourd'hui encore notre admiration ; ils surent vaincre d'abord, et surtout faire après la victoire entrer les Berbères dans la clientèle de l'empire ; et dès le début, ils surent tracer les règles d'une
politique qui durant deux siècles servit de guide à la domination africaine de leurs successeurs.
Plus lard, l'Afrique comme Tllalie sentit le contre-coup de la grande réforme administrative qui commençait à transformer la monarchie byzantine ; Thistoire de l'exarchat de Garlhago éclaire, comme celle de Texarchat de Ravenne, le caractère et la portée de la réforme d'où sortit le régime dos thèmes.
Enfin, lorsque vint la décadence, les mêmes causes qui ruinaient dans tout l'Occident Téditice du pouvoir impérial agirent en Afrique avec une rare efficacité. Dans Tadminisl ration, les mêmes faiblesses et les mêmes vices, dans la politique, les mêmes imprudences et les mêmes maladresses produisirent les mêmes résultats et livrèrent la province presque sans défense aux furieuses attaques de Tlslam.
Par là une étude, assez limitée en apparence, peut jeter de vives clartés sur l'histoire générale de l'administration et du gouvernement byzantin durant le vi® et le vii« siècle. Ce n est pas tout. Pour l'Afrique, les deux siècles de la domination byzantine n'ont point été sans conséquences. Pendant deux siècles, les basileis ont entretenu dans ces provinces un dernier reflet de la civilisation romaine ; sans Justinien, le royaume vandale, si faible, eût bien vite cédé la place à la sauvagerie berbère : les empereurs ont retardé de deux siècles la catastrophe qui a fait disparaître les derniers vestiges de la culture romaine *.
Ce ne sont point là de médiocres services. Sans doute on peut juger sévèrement les vices de l'administration byzantine, sa corruption, sa rapacité, ses impolitiques rigueurs : il faut
(1) Je ne saurais en effet accepter les conclusions d'Hodgkin, qai estime que le royaume vandale eût été capable de tenir en échec et de ciYiliser les Berbères et plus tard de briser Télan de l'iovasion arabe, et qui déclare en conséquence que « les conquêtes de Justinien ont en réalité ouvert le chemin aux barbares » {Italy and lier invaders, IV, 27, cf. liF, 695). J'ai suffisamment montré la désorganisation profonde de l'état vandale pour n*avoir pas à discuter en détail cette opiuiou.
reconnaître pourtant que les Byzantins ont donné en Afrique une grande et remarquable preuve de vitalité. Ils y ont accompli une œuvre militaire qui tient du prodige, ils y ont poursuivi une œuvre religieuse, qui n'a pas été sans succès et sans gloire. Assurément Tlslam a effacé jusqu'au souvenir du christianisme, et les forteresses ont été finalement impuissantes à arrêter les soldats du khalife. Néanmoins le passage des Byzantins en Afrique n*a été ni inutile ni stérile : ils y ont pendant deux siècles continué et en quelque sorte prolongé l'œuvre de Rome ; et cela seul suffirait à leur mériter quelque estime. Us ont su, dans des circonstances singulièrement difficiles, fonder et conserver leur autorité sur cette portion de rOccident ; ils s'y sont montrés capables d'efforts persévérants, de courage militaire, d'intelligence politique et diplomatique ; surtout ils ont su vivre et durer. Un des généraux musulmans qui les combattirent disait des Byzantins qu'ils étaient n des lions dans leurs forteresses et des aigles à cheval »* : un tel hommage montre qu'ils ne furent ni des adversaires ni des maîtres méprisables. Sous leur autorité, l'Afrique, solidement défendue, fut en somme prospère et florissante. Il est d'usage d'exalter — et fort légitimement — les grands services que Rome a rendus à l'Afrique, les merveilleuses qualités qu'elle y a développées : on doit à quelque égard semblable justice à ces Byzantins qui se vantaient d'être encore des Romains ; en faisant rentrer l'Afrique au sein de l'empire, ils ont renoué la tradition interrompue par la conquête vandale, et été, non seulement de nom, mais de fait, les héritiers et les continuatieurs dos Césars.