Beii. Vand., p
et venues suspectes, et plus encore par les reproches véhéments qu'ils s'étaient faits publiquement de leur lâcheté, ils quittèrent Garthage en grand nombre, et, jugeant qu'ils n'avaient plus rien à ménager, ils se mirent à vivre sur le pays^ On étaitau mois de mars S36'. Solomon, tout surpris d'un événement si grave et si inattendu, tenta du moins de retenir dans le devoir les troupes demeurées dans la ville : et d'abord il crut y réussir. Mais bienlôt^ voyant qu'aucune mesure n'était prise contre les révoltés, ces régiments, tous affiliés d*ailleurs à la conspiration', se soulevèrent à leur tour. En vain, pour essayer de les apaiser, Solomon leur fit porter de bonnes paroles par Théodore de Cappadoce, l'un de ses lieutenants : les soldats, qui, à tort ou à raison, croyaient cet officier en mauvais termes avec le patrice, ne s'en laissèrent pas imposer ; à grands cris ils le proclamèrent leur chef, et se ruant hors de l'hippodrome, ils marchèrent en masse sur le palais*. Inutilement quelques officiers dévoués se firent tuer en essayant d'arrêter ces furieux : le premier sang versé excitant davantage leur rage, le palais fut pris d*assaut. Bientôt le désordre et le massacre s'étendirent dans la ville entière : tous ceux qu'on rencontrait, Byzantins ou Africains, pour peu qu'on les sût amis du patrice, pour peu surtout qu'on les sût riches, tombèrent sous les coups des soldats ; les maisons particulières furent envahies, les propriétés saccagées, et le pillage ne cessa qu'au soir, lorsqu'enfin la fatigue et l'ivresse eurent triomphé de la fureur des troupes*. Les officiers, et ceux-là mêmes qui avaient gardé quelque popularité dans l'armée, avaient dû assister impuissants à ces scènes de carnage ; quant à Solomon, il n'avait échappé à la mort qu'en se cachant dans l'église du palais. A la faveur de la nuit, il put sortir de celte retraite, et avec un de ses lieutenants qui s'associa à sa