‹ L'Afrique byzantine;Chapitre 8 sur 539 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Depuis le jour où l'imprudence du comte Booiface avait livré TAfrique romaine aux Vandales de Genséric, jamais les empereurs n'avaient abandonné l'espoir de reprendre possession de la province perdue. Plusieurs fois au cours du v« siècle, Rome et Constantinople avaient préparé des expéditions puissantes contre le redoutable royaume barbare, dont les flottes désolaient sans merci toutes les côtes méditerranéennes : tour à tour Majorien, un des derniers princes énergiques qui se soient assis sur le trône d'Occident, et quelques années plus tard l'empereur d'Orient Léon I" avaient tenté de renverser l'établissement de Genséric. Sans doute le succès n'avait point répondu à leurs efforts. En 460 les armements -rassemblés dans les ports d'Espagne n'avaient pas même pu

prendre la mer * : la grande expédition de 468, commencée sous d*heureux auspices^ s'était achevée dans les eaux de Carthage par un désastre mémorable, qui ruina pour de longues années la flotte et les finances de l'empire d'Orient* et sous le coup de ces insuccès, Zenon, successeur de LéonP% avait dû, vers 476, au moment même où Tempire d'Occident s'écroulait sous les coups d'Odoacre, signer avec Genséric une paix perpétuelle ^ Mais malgré le traité conclu, et qui fut respeclé pendant près de soixante ans^ malgré les relations courtoises qu'entretinrent avec les souverains de Constanlinople plusieurs des successeurs de Genséric^, la patiente politique byzantine n'avait abdiqué aucune de ses prétentions, elle n'attendait, pour les faire valoir, qu'une occasion favorable. Déjà sous le règne du pacifique Hildéric, son influence s'insinuait lentement en Afrique : le roi vandale, en vrai barbare ébloui par l'éclat du nom impérial, s'honorait d'être l'ami personnel dubasileus Justinien; il se plaisait à échanger avec lui les cadeaux et les. ambassades, il faisait sur ses monnaies remplacer sa propre image par celle du souverain byzantin : insensiblement il devenait le vassal de Tempire*. Mais cette dépendance, d'ailleurs assez incertaine, ne pouvait suffire aux vastes ambitions du nouveau prince qui régnait à Gonstautinople. Justinien rêvait à l'empire universel. Ce monde romain disparu, dont les débris avaient formé les royaumes germaniques, il s'en proclamait l'héritier légitime et songeait à le reconstituer dans son intégrité; ces droits impériaux, que tous ses prédécesseurs avaient soigneusement réservés, il aspirait à les relever dans leur pleine étendue".

1. Procope, BcW. Kand., p. 340-342 (éd. de Bonn), où l'on trouve d'assez curieuses légendes sur Tentreprise de Majorien. Cf. Bury, History of the iater Roman empire^ I, 240.

2. Procope, BelL Vand., p. 335-340; Bury,/. c, I, p. 244-246.

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