‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 103 sur 245 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

12. Marcus, op. cit., p. 187 sq. Dans le seul procès que nous connaissions entre Romains et Vandales, les documents ne nous apprennent rien sur la composition de la juridiction, mais nous voyons les Romains, demandeurs, obtenir gain de cause, Vita Sancti Fulgcntii, 1, cf. Marcus, op. cit., p. 197.

vandale et l’Afrique romaine le changement est moins profond et plus superficiel qu’on serait tenté de se l’imaginer. Les deux innovations principales furent la translation de la petite propriété et le désarmement des anciens habitants.

Parmi les mesures de police prises par Geiserich quelques-unes lui font grand honneur. A leur arrivée en Afrique, les Vandales avaient été frappés de la dépravation profonde des mœurs. Ils virent des faits qui ne surprenaient plus dans les provinces romaines, mais qui les choquèrent au plus haut point. A Carthage, se trouvait une population d’efféminés se montrant dans la ville avec la coiffure et les habillements féminins et ne bornant pas sa ressemblance avec le sexe à ce premier degré d’ignominie. On rassembla toute cette corruption humaine et on l’envoya dans des lieux déserts d’où elle ne devait jamais revenir. Les maisons de prostitution furent fermées, les courtisanes licenciées et mariées de force; afin de les contenir dans leur nouvelle existence, et beaucoup d’autres avec elles, on porta la peine de mort contre l’adultère, aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Les rixes incessantes qui éclataient dans les villes à l’époque des jeux entre les partisans des cochers de la faction des « verts » et des cochers de la faction des « bleus » furent réprimées par la loi suivante : « Les villes où l’ordre public aura été troublé trois fois de suite dans le courant de la même année, seront privées à tout jamais du droit d’avoir des cirques et des théâtres. Le directeur des jeux sera cité en justice pour y justifier de sa conduite pendant les troubles; et, s’il était convaincu, soit de négligence, soit de manque de prévoyance ou de vigueur dans

l’exercice de ses fonctions, il pourra être condamné à travailler sa vie durant dans les mines de l’État, à avoir les oreilles coupées, ou à être brûlé. »

Aussi longtemps que vécut Geiserich, les Vandales conservèrent leur caractère rude et cruel ; ils s’y entretenaient par calcul autant que par développement de nature, se rendant compte que le plus sûr garant de leur établissement était leur esprit militaire; néanmoins, la séduction de l’Afrique s’exerçait sur eux et malgré eux. Si frustes qu’ils fussent, ils commençaient, au contact de la civilisation la pins fine, à se découvrir des goûts, à connaître des plaisirs qu’ils n’avaient jamais soupçonnés auparavant. Enlacés par les usages et les institutions qu’ils avaient laissés subsister en conquérant le sol, ils subissaient l’ambiance de conditions nouvelles et batteuses. Entre Vandales on se servait du jargon national, mais s’il est possible de conquérir une province, il ne l’est plus de faire apprendre une langue rauque, disgracieuse, incomplète et, somme toute, d’un médiocre usage au peuple conquis. Sauf ceux cpie les nécessités de la polémique avec les ariens contraignaient à apprendre la langue des hérétiques, les Romains ne se soucièrent pas de s’embarrasser d’un langage différent du leur. Il fallait que l’un des deux cédât. Ce fut le vandale. Celui-ci était un peu désemparé dans sa conquête; il y était en l’air, et il y a un moment où, de gré ou de force, on éprouve le besoin de prendre pied. Toute la vie matérielle et les plaisirs de l’existence acculaient à la nécessité de parler la langue d’une civilisation complète dans laquelle on était venu se loger. Qu’on se figure les circonstances quotidiennes où le Vandale était à la merci du Romain. La nourriture qu'il s’agit d’ache-

ter tout d’abord (il est vrai qu’on la prend parfois), mais il faut l’accommoder, et si on ne veut le faire soi-même, il faut pouvoir expliquer ses goûts, sa volonté à son cuisinier. La même chose avec le fermier qui devra cultiver telle plante, avec le tailleur qui devra broder votre habit, avec l’esclave qui devra préparer votre bain ; enfin , les conquérants, les envahisseurs se marient et puis, la conquête achevée, chacun, dans sa terre, fonde une famille, ainsi partout et toujours il est ramené à savoir la langue ou du moins à en savoir ce qu’il faut pour les besoins journaliers de la vie; sans le vouloir, sans s’y appliquer, sans s’en apercevoir, il écoute, retient et reproduit ces sons nouveaux et ainsi s’infiltre en lui quelque chose de la civilisation romaine.

Victor de Vite parle d’un neveu de Geiserich qui savait fort correctement le latin et se montrait curieux des sciences qu’on cultivait dans l’empire romain '. Le roi Thrasamund était, de l’aveu de plusieurs contemporains 1 2, l’homme le plus lettré de l’Afrique : il aimait à discuter en latin avec les membres du clergé catholique sur les questions de théologie ; il composa même un traité pour l’aria nisme dans un style élégant. Ainsi celte race brusque et hautaine subissait progressivement l’inlluence qui devait venir à bout de l’énerver. Procope, dans un passage souvent cité, nous montre à quel point élait déchue la nation vandale après moins d’un siècle d’occupation de sa conquête : « Parmi les peuples dont nous avons entendu parler, dit-il, il n’y en a pas de plus sensuel que les Vandales.

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