Procope, op. cil., p
d’olives brillantes comme des pierreries. Le soldai, vivait heureux et paisible sur ses terres; partout le cultivateur avait commencé à planter ses vignes, et, liant sous le joug ses taureaux dociles, il jetait gaiement la semence en faisant sur la montagne résonner son joyeux refrain. La paix était féconde et prospère; sur la terre apaisée s’élevaient les douces chansons et les voix légères : partout le marchand chantait, le laboureur était plein de joie, le voyageur était tranquille et les Muses venaient adoucir et charmer les travaux des hommes. La liberté était entière 1 . »
Que l’on compare à cette églogue la description de Procope, non plus du Procopeà visage découvert, mais du Procope de V Histoire secrète, et on verra combien il est malaisé de faire le départ entre les faits, qui doivent compter seuls pour l’historien digne de ce nom, et leur interprétation dans laquelle l’imagination se donne pleine carrière.
L’Afrique, dit Procope, fut si complètement ruinée que le voyageur, sur de longs parcours, s’étonne de rencontrer un homme. Cependant les Vandales en état de porter les armes étaient environ quatre-vingt mille, sans compter les femmes, les enfants, les serviteurs; les Africains qui habitaient dans les villes, qui cultivaient la terre, y faisaient le commerce de mer, formaient, je l’ai vu de mes yeux, une telle multitude qu’à peine pouvait-on l’évaluer ; plus nombreux encore étaient les Maures, et tous ont péri avec leurs femmes et leurs enfants. Le même pays a dévoré bien des soldats romains, et beaucoup de ceux qui,
1. Corippus, Johannide, III, 320-336. Comparez l'état matériel de l'Afrique byzantine dans C. Diehl, op. cil., p. 382-008.
de Byzance, avaient suivi l’armée : en sorte qu’en estimant à cinq millions d’hommes le nombre de ceux qui sont morts en Afrique on demeurerait, je crois, encore au-dessous de la réalité. C’est que Justinien, après la défaite des Vandales, ne s’inquiéta point d’assurer la solide possession du pays; il ne comprit point que la meilleure garantie de l’autorité réside dans la bonne volonté des sujets : mais il se hâta de rappeler Bélisaire qu’il soupçonnait injustement d’aspirer à l’empire, et lui-même administrant l’Afrique à distance, il l’épuisa, la pilla à plaisir. 11 envoya des agents pour estimer les terres, il établit des impôts très lourds qui n’existaient point auparavant, il s’adjugea la meilleure partie du sol, il interdit aux ariens la célébration de leurs mystères, il différa les envois de renforts et en toute circonstance se montra dur au soldat : et de là naquirent des troubles qui aboutirent à de grands désastres. L’empereur, en effet, ne sut jamais conserver les choses en l’état, mais il se plaisait naturellement à tout remuer et à tout bouleverser'. »
Le réquisitoire de Procope comme le panégyrique de Corippus contient une part de vérité et tous deux s’accordent à montrer l’état déplorable auquel était réduite l’Afrique après les bouleversements sans nombre qu’elle avait eu à subir. Mais l’histoire ne peut mettre à profit ce que nous apprennent ces écrivains prévenus qu’avec la plus extrême réserve. Les descriptions qu’ils tracent offrent cette particularité qu’elles visent une seule province, la Byzacène, et ce qui n’est pas moins piquant, elles prétendent nous la représenter à la même époque. Cette tendance à