‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 127 sur 245 · Procope, De belto Vandalico, p · texte numérisé non relu

Procope, De belto Vandalico, p

tholique à affirmer son accord avec le pouvoir était plus qu’une maladresse à une époque où l’arianisme était loin d’avoir abdiqué. Tout ce qui concernait l’œuvre de la reconstruction de l’Afrique, œuvre aggravée à plaisir, fut remis aux mains d’un homme qui, sous le titre de préfet du prétoire d’Afrique, devait témoigner de rares qualités de gouvernement, c’était le patrice Solomon 1 .

L’année 534 fut marquée par une insurrection dont on vint à bout sans grande difficulté; elle n’était que le prélude d’un formidable soulèvement des tribus Berbères qui éclata dans les premiers mois de 535 et dont on ne put voir l’achèvement en une seule campagne. Après divers incidents qui faillirent ruiner la domination byzantine et amenèrent l’interruption des projets de conquête pendant trois années (53G-539), on put enfin, en 539, reprendre l’exécution du projet de l’occupation totale de l’Afrique romaine. Une nouvelle armée commandée par Solomon, reformée et disciplinée par lui, autorisa des succès auxquels on ne pouvait prétendre avec les vétérans amollis d’autrefois. En quelques mois, les tribus maures étaient ruinées, poussées, coupées et prises. Un réseau stratégique de forteresses, de fortins et de postes devait désormais tenir en respect les indigènes et garantir la paix à toute la région.

Au moment où les événements de 536 étaient venus suspendre l’exécution des grands desseins de Justinien, celui-ci disait : « Nous avons bon espoir que Dieu nous accordera de conquérir les pays [d’Afrique] que les anciens Romains ont possédés jusqu’aux li-

1. Pour l’œuvre militaire et administrative de ce magistrat, cf. C. Diehl, op. cit., p. 51 sq.

mites des deux océans, et que leur négligence a plus tard laissé perdre; et, avec l’appui céleste, nous nous efforcerons d’en améliorer la condition1. » Les résultats obtenus par la campagne de 539 assuraient la pacification de l’Afrique et permettaient l’achèvement de la réorganisation administrative. « Solomon, dit Procope, gouverna avec modération et assura en Afrique une entière sécurité ; il entoura chaque ville de remparts, il fit observer les lois avec exactitude, il fut vraiment le défenseur de l’ordre : sous son autorité, la Libye, comblée de richesses, fut puissante et parfaitement heureuse... Tous les Africains soumis à l’autorité impériale goûtèrent une paix durable; et sous le gouvernement sage et modéré de Solomon, n’ayant pour l’avenir plus aucune crainte de guerre, ils se considérèrent justement comme les plus heureux des hommes2. » Le poète Corippus, témoin d’une époque moins prospère, traçait des dix premières années de la domination byzantine une description qui, malgré l’excès de l’hyperbole, garde une partie de sa valeur historique et nous aide à comprendre au milieu de quelles circonstances l’Église d’Afrique se releva et vécut la dernière phase de son existence. « Alors, dit Corippus, la tranquillité la plus profonde régnait dans notre pays ; ni la guerre, ni les ravages des pillards, ni l’avidité des soldats ne venaient s’abattre sur le toit du paysan; les propriétés étaient respectées, la Libye regorgeait de richesses, la paix était assurée dans le monde. Alors Cérès prodiguait ses dons, alors les pampres étaient chargés de grappes et les arbres verts s’émaillaient

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