S. Grégoire, Epist. IV
des fonctionnaires byzantins aux évêques africains. Ce pauvre épiscopat s’était attaché à s’effacer avec tant de persévérance et tant de succès que l’on ne songea pas à faire fond sur lui un seul instant, on s’adressa comme instinctivement à R.ome. Or, quand il s'agissait des destinées politiques du pays c’était aux seuls évêques africains qu’il appartenait de conduire les esprits et les partis ; ils n’en étaient plus capables, peut-être même n’en étaient-ils plus dignes. Il en résulta la disparition de ce qui avait pu persister de l’esprit municipal. Désormais il n’en reste plus trace, et on va voir les ruines se précipiter.
Le 5 octobre 610, l’empereur Héraclius fut couronné à Constantinople. Il arrivait d’Afrique dont son père était gouverneur et venait de renverser Phocas. La flotte qui le portait, lui et son armée, avait mis à la voile à Carthage et le pays avait rempli ses vaisseaux de volontaires y compris les indigènes, qui au jour du triomphe ne manquaient pas de lui rappeler ce que la province attendait du victorieux. Les fatalités qui se succédaient pendant les premières années du règne d’Héraclius faillirent l’amener à une décision qui eût gravement modifié les destinées de l’Afrique. En 619, découragé, l’empereur donna ordre d’embarquer les richesses du trésor impérial à destination de l’Occident, il se préparait à les suivre et à transporter le siège de l’empire à Carthage. Quand son projet fut connu, la ville de Constantinople députa à l’empereur le patriarche Sergius pour lui rappeler les devoirs qu’il avait contractés envers sa capitale et lui faire jurer solennellement, dans l’église Sainte-Sophie, de ne l’abandonner